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Full text of "Noblesse, blason, ordres de chevalerie: manuel héraldique"

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NOBLESSE 



BLASON 



ORDRES DE CHEVALERIE 



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PARIS. — IMPRIME CHP:Z BONAYKNTURE KT DDCKSSUIS 
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NOBLESSE 

BLASON 
ORDRES DE CHEVALERIE 

MANUEL HERALDIQUE 

PAR E. DE TOULGOFT 

Noblïut oblige. 




PARIS 

E. DENTU, LIBRAIRE-EDITEUR. 



y// uc.//. 



AVANT-PROPOS 



■o—^. 




• * ■ 



NCORE un livre sur le bla- 






son ! dira-t-onï!là_quoi bon ? Faire 

.' . *• ' 

aussi bien que ce qui a été fait est 



difficile , faire mieux paraît impossible. 
Nous allons exposer notre but en deux 



mots : notre ouvrage s'adresse aux gens du monde, 
qui n'ont ni le temps ni la volonté de lire les traités 
spéciaux , et qui , trop souvent, anomalie étrange, 



VI AVANT-PROPOS. 

ont des armoiries et ne savent pas les blasonner. 
Ensuite, nous avons réuni dans un seul livre une 
histoire de la noblesse et des armoiries , un 
traité du blason et un précis sur les ordres de 

chevalerie, ce qui n'avait pas encore été fait. Nous 
avons enfin réuni dans ce volume tout ce qu'un 
gentilhomme doit savoir , aujourd'hui que ces 
matières ne forment plus, comme autrefois, une 
des principales branches de son éducation. 



r PARTIE 



ORIGINE ET HISTOIRE DE LA NOBLESSE 




]j;i noblesse existi\it-elle 

011 non chez les Francs avant 
;i conquête? C'est là une des 
(|iiestions les plus débattues 
ut les plus difficiles à résou- 
dre (le notre histoire. Chaque 
liistorien apporte aven lui 
une collection d'autorités , 



4 ORIGINE DE LA NOfiLÉSSE. 

de citations qu'il traduit et interprète à sa ma- 
nière, et qui laissent le lecteur fort embarrassé 
s'il ne se décide à remonter par lui-même à la 
source des choses , et à reconstituer par Timagina- 
tion les usages et les mœurs du temps pour se 
faire alors une opinion. 

La noblesse, dans Tacception littérale du mot, 
nobilis a noscïbili, a existé partout et de tout 
temps, même chez les peuples sauvages du Nouveau- 
Monde; mais la noblesse telle que nous la com- 
prenons aujourd'hui, la noblesse héréditaire, 
avec des privilèges, date évidemment de la 
féodalité. 

Elle existait avec un caractère assez identique 
chez les Romains et plus tard chez les Gaulois, qui 
adoptèrent leurs usages ; mais chez les Germains, 
peuple guerrier et sauvage, il ne pouvait y avoir 
de nobles que ceux qui slUustraient dans les com- 
bats, et si le fils gardait un reflet de la gloire du 
père, cette gloire ne rejaillissait pas sur le petit* 
fils, si celui-ci ne la ravivait par sa valeur person- 
nelle. 

11 ne pouvait, au reste, y avoir de privilèges 



ORIGINE DE LA NORIJBSSE. 5 

héréditaires chez un peuple où la royauté même 
était élective, car les chefs {herùzogs) étaient choisis 
parmi les plus bilaves, et ce ne fut que plus 
tard, après la conquête, que l'usage s'établit de 
les choisir dans la même famille, tout en conservant 
l'élection. 

Quelques détails sur les usages des Francs sont 
ici nécessaires; nous examinerons ensuite com- 
ment s'organisa la conquête et se constitua peu 
à peu une noblesse qui devint régulière sous 
Charlemagne, et atteignit sa perfection sous Charles 
le Chauve et ses successeurs. 

Comme tous les peuples primitifs, les Germains 
méprisaient l'agriculture et ne devaient faire 
aucun cas des propriétés territoriales; aussi n'a- 
vaient-ils pas de possessions réelles : les chefs don- 
naient à chacun un lot de terre (/orf, d'où alod^ 
alleu) , mais temporairement , l'obligeant l'année 
suivante à passer ailleurs. Us croyaient à la divi- 
nité d'Odin, et comme tels n'aimaient que la 
guerre , qui devait , s'ils s'y distinguaient , attirer 
sur eux la faveur des chefs et leur faire goûter 
dans l'autre monde les joies sensuelles du Walhalla. 



6 ORIGINE DE LA NOBLESSE. 

Aussi montraient-ils dans les combats une énergie, 
un acharnement qui font dire à Sidoine Apolli- 
naire : 

.... Invicli perstant, animoque supersunt, 
Jam prope post animam. ... 

On connaît leur fougue frénétique, ennemie de 
toute discipline et telle que les chefs Cattes, vou- 
lant un jour imiter celle des Romains, furent obli- 
gés de tendre une chaîne de fer pour contenir le 
premier rang de leurs soldats. 

Leurs princes, dit Tacite, aimaient à s'entourer 
d'une jeunesse belliqueuse qui leur servait de 
garde; et s'il y avait émulation entre les guer- 
riers pour faire partie de ce corps d'élite, de même 
il y avait émulation entre les princes pour s'atta- 
cher les plus braves guerriers. Ces compagnons 
s'appelaient antrustions; on a voulu en faire des 
nobles et les assimiler aux gentilshommes du 
moyen âge, quoiqu'il soit bien évident que c'était 
un titre purement personnel, et qu'on ne puisse 
établir aucune comparaison entre l'antrustion , fils 
de ses œuvres, et le gentilhomme, qui doit tout à 



ORIGINE DE LA NOBLESSE. 7 

sa naissance. Mais il est certain que ce compagnon- 
nage était un acheminement vers la noblesse, et 
ces antrustions ou leudes furent plus tard les set- 
gneurs et vassaux , de même que les terres que le 
roi leur donnait forent successivement biens fis- 
caux ^ bénéfices^ honneurs^ fiefs. 

11 semble aussi, en considérant ce corps d'élite 
entourant chaque prince, qu'on puisse trouver 
dans ce peuple barbare les premiers éléments de 
la chevalerie ; et ce qui étonne plus encore, c'est 
qu'on trouve aussi chez lui cet amour respectueux 
de la femme, qui est la première loi de la chevale- 
rie, et que n'avaient point les Bomains. En effet , 
nous voyons chez les Germains la femme, égale de 
son époux, l'accompagner partout, même à la 
guerre, où du haut des chariots elle contemple le 
combat, l'exhortant et l'excitant, pansant ses bles- 
sures après la bataille et glorifiant son courage. On 
la voit même paraître dans les assemblées publi- 
ques de la nation, où l'on écoute son avis avec 
déférence. 

Voilà ce qu'étaient les Germains. Voyons main- 
tenant ce qu'étaient les Romains et les Gaulois . 



8 ORIGINE DE LA NOBLESSE. 

Les Romains avaient une noblesse caractérisée 
par le droit d'images, jus imagum; ces images 
étaient des bustes ou statues de cire, représentant 
les ancêtres du patricien, qu'on conservait pré- 
cieusement dans sa maison, et qu'on portait à ses 
funérailles. 

Outre cette noblesse patricienne, faute de la- * 
quelle on était un homme nouveau, il y en avait 
encore une de second ordre, celle des chevaliers, 
qui ressemblent assez aux baronnets d'Angle- 
terre. 

Nous avons dit que la noblesse romaine avait 
beaucoup des caractères de la noblesse féodale ; s'il 
est vrai , comme le disent certains auteurs, qu'il y 
ait eu sous les empereurs des exemples d'anoblis- 
sements par concession impériale, il n'y aurait plus 
seulement analogie, il y aurait identité. 

Chez les Gaulois il y avait, outre les druides, 
trois classes de citoyens : les nobles, les hommes 
libres, les esclaves. La noblesse était en grande 
vénération, et c'est exclusivement chez elle qu'on 
choisissait lés chefs, les capitaines, les magistrats. 
Lorsque les Romains eurent conquis la Gaule, cer- 



ORIGINK DE LA NOBLESSE. * 9 

taînes peuplades s'affranchirent; d'autres, qui 
étaient restées indépendantes, entrèrent dans Tal- 
liance de Kome , et il en résulta entre les deux 
nations une fusion si complète, qu'on voit des 
Komains servir dans la milice gauloise et des Gau- 
lois occuper des magistratures romaines. 

La noblesse indigène s'identifia donc avec celle 
des vainqueurs, et les Gaulois eurent aussi leurs 
familles sénatoriales. Ce mot , qui indiquait d'abord 
droit d'entrée au sénat, devint bientôt un titre 
commun de noblesse, que s'attribuèrent toutes les 
anciennes familles. 

Voilà ce que trouvent les Francs à la conquête ; 
comment s'hiérarchisent-ils maintenant? Ici, même 
indécision des historiens : les uns , avec l'abbé du 
Bos, soutiennent cette thèse absurde que les 
familles sénatoriales formèrent seules la noblesse 
des Francs, comme s'il tombait sous le sens que 
les vainqueurs aient reconnu la supériorité des 
vaincus. D'autres, en tête desquels Boulainvilliers, 
affirment que les Francs se placèrent au-dessus de 
tous et ne reconnurent pas les noblesses gauloises 
et romaines. Or, ce qui prouve la fausseté de ce 



I lu ÛHJÔINE DE LA NOBLESSF:. 

système, c'est quW voit sous les premiers rois 
francs des Gaulois et des Romains occuper les postes 
les plus élevés ; ainsi on trouve Aurélius ministre 
de Clovis, Mupamolus gouverneur de Bourgogne, 
Protadius et Claudius maires du palais, Lupus duc 
de Champagne, etc. D'autres enfin, et nous sommes 
pleinement de leur avis, pensent que si les Francs 
occupèrent le premier rang, ils acceptèrent néan- 
moins la noblesse gallo-romaine, et qu'il y eut 
égalité morale entre le Franc libre et le noble 
vaincu. Nous disons morale, parce que si Ton con- 
sidère la lettre de la fameuse loi du Wergheld ^ , 
régalité légale n'existait pas; mais, comme le dit 
l'auteur des Lettres sur l'Histoire de France^ la 
lettre de la loi est une lettre morte, et pour plu- 
sieurs causes, les nobles vaincus durent marcher 
sur la même ligne que les vainqueurs ; d'abord il 
est naturel que le barbare, même vainqueui*, 

1 « si quelque homme libre a tué un Franc ou un barbare, 
ou un homme vivant sous la loi salique, il sera jugé coupable 
au taux de 200 sous. Si un Romain possesseur a été tué, celui 
qui sera convaincu de l'avoir tué sera jugé couj)able à 100 sous. 
— Celui qui aura tué un Franc dans la truste du roi sera jugé 
coupable à 600 sous. — Si un Romain, convive du roi, a été tué, 
la composition sera de 800 sous. » 



ORIGINE DE LA NOBLESSE. 11 

subisse jusqu'à un certain point l'ascendant du 
civilisé , et c'était le rôle du Franc vis-à-vis du 
Romain; ensuite, et c'est là la raison concluante, 
la Gaule ne fut pas entièrement conquise, beau- 
coup de peuplades gauloises se soumirent , s'agré- 
gèrent volontairement à la nation franque et 
jouirent par conséquent des mêmes droits. 

Maintenant résulte-t-il de là que tout conqué- 
rant dût se placer au rang des nobles par cela même 
qu'il était conquérant? Non , il est avéré que la 
servitude existait chez les Francs peu après la 
conquête, et ceci prouve surabondamment quelle 
fut l'inégalité des conditions dès le commencement 
de notre histoire. 

La noblesse primitive se composa donc des 
Francs libres et des Eomains et Gaulois de familles 
sénatoriales. Plus tard, lorsque la monarchie se 
fut constituée régulièrement , et fiit devenue le 
centre du pouvoir et de la richesse, la noblesse se 
composa des leudes ou bénéficiaires, des grands 
officiers de la maison du roi et des possesseurs de 
terres allodiales. 



12 DES TERRES ALLODULES 



II 

Des terres aUodiales et des bénéfices. 

Il faut que nous expliquions ici ce qu'on enten- 
dait par terres aUodiales, et quelle était la diflfé 
rence entre Talleu et le bénéfice ou fief, comme 
on l'appela au moyen âge. Nous donnerons à ce 
sujet Fopinion la plus généralement accréditée de 
nos jours, car il n'est pas de mot dont la signifi- 
cation ait été plus discutée que celle du mot alleuy 
et Ton ferait des volumes de toutes les contro- 
verses qu'il a soulevées. 

Les opinions les plus raisonnables sur son éty- 
mologie le font venir de al-od^ toute propriété, ou 
de lod^ sort, d'où on a <fait loterie, etc. Nous 
pencherions pour cette dernière hypothèse, car 
lorsque les conquérants se furent établis dans la 
Gaule, ils s'approprièrent les deux tiers des terres, 
qui furent distribuées au sort entre les principaux 
chefs de bandes ou herùzogs (littéralement conduc- 
teurs d'armée). 

Ces terres, exemptes de toutes charges, libres 



ET DES BÉNÉFICES. 13 

de tous devoirs, furent les premières terres allô-- 
diales. Plus tard, les biens pris par le roi dans son 
domaine particulier, dans son alleu, et donnés 
par lui sans condition, constituèrent d'autres 
alleux. 

« AUodium^ dit Dumoulin, proprietas quœ a 
nuUo recoghoscitur. Tenere in allodium, id est in 
plenam et absolutam proprietatem. » 

Aussi Bouteiller dit-il dans sa Somme rurale : 
« Tenir alleu, si est tenir de Dieu tant seule- 
ment. » 

Maintenant l'alleu était-il exempt d'impôt 
envers l'Etat? Ici encore les avis sont partagés ; du 
Bos dit que toutes les propriétés furent assujetties 
aux mêmes impôts que sous la domination romaine. 
Montesquieu et Mably combattent cette opinion , 
et en effet, il semble peu croyable que les Francs, 
habitués à une indépendance complète et ne con- 
naissant que les relations personnelles, aient pu 
s'astreindre à un système régulier d'obligations 
envers l'Etat , lorsqu'ils ne pouvaient comprendre 
ce que c'était que l'État. 

Les propriétaires d'alleux n'étaient pas cepen-^ 



14 DES TERRES ALLODIALES 

dant sans avoir à supporter certaines charges qui, 
pour n'avoir rien de fixe, n'en étaient pas moins 
réelles. 

C'étaient d'abord les dons au roi lors de la tenue 
des champs de mars, dons volontaires d'abord, mais 
qui par la suite devinrent obligatoires ; ensuite les 
vivres et moyens de transport à fournir au roi ou 
à ses officiers lorsqu'ils traversaient le pays ; enfin, 
le service militaire, qui était d'abord complètement 
indépendant de la propriété, et auquel on était 
astreint parce qu'on était Franc , mais qui , sous 
Charlemagne, fut réglé suivant l'étendue et l'im- 
portance de l'alleu. 

Le bénéfice, au contraire, que tous les anciens 
textes s'accordent à opposer à l'alleu, n'était qu'un 
usufruit à terme ou à perpétuité ; c'était une terre 
concédée par le roi, et dont la jouissance entraînait 
certaines obligations, qui n'avaient rien de bien 
fixe et qui étaient comprises dans le mot de fidelU 
tas; la plus importante, qui fut réglée par Charle- 
magne, était celle du service militaire, dont 
l'abstention entraînait de droit la révocation du 
bénéfice. 



ET DES BÉNÉFICES. I ri 

Les grands propriétaires d'alleux ne tardèrent 
pas à suivre l'exemple du roi et à s'attacher des 
partisans en concédant des bénéfices, moyen d'au- 
tant plus fort que ces bénéfices étant révocables 
à volonté, le concessionnaire demeurait toujours 
dans la dépendance absolue du donateur. 11 était 
rare, au reste, que celui-ci usât de ce droit rigou- 
reux, mais on comprend quelle puissance il en 
retirait, et quelle perturbation dans Tordre des 
choses dut amener l'hérédité des bénéfices que 
nous verrons s'établir plus tard. 

Une des causes qui contribuèrent le plus à mul- 
tiplier les bénéfices fut la conversion des alleux 
en bénéfices, conversion attestée par une formule 
de Marculfe, et par la disparition progressive des 
alleux , qui étaient devenus extrêmement rares dès 
les premiers temps de la féodalité. 

Le propriétaire d'alleu qui voulait changer la 
nature de son domaine se présentait au roi ou au 
seigneur dont il voulait dépendre, et, une touffe 
de gazon à la main, lui cédait sa propriété libre 
pour la recevoir aussitôt de lui à titre de bénéfice. 

Au premier abord on s'étonne de cette couver- 



16 DES T£RK£S ALLODIALES. 

sion volontaire de Valleu , propriété modèle, abso- 
lue et indépendante, en bénéfice soumis à diverses 
obligations ; mais pour peu qu'on réfléchisse qu'en 
ces temps de désordre rien n'était régulièrement 
organisé, que la force était tout, on comprendra 
quel intérêt chacun avait de s'assurer un protec- 
teur. Se faire fort, voilà toute la politique d'alors ; 
les grands cherchaient leur force dans le nombre de 
leurs créatures, les petits dans la puissance de leur 
protecteur. 

Au reste , cet usage de s'assurer un protecteur 
datait de loin chez les Francs ; dans les forêts de la 
Germanie, chaque guerrier s'assurait la protection 
d'un chef, qui lui faisait cadeau d'un cheval ou 
d'une arme de prix, en signe qu'il le recevait 
comme son homme; cela s'appelait la recomman- 
dation. 

Outre les alleux et les bénéfices, il y avait encore 
une autre sorte de terres qu'on appelait terres tri- 
butaires; elles étaient concédées par les grands 
propriétaires à des ct)lons ou cultivateurs libres 
moyennant un tribut ou cens, et sans que le con^ 
cessionnaire en eût la pleine et entière propriété* 



ORGANISATION HIÉRARCHIQUE. 17 

111 

Organisation hiérarchique dans les premiers temps 

de la monarchie. 

Il y avait donc au commencement de la monar- 

« 
chie quatre classes d'individus : !• les leudes, 2* les 

propriétaires d'alleux , qui ne tardèrent pas , par 
le dénaturement de leur propriété, à rentrer dans 
la classe des leudes ; 3"" les hommes libres, posses- 
seurs de terres tributaires, artisans et serviteurs à 
gages; 4* les serfs. 

Les leudes étaient comme de petits souverains 
dans leurs terres, menant leurs bénéficiaires à la 
guerre et leur rendant la justice. 

On a longtemps, mais à tort, considéré ces jus- 
tices seigneuriales comme un empiétement sur le 
pouvoir royal; c'était un droit qui remontait à la 
conquête, alors qu'il était tout naturel que les 
chefs de bande jugeassent les difilérends qui s'éle- 
vaient entre leurs hommes. 

Les hommes libres étaient menés à la guerre par 
des comtes, nommés par le roi dans chaque pro- 
vince. Ces comtes rendaient aussi la justice, mais 






18 ORGANISATION HIÉRARCHIQUE. 

avec r assistance de tous les hommes libres du 
comté qu'ils convoquaient dans des assemblées 
nommées p/aid« {placita)^ qui avaient lieu au moins 
une fois tous les mois. Mais bientôt les plaids 
devinrent déserts; les difficultés de communica- 
tions et leurs occupations retenaient chez eux 
les juges naturels; aussi voit-on paraître sous 
Charlemagne des magistrats nommés scabini, qui, 
suivant les uns, étaient électifs, et suivant les 
autres nommés par le comte. Des envoyés du 
roi [missi dominici) étaient chargés de voir com- • 
ment la justice était rendue, comment se faisait 
l'administration, et adressaient leur rapport au 
roi. 

Les comtes étaient d'abord nommés pour un an, 
mais il était rare qu'ils ne conservassent pas plus 
longtemps leurs fonctions, dont ils achetaient par- 
fois la continuation à prix d'argent. Le fait est 
attesté par un passage de Grégoire de Tours, qui 
raconte qu'un certain Paeonius, fils deMummolus, 
comte d' Auxerre, fut chargé par son père de por- 
ter ime somme d'argent au roi Gontran pour en 
obtenir la continuation de son office. Pœonius 



PREMIERS TEMPS DE LA MONARCHIE. 19 

oflSit Targent en son nom , brigua le comté, Fobtint 
et devint plus tard patrice. 

C'étaient donc dans le principe des magistrats 
essentiellement révocables que les comtes, maïs 
bientôt ils obtinrent la concession à vie de leurs 
offices ; puis l'usage s'introduisit de les choisir dans 
la même famille et de faire succéder le fils au père ; 
enfin, leur force augmentant avec la faiblesse des 
rois, ils finirent par rendre héréditaires leurs 
charges, qui devinrent ainsi des propriétés. 

L'institution des maires du palais ne contribua 
pas peu à assurer le triomphe de l'aristocratie sur 
la royauté. Ces officiers, auxquels les rois concé- 
daient une partie de leur autorité pour contenir et 
dominer les grands vassaux , jugèrent bientôt plus 
sûr de se faire les chefs et les instruments de 
ceux-ci. 

Un moment Charlemagne arrêta de sa main 
puissante cet empiétement continu , mais il fallait 
son génie pour suffire à cette tâche; lui mort, le 
mouvement ascensionnel des leudes recommença. 
Ses successeurs négligèrent de se mettre en contact 
immédiat avec leurs sujets par le serment person* 



20 ORGANISATION HIÉRAKGHIQUE. 

nel, par les grandes assemblées de la nation, par 
rinspection régulière des missi dominiciy et sous 

4 

Charles le Chauve s'accomplit ce grand fait de 
l'hérédité des bénéfices, qui fut la base de la 
féodalité. 

Avant lui , on avait vu sans doute des exemples 
assez fréquents d'hérédité, mais ce qui était une 
usurpation devint un droit lorsqu'il eut reconnu 
par des édits la succession du fils au père, et même 
du neveu à l'oncle. 

« L'hérédité des fiefs et l'établissement des 

•f • . ' 

« arrière-fiefs, dit Montesquieu dans V Esprit des 

< • 
« lois y éteignirent le gouvernement politique et 

I 

« formèrent le gouvernement féodal. Au lieu de 
« cette multitude innombrable de vassaux que les 
« rois avaient eu, ils n'en eurent plus que qùel- 
« ques-uns, dont les autres dépendaient. Les rois 
« n'eurent presque plus d'autorité directe; un 
« pouvoir qui devait passer par tant d'autres pou- 
« voirs, et par de si grands pouvoirs, s'arrêta ou 
« se perdit avant d'arriver à son terme. De si 
« grands vassaux n'obéirent plus, et ils se sér- 
ie virent même de leurs arrière-vassaux pour ne 



PREMIERS TEMPS DE LA MONARCHIE. 21 

« plus obéir. Les rois, privés de leurs domaines et 
« réduits aux villes de Reims et de Laon , restè- 
« rent à leur merci ; l'arbre étendit trop loin ses 
« branches, et la tête se sécha ! » 

Bientôt, en effet, le pouvoir royal devint telle- 
ment insignifiant que l'on ne connut plus le roi , 
qui ne se montrait plus qu'en de rares occasions, 
traîné dans les fameux chars attelés de bœufs. Oh 
sentit le besoin d'un chef sérieux qui pût faire tête 
aux Normands qui désolaient le pays; Hugues 
Capet était le plus riche, le plus puissant des 
grands vassaux , et la révolution capétienne s'ac- 

complît sans secousse et sans opposition. 

' ' . 

A partir de ce moment, l'histoire des différentes 
classes de la société sort du chaos ; la féodalité est 
établie et la noblesse arrivée à son point culmi- 
nant de force et de splendeur. Jusqu'à Charles 
le Chauve, on n'avait pas su précisément où la 
chercher, chez les Francs, grands officiers du 
roi, ou chez les propriétaires d'alleux et de bé- 
néfices ; maintenant elle appartient bien positi- 
vement à une classe de citoyens, celle des pos- 
sesseurs de fiefs, et leur rang est marqué par 



22 ORGANISATION HIÉRARCHIQUE. 

leur puissance, d'abord le duc, pair du roi et sei- 
gneur d'une province; puis le comte, seigneur 
d'une ville; puis le baron, seigneur d'un bourg; et 
enfin le simple seigneur d'un village ou d'un châ- 
teau, qui parfois avait encore sous lui d'autres 
vassaux, seigneurs d'un hameau ou possesseurs 
d'un manoir. Tous les anneaux de cette longue 
chaîne étaient réunis les uns aux autres par la foi 
et hommage et par Vinvestiture, devenue une 
simple cérémonie, et dont l'usage se perdit au 
moyen âge. 



IV 



Droits de la Noblesse. 



Voici maintenant quels étaient les droits de la 
noblesse avant que la politique agressive des Capé- 
tiens les lui eût enlevés un à un : 

1** Le droit de battre monnaie. Au premier 
abord ce droit paraît exorbitant , mais il faut con- 
sidérer qu'en ce temps-là on ne gravait point 
d'images sur les pièces, et que celles-ci n'avaient 



DROITS DE LA NOBLESSE. 23 

qu,e la valeur de leur poids; aussi ce droit fut-il 
un de ceux que les nobles abandonnèrent le plus 
volontiers. Sous saint Louis, quatre-vingts sei- 
gneurs battaient monnaie ; une ordonnance de 1 31 3 
interdit de recevoir les monnaies seigneuriales hors 
des domaines de ceux qui les frappaient; aus$i la fa- 
brication de ces monnaies devint-elle si restreinte , 
que les grands vendirent leur droit au roi moyen- 
nant de faibles sommes. 

2* Le droit de guerre ; celui-là fut un des plus 
vivaces et un de ceux auxquels les nobles tinrent 
avec le plus d'opiniâtreté. Aussi, jusqu'à Louis XI 
les rois n'essayèrent-ils jamais de l'attaquer en 
face. Les conciles même, dans ce temps où la reli- 
gion avait tant de pouvoir, tentèrent en vain de 
le détruire, et tout ce que le clergé put obtenir, ce 
fut l'institution de la Paix de Dieu ; les guerres pri- 
vées n'étaient plus permises que deux jours de la se- 
maine, le lundi et le mardi, et l'usage en était inter- 
dit les jours de fête, pendant l'Avent et le Carême. 

3* Le droit de justice;. nous avons dit plus haut 
que ce droit datait de la conquête, et n'était point 
une usurpation comme on l'a avancé. Peu à peu 



24 DROITS DE LA NOBLESSE. 

les seigneurs renoncèrent à rendre par eux-mêiùes 
la justice, et déléguèrent leurs droits à des officiers 
qui s'appelaient baillis. Charles IX leur enleva 
cette prérogatire et ne leur laissa que le droit de 
présentation de ces officiers, présentation qui était 
soumise à la sanction royale. 

Outre ces trois droits principaux , les nobles en 
avaient d'autres, qui varièrent suivant les temps 
et suivant les provinces; nous en parlerons plus 
tard, lorsqu'ils seront plus précis et plus faciles à 
définir. 



De la Chevalerie. 

Sous le règne de Henri I", c'est-à-dire au com- 
mencement du xr siècle , nous voyons apparaître 
la chevalerie, qui doit donner à la noblesse cette 
loyauté, cette courtoisie, ce respect des dames qui 
lui manquent encore. 

Son institution eut pour cause première le dés • 
ordre qui régnait alors dans le royaume. Les 
grands vassaux cherchaient à se rendre indépen- 



DE LA CHEVALERIE. 25 

daotS) les petits bataillaient entre eux, les peuples 
étaient opprimés et pressurés; le conunerce était 
nul, car on ne pouvait voyager sans être détroussé 
à chaque coin de bois. Fuis il fallait payer des 
droits exorbitants pour passer le moindre pont, 
traverser le moindre bourg seigneurial ; les femmes, 
dans les viUes, étaient exposées aux attentats les 
plus odieux et ne pouvaient sortir que voilées. 

Le clergé s'en émut, prêcha en chaire la réprefr- 
aion de ces désordres, et une association se forma 
qid entreprit de combattre les abus, d'assurer les 
chemins, de soutenir les faibles et de punir les cou- 
pables. Cette association , modeste à ses débuts, 
prit peu à peu de l'extension, devint une institu- 
tion ayant ses règles fixes, ses lois, et les plus 
grands seigneurs, les rois mêmes voulurent bientôt 
en feire partie. Au xir siècle elle était parvenue à 
^napc^e. 

« Alors, dit un auteur moderne*, esprit reli- 
gieux, esprit amoureux et galant, empire des 
dames, esprit de vaillance et de point d'honneur. 



*■ LibaH, HtÊtoirB de la ChâvaUrie» 



26 DB LA CHEVALERIE, 

règle morale, fêtes, tournois, étiquette, romans de 
chevalerie, tout cela existe, est rassemblé, épanoui^ 
et forme un tout brillant qui mérite véritablement 
le nom de chevalerie, d 

On trouve dans une ballade d'Eustache Des- 
champs, quiécrîvait au xiv* siècle, les principaux 
devoirs du chevalier : 



Vous qui voulez l'ordre de chevalier, 
Il vous convient mener nouvelle vie, 
Dévotement en oraison veiller , 
Péché fuir orgueil et vilainie. 
L'Église devez défendre, 
La veuve aussi, l'orphelin entreprendre, 
Etre hardis et le peuple garder, 
Prud'homs loyaux, sans rien de l'autrui prendre, 
Ainsi se doit chevalier gouverner. 



Humble ouvrier toujours doit travailler 
Et poursuir faits de chevalerie, 
Guerre loyale, être grand voyagier; 
Tournois suivre et jouter pour sa mie. 

Il doit à tout honneur tendre 
Pour qu'on ne puisse en lui blâme reprendre, 
Ni lâcheté en ses œuvres trouver ; 
Et entre tous se doit tenir le moindre, 
Ainsi se doit chevalier gouverner. 



DE LA CHEVALERIE. îf7 

Il doit aimer son seigneur droiturier 
Et dessus tout garder sa seigneurie, 
Largesse avoir, être vrai justicier. 
Des prud'hommes suivre la compagnie, 

Leurs dits ouïr et apprendre, 
Et des vaillants les prouesses comprendre 
Afin qu'il puist les grands faits achever, 
. Comme jadis fit le roi Alexandre, 
Ainsi se doit chevalier gouverner. 

Nous ne nous étendrons pas sur l'histoire et sur 
les institutions de la chevalerie, quelque attrayant 
que soit ce sujet; il faudrait pour cela écrire des 
volumes, et ces volumes ont été écrits bien des 
fois ; nous dirons seulement , parce que cela rentre 
nécessairement dans notre sujet, quelles étaient la 
vie et réducation du jeune noble jusqu'à ce que 
l'accolade lui eût permis de porter Téperon d'or, le 
manteau d'hermine et le titre de Monseigneur et 
de Monsieur. 

Dès qu'il avait atteint l'âge de sept ans, on le 
retirait des mains des femmes, et même de la mai- 
son paternelle , où l'on craignait que l'indulgence 
des parents ne compromît l'éducation mâle et 
robuste qu'il devait recevoir. On l'envoyait soit à 
la cour de quelque prince, soit à un seigneur puis- 



?8 DE LA CHEVALERIE. 

sant, et tenant uu grand état de maison, chez 
lequel il remplissait les fonctions de page et de 
varlet. 

Il ne faut point prendre en mauvaise part ce 
titre de varlet, fort en honneur encore au 
xir siècle, puisqu'on trouve les trois fils de Phi- 
lippe le Bel inscrits sous ce nom sur les états de la 
maison royale; on désignait sous le nom de ffros 
mrlets les serviteurs subalternes. Au reste, on 
n'était pas dans ce temps-là d'une délicatesse aussi 
raffinée qu'aujourd'hui, et les descendants d^s plus 
illustres maisons remplissaient près de la personne 
du seigneur auquel ils étaient attachés des ofl|ces 
de domesticité qui ne leur paraissaient en rien 
répugnants 5 ainsi les pages accompagnaient leur 
maître ou plutôt leur maîtresse dans ses prome- 
nades, dans ses visites, faisaient leurs, messages, 
et les servaient à table. En retour de ces services, 
celle-cîi leur apprenait à aimer Dieu et les dames ^ 
car la religion et l'amour étaient la base de la 
chevalerie. 

L'amour chevaleresque était 1q plus pur, le plus 
idéal qui se pût imaginer ; c'était l'amour qui pou- 



D£ LA CHEVALERIE. 29 

vaît rendre meilleur, c^était Tamour platonique 
par essence, à ce point qu^un chevalier ne pouvait 
prendre sa femme pour mie; c car, dit un trouba- 
dour, là bonté de Vun ni de Tautrè ne peut s'en 
accroître; faveurs d^amour peuvent se mettre à 
haut prix, faveurs d'époux sont exigibles et ne 
s^appellent plus faveurs. » 

Dès qu'il avait quatorze ans, le jeune gentil- 
homme 5or/at^ hors de pages; c'était Toccasion d'une 
cérémonie religieuse, dans laquelle le prêtre lui 
ceignait l'épée ; alors il était écuyer. 

Les étymologistes ne sont pas d'accord sur ce 

mot d^écuyer, les uns le font venir de scuriàj 

d'autres de scutifeTy soit, ce qui est probable, parce 

qu'il portait l'écu de son maître, soit parce qu'étant 

noble, il avait lui-même le droit de porter un écu 

armorié. Le jeune homme était alors affecté au 

service de la chambre, et s'appelait chambellan, 

ou au service de la table, écuyer tranchant , ou au 

service des écuries, écuyer de cheval, ou enfin au 

service personnel du seigneur, écuyer de corps ou 

' • . - ■ . . • ' 

d'honneur. Des lors il renonçait aux amusements 

de àon enfance, et ses jeux étaient lei rudes exer- 



30 DE LA CHEVALERIE. 

cices qui devaient le préparer au métier des 
armes. 

Veut-on savoir quels étaient ces exercices, qu'on 
lise le passage où l'historien de Boucicaut raconte 
lajeunesse de cet illustre chevalier. « Maintenant, 
« dit-il, il s'essayoit à saillir sur un coursier tout 
« armé ; puis autrefois couroit et alloit longue- 
« ment à pied pour s'accoutumer à avoir longue 
« haleine et souffrir longuement travail; autres 
« fois, férissoit d'une coignée ou d'un mail grande 
« pièce et grandement. Pour bien se duire au har- 
€ nois, et endurcir ses bras et ses mains à longue- 
« ment férir, et pour qu'il s'accoutumast à léger e- 
€ ment lever ses bras , il faisoit le soubresaut armé 
« de toutes pièces, fors le bassinet, et en dansant, 
a le faisant armé d'une cotte d'acier.... A un 
« grand homme monté sur un grand cheval, sail- 
« loit de derrière à chevauchon sur ses épaules , 
« en prenant ledit homme par la manche d'une 
« main, sans autre avantage; mettant une main 
« sur l'arçon de la selle d'un grand coursier, et 
€ l'autre emprès les oreilles, le prenoit par les 
€ crins et sailloit de l'autre part Il montoit 



t)£ LA CHEVALERIE. 31 

« au revers d'une grande échelle dressée contre un 
« mur, tout au plus haut, sans toucher des pieds, 
< mais seulement sautant des deux mains ensemble 
« d'échelon en échelon, armé d'une cotte d'acier, 
« et ostée la cotte, à une main sans plus montoit 
«plusieurs échelons.... Quand il étoit au logis, 
« s'essayoit avec les autres écuyers à jetter la lance 
« ou autres essais de guerre, ne jà ne cessoit. » 

Lorsque Técuyer était parvenu à l'âge de dix- 
huit ans, il complétait son éducation en suivant 
son seigneur à la guerre, en voyageant, en visitant 
les cours des princes et en se faisant connaître dans 
les tournois, les pas d'armes et les emprises ; il pre- 
nait alors le nom de poursuivant d'armes. Enfin, 
lorsqu'il avait vingt et un ans, il était apte à rece- 
voir l'ordre de chevalerie, que lui conférait soit le 
roi, soit son seigneur suzerain, soit même un 
simple chevalier. 

Il fallait prouver quatre quartiers pour être reçu 
chevalier. Certains auteurs ont prétendu que non- 
seulement il n'était pas besoin d'être noble, mais 
que la chevalerie anoblissait, et que ce fut là l'ori- 
gine d'une foule de familles nobles. Ces auteurs ont 



32 DB LA CHEVALERIE. 

confondu la chevalerie militaire, la chevalerie de 
l'accolade avec la chevalerie es lois, qui parait 
beaucoup plus tard et qui elle-même n'anoblissait 
pas, puisqu'on trouve des chevaliers es lois anoblis 
par le roi. 

Quant à la chevalerie militaire, ce passage des 
Établissements de saint Louis prouve surabondam- 
ment qu'elle ne se conférait qu'aux seuls nobles : 
« Se aucun hom étoit chevalier et ne fut gentil- 
homme de parage, tant le fust-il de par sa mère, si 
ne pouroit-il l'estre par droit; ains le pouroit 
prendre le roi ou 11 bers en que le chastellenie que 
ce soit et trancher ses espérons sur un fumier.... 
car usage n'est mie que femme franchise hom , mais 
li hom franchit la femme ; car se un hom de grand 
lignage prenoit la fille à un vilain à sa femme, ses 
enfans pouroient bien estre chevaliers par droit. > 

On appelait chevalier banneret celui qui pouvait 
lever sur ses terres un certain nombre d'hommes 
d'armes. Son nom vient de ce qu'au lieu d'un pen- 
non, comme les simples chevaliers, il portait une 
bannière carrée. Il y avait de simples écuyers qui, 
par droit de naissance, étaient baronnets, et qui, 



DE lA GU£VAI.£R1B. 33 

lorsque lear fief leur faisait suivre le roi à la guerre, 
avaient des chevaliers sous leur bannière ; mais ils 
Etaient pour cela aucun des privilèges de la che- 
Valérie, et ne portaient que des éperons d'acier. 
Quelquefois le roi faisait baronnet un simple che- 
valier*, et dans une cérémonie publique coupait 
les pointes de son pennon, qui devenait ainsi une 
bannière. 

Plus tard il y eut une autre chevalerie qu'on 
appela la dievalerie de race ; ceux-là étaient cheva^ 
iiers de race qui possédaient un fief de haubert , 
c'est-à-dire un fief fournissant le moyen de servir 
à pleines armes. Vers le milieu du xvi* siècle la 
noblesse de distinction, à la faveur des troubles, 
eominença à s'attribuer sans droit le titre de mes^ 
sire et- de chevalier, et bientôt cet abus devint si 
grand, que Brantôme dit dans ses Capitaines fran- 
cois : « Les moindres se créent d'eux-mêmes sans 
« aller au roi, de sorte qu'on peut dire qu'il y a 

1 On lit dans un yieux cérémonial : « Quand un chevalier ou 
écuyer a la terre de quatre haceUetj le roi peut lui bailler ban- 
nière à la première bataille, » C'est probablement de ce mot de 
bacellsj mesure de terre, que vient le mot bachelier, qui signifie 

siiaple eheYaliQr» 

3 



34 DES CROISADES. 

« aujourd'hui plus de chevaliers et de dames leurs 
• femmes que jadis il n^ avoit d'écuyers et de 
« damoiselles. » Charondas , le commentateur de 
Bouteiller, qui écrivait en 1603 va plus loin lors- 
qu'il dit : «... Chacun se fait chevalier et dame sa 
« femme, et aucuns s'attribuent tels titres, encore 
« qu'ils ne soient ni écuyers ni nobles. » 

On ne pouvait songer à réprimer complètement 
un abus devenu aussi général , aussi se borna-t-on 
dans les recherches de noblesse à priver de la qua- 
lité de chevalier ceux-là seulement qui n'étaient 
pas issus d'ancienne noblesse ou pourvus d'emplois 
élevés. 



VI 



Des Groisades. 



On peut diviser l'histoire de la noblesse en deux 
périodes : la première, période de puissance, com- 
mence sous les successeurs de Charlemagne et finit 
BOUS Philippe 1"; la seconde, période de gloire, 



DES CHOISÂDES. 35 

dure jusqu'à la révolution, c'est-à-dire tant que la 
noblesse forme un corps à part, jouissant de privi- 
lèges particuliers. 

Dans la première période, on la voit dominer et 
opprimer la royauté sous les derniers Carlo vingiens, 
puis lui résister sous les descendants de Hugues 
Capet et traiter avec eux d'égal à égal. Mais voici 
venir les croisades, qui ramènent dans les mains des 
rois une autorité qui croîtra toujours, qui pourra 
faire dire plus tard à l'un d'eux : « L'Etat , c'est 
moi » , et dont ils se serviront pour travailler sans 
relâche à abaisser et à diminuer la noblesse, à lui 
ôter un à un tous ses privilèges, jusqu'à ce qu'un 
autre pouvoir, grossi peu à peu et dans l'ombre, 
les renverse à son tour pour ramener les choses à 
leur point de départ, c'est-à-dire au temps où, dans 
les forêts de la Germanie, la nation était tout et 
nommait ses rois qui n'étaient que des magistrats 
temporaires. 

A la fin du xr siècle, un homme pauvre, incoimu, 
sans éducation, mais inspiré du souffle de Dieu, 
Pierre l'Ermite, surgit tout à coup. Il parcourt la 



136 DES CROISADES. 

Franoe, rassemble les masses et raconte ce qu'il a 
vu : le tombeau du Christ profané dans la terre 
sainte, les pèlerins pillés et martyrisés par les infir 
dèles. Il promet la gloire dans cette vie et la béati- 
tude dans l'autre à ceux qui feront le voyage 
d'outre-mer, et soudain un enthousiasme inouï, 
une sorte de délire s'empare de tous. Grands et 
petits, nobles et vilains^ clercs et laïques s^enrôlent 
sous les drapeaux de Dieu ; les femmes elles-mêmes 
prennent la croix . 

A cet enthousiasme il y a plusieurs causes : la 
gloire d'abord, qu'on promettait à des gens dont 
la guerre faisait à cette époque la seule occupa- 
tion; puis les richesses, les terres, les seigneu- 
ries, qu'on leur faisait entrevoir sur cette terre 
d'Orient; enfin, la rémission entière de leurs 
péchés, que le concile de Clermont accordait aux 
croisés. 

C'était , en effet , une manière bien attrayante 
d'expier ses fautes, que d'entreprendre un voyage 
an bout duquel on devait rencontrer gloire et 
richesses. Puis, quoi qu'on en ait dit, l'esprit che- 
valeresque existait alors, et ces courses aventu- 



DES CROISADES. S7 

reuses à travers des pays nouveaux, au milieu de 
dangers inconnus, entreprises pour conquérir un 
tombeau, devaient séduire les chevaliers, rudes et 
grossiers encore, mais pleins de foi et de naïve 
piété. 

Ils se levèrent donc en masse, et pour partir, 
pour subvenir aux frais énormes de leur équipement 
et de celui de leurs hommes, rien ne leur coûta ; 
ils engagèrent ou vendirent leurs joyaux, leur 
vaisselle, leurs meubles; ils vendirent même leurs 
biens, le château de leurs pères, confiant à la garde 
de Dieu leurs femmes et leurs enfants. Les uns 
restèrent en chemin , d'autres sur le champ de 
bataille. Que trouvèrent-ils en revenant de la terre 
sainte, ceux qui en revinrent? Leurs femmes étaient 
mortes ou remariées, car dans ce temps où Ton ne pou- 
vait guère avoir de nouvelles d'un si lointain pays, 
les femmes pouvaient se considérer comme veuves 
après sept ans d'absence de leurs époux. Ceux qui 
avaient engagé leurs terres s'en trouvaient dépos- 
sédés, car la loi les accordait au détenteur après 
un an révolu. Ceux qui, plus heureux, n'avaient 
engagé que leurs meubles et leurs revenus, ruin^ 



38 DES CROISADES. 

par cette longue absence, étaient obligés de vendre 
leurs fiefs. 

Or, comme Targent ne se trouvait qu'entre les 
mains des roturiers, ceux-là seuls purent les ache- 
ter, et Tordre social se trouva profondément boule- 
versé par cette agrégation à la noblesse de la bour- 
geoisie anoblie dès lors par la possession des fiefs. 
Cet anoblissement fut d'abord considéré comme 
une exception et une usurpation, plusieurs refus 
d'investiture de souverains à des gens ignobiles le 
prouvent; mais il fut reconnu et régularisé par un 
établissement de saint Louis, qui permit aux ro- 
turiers le partage noble à la tierce foi , c'est-à-dire 
à la troisième génération des possesseurs de fiefs 
nobles. 

A dater de ce moment , la noblesse perd une 
grande partie de son prestige ; ce n'est plus une 
caste à part , issue de la conquête, et qui s'est faite 
elle-même, ce n'est plus qu'un corps privilégié, 
désormais accessible à tous. Plus tard, Philippe de 
Valois restreignit l'anoblissement par les fiefs, par 
le droit de franc-fief^ et Henri III l'abolit tout à 
fait par l'édit de Blois, qui déclarait que : « Les 



DÉCADENCE DR LA NOBLESSE. 39 

roturiers acquéreurs de fiefs nobles ne seraient 
pour ce anoblis, de quelque degré que fussent les 
fiefs par eux acquis. » 



VII 
Décadence de la Noblesse. 

Une fois sur la pente de la décadence, la noblesse 
alla toujours s'amoindrissant ; la manière de faire 
la guerre y fut pour beaucoup. Jusqu'à Philippe- 
Auguste, la noblesse seule faisait le service des 
fiefs et composait les armées ; ce roi , en imaginant 
de soudoyer des soldats * , échappa au contrôle des 
grands vassaux , qui étaient libres de refuser le 

1 II n'est pas sans intérêt de connaître la solde des gêna de 
guerre au xiv» siècle. Une ordonnance de Jean I*' la règle ainsi : 
« L'arbalétrier qui aura bonne arbalète et sera fort, qui aura 
bon baudrier et sera armé de plates, de crevellière, de gorge- 
rette, d'épée, de couteau et de cuirasse, de bras de fer et de 
cuir, aura trois sols tournois de gages; — ^le pavoisier deux sols 
six deniers; — le connétable ou capitaine aura doubles gages. » 

Sous Philippe de Valois, une ordonnance de 1338 établit que ; 
« Le noble à pied, armé d'une tunique, d'une jambière et d'un 
bassinet, recevra deux sols tournois; s'il est mieux armé, deux 
sols six deniers;— le chevalier avec une bannière, vingt sols 
tournois ; — un écuyer avec un cheval de quarante livres au 
moins, couvert de fer, cuir, corne, sept sols six deniers. > 



40 DÉCADENCE DE LA NOBLESSE. 

service si la guerre leur paraissait injuste ou si elle 
se faisait hors du royaume. 

Charles VII continua Tœuvre de Philippe Au- 
guste en établissant des compagnies régulières * et 
des armées permanentes, et l'institution des milices 
communales porta le dernier coup à la féodalité 
militaire. La noblesse n'en continua pas moins à 
verser son sang sur les champs de batailles ; Cour* 
tray*, Crécy, Poitiers, Azincourt l'affaiblirent 
encore en la décimant. 

Sous Philippe le Hardi commencent les ano- 
blissements par lettres ; ce prince anoblit son argen- 
tier Eaoul par lettres patentes de l'année 1270. Ses 
successeurs usèrent peu de ce nouveau moyen de 
récompenses, jusqu'à Philippe de Valois, qui en 
abusa, non-seulement en anoblissant lui-même, 

1 Chaque compagnie se composait de cent hommes d'armes, 
commandés par un capitaine, un lieutenant, un guidon et un 
maréchal des logis; chaque homme d'armes avait à sa suite un 
coustilleur, un page et trois archers, ce qui portait à.six cents 
hommes l'effectif d'une compagnie , sans compter les valets 
d'armée. 

' A cette bataille périrent le roi de Bohême, les ducs de Bour- 
gogne et de Lorraine, les comtes d'Alençon, de Flandre, de 
Nevers, de Savoie; six princes, deux archevêques, quatre- 
vingts barons, douze cents chevaliers et trente mille soldats. 



DÉCADENCE DE LA NOBLESSE. 41 

mais eu conférant à divers personnages , tels que 
révêque de Beauvais et le comte de Valentinois, 
le pouvoir « de nobiliter bourgeois et quelques 
« oncques autres personnes non nobles du 
« royaume, » 

Louis XI ouvrit une nouvelle voie à la noblesse 
en l'accordant à certaines magistratures munici- 
pales, telles qu'aux mairies et échevinages de Paris, 
de Eouen, de Niort, d'Angers, de Bourges, et à cer- 
taines charges de finances. 

On comprend combien son importance se trouva 
diminuée par toutes ces innovations ; la réunion 
successive des grands fiefs à la couronne, la création 
des Parlements et des duchés-pairies furent encore 
amtant de coups que lui portèrent les rois. 

Ce qui l'acheva, ce futTamour du luxe; attirée 
à la cour par la splendeur des fêtes et des plaisirs, 
elle s'y ruina en folles prodigalités. Elle prit là 
l'amour des places et des dignités, et dès lors la 
faveur des princes fut tout. « On s'accoutuma, dit 
« Boulainvilliers , à la suite des princes, à plus 
« estimer leurs faveurs que ses propres avantages ; 
c on fit plus de cas de la grandeur accidentelle 



42 DÉCADENCE DE LA NOBLESSE. 

f dont on jouissoit près d'eux que de celle plus 
« stable qu'on tenoit de sa naissance. > 

Déchue de sa puissance, la noblesse, qui avait 
perdu un à un tous ses droits sérieux , essaya sous 
la Ligue qui ne fut pas seulement une guerre de 
religion, de ressaisir ses anciens privilèges; mais, 
vaincue par Henri IV, dominée par Richelieu, elle 
n'était plus sous Louis XIV que l'humble satellite 
de la royauté, à laquelle elle payait en dévouement 
ce qu'elle en recevait en honneurs. 

Engloutie avec elle dans la grande catastrophe 
de 1793, oublieuse de sa devise : œterna manebity 
elle put se croire effacée de la scène du monde, 
mais il n'en était rien; Napoléon comprit que 
sans elle la monarchie était incomplète, et la re- 
constitua. 

Seulement elle change alors complètement de 
caractère, et devient une émanation directe du 
pouvoir suprême ; ce n'est plus, comme au moyen- 
âge, la possession territoriale qui anoblit, ce sont 
les fonctions. 

Napoléon déclara en 1 808 que les grands digni- 
taires de l'Empire seraient princes ou ducs; que les 



DÉCADENCE DE LA NOBLESSE. 43 

ministres, sénateur?, conseillers d'Etat , présidents 
du Corps législatif, archevêques^ seraient comtes; 
que les présidents des collèges électoraux, des Cours 
de cassation , des comptes et d'appel , les évêques, 
les maires des trente-sept bonnes villes seraient 
barons. 

Puis, pour donner plus de prestige à sa noblesse, 
il supprima l'ancienne, décidant que ceux-là seuls 
auraient le droit de porter des armoiries et des 
titres, qui les auraient reçus de lui, et que tous 
ceux qui s'en attribueraient d'autres seraient 
punis d'un emprisonnement de six mois à deux 
ans. 

Louis XVIII, en rétablissant l'ancienne no- 
blesse, conserva celle de l'Empire et les fiisionna, 
mais il n'avait pas songé à une difficulté, qui allait 
être la cause d'une foule d'usurpations. 

Après la révolution et l'abolissement des privi- 
lèges, l'anoblissement pur et simple devenait un 
non-sens, aussi les nobles de l'Empire furent-ils tous 
titrés; la majorité de la noblesse ancienne, au con- 
traire, ne l'était pas, parce que dans le principe 
la plupart des emplois étant l'apanage de la no- 



44 BÉCADENCE DE LA NOBLESSE. 

blesse, il y avait avantage immense à faire sim- 
plement partie de la noblesse. 

Or, sous la Restauration, les simples gentils- 
hommes n'ayant plus de privilèges, n'ayant plus 
même de moyens de se distinguer comme autrefois 
par les qualifications de noble, de chevalier et 
d'écuyer tombées en désuétude, se trouvèrent-ils 
dans un état d'infériorité relative vis-à-vis des 
nobles de l'Empire, et prirent-ils le parti de se faire 
justice en s'emparant de titres qui les missent au 
niveau de ceux-ci. C'était une usurpation au pbiiit 
de vue du droit, sans doute, mais peut-on en vou- 
loir au gentilhomme dont les ancêtres ont servi 
teur pays pendant plusieurs siècles, de prendre un 
titre égal à celui que porte , par exemple , le fils 
d'un noble de l'Empire, préfet ou maire d'une des' 
trente-sept bonnes villes ? 

Ce ne sont point ces usurpations qui sont bles- 
santes, ce sont celles des parvenus qui, sortis de la 
boue et enrichis par l'agiotage, se parent des noms 
les plus pompeux et des titres les plus sonores ; ce 
sont celles qui ont pour causes l'industrialisme et 
rescroquérie ; ce sont celles, plus révoltantes 



D£GAD£NC£ DE LA NOBLESSE. 45 

eiioore, de9 femmes perdues, qui profaneut les 
armoiries en les faisant peindre sur les panneaux 
de leurs voiture&et graver sur leurs cartes de visite, 
s'en servant comme d'un appât pour attirer le$ 
naïfs et les vaniteux. 

C'est contre ces usurpations flagrantes que la loi 
nouvelle doit sévir, mais nous ne pouvons penser 
qu'elle aille demander aux familles des preuves qui 
souvent n'exist^^nt plus. 

Il serait, en effet, impossible aujourd'hui à un 
grand nombre de familles de fournir des preuves 
ciatérielles de leur noblesse ; c'était déjà une tâche 
bien difficile avant la révolution, une tâche qui fit 
commettre à la chambre des réformations bien des 
erreurs, et ce qui le prouve, c'est que dans la der- 
nière recherche de noblesse, la plus longue et la 
plus rigoureuse, celle de 1668, près de la moitié 
des arrêts de condamnation furent annulés par des 
arrêts postérieurs qui maintenaient dans leur an- 
cienne noblesse des familles d'abord rejetées comme- 
usurpatrices. 

. Bien des nobles, en effet, reculaient devant le 
temps et la dépense qu'exigeait la recherche de 



46 DES DIVERSES ESPÈCES DE NOBLESSE. 

leurs preuves , et préféraient se désister, laissant à 
leurs descendants le soin de réunir des titres qui 
devenaient de j our en j our plus difficiles à retrouver. 



VIII 
Des diverses espèces de Noblesse. 

Nous allons indiquer maintenant quelles étaient 
les diverses sources de noblesse avant la révolu- 
tion, et q[uelles preuves il fallait fournir devant la 
chambre des réformations. 

On en comptait de sept espèces : la noblesse féodale y 
qui était la plus ancienne, la plus illustre et la plus 
rare ; c'était celle qui était née avec Thérédit^ des 
fiefs ; la noblesse inféodée^ acquise par la possession 
d'un fief à la tierce foi ; la noblesse par lettres^ qui 
remonte à l'anoblissement de Kaoul l'orfèvre, en 
1270 ; hi, noblesse par charges anoblissantes^ telle que 
celle des secrétaires du roi, maison et couronne de 
France , qui donnait à celui qui en était revêtu le droit 
de recevoir tous ordres de chevalerie; il y avait 
encore la noblesse municipale des maires et échevins 
de différentes villes, qui fut dans la suite restreinte 



DES Diy£IlS£S ESPÈCES DE NOBLESSE. 47 

aux titulaires des charges, sans que leurs descen- 
dants pussent se Tattribuer; celle de robe^ que 
confér^ent diverses magistratures ; celle des doc^ 
leurs régents et des professeurs de droit qui avaient 
vingt ans d'exercice; enfin la noblesse militaire, 
qui , supprimée par Henri IV à cause des criants 
abus auxquels elle donnait lieu , fut rétablie par 
Louis XV, par le célèbre édit de 1750, dont voici 
les principales dispositions : 

Article II. 

Tous officiers généraux non nobles, actuellement au 
service, seront et demeureront anoblis, avec toute leur 
postérité née et à naître en légitime mariage. 

Article IV. 

Tout officier non noble, d'un grade inférieur à celui 
de maréchal de camp, qui aurait ét$ créé chevalier de 
Saint-Louis et qui se retirera après trente ans de ser- 
vice non interrompu, dont il aura passé vingt avec la 
commission de capitaine, jouira sa vie durant de 
l'exemption de la taille. 

Article VÏII. 

Les officiers devenus capitaines et chevaliers de Tor- 
dre de Sainl'Louis, que leurs blessures mettent hors 



48 DES D1VKHS£S ESPÈCES D£ NOBLESSE. 

d'état de contiiiuer leur service, demeureront dispensés 
du temps qui en restera lors à courir. 

Article X. ^ 

Tout officier né en légitime nàariage, dont le père et 
Taïeul auront acquis Texemption de la taille, en exécu- 
tion des articles ci -dessus, sera noble de droit, après 
toutefois qu'il aura été, par Sa 'Majesté, créé chevalier 
de Tordre de Saint-Louis, qu'il aura servi le temps ci- 
dessus prescrit, ou quil aura profité de la dispense 
accordée par l'article VIII. 

Article XI. 

La noblesse acquise en vertu de l'article précédent 
passera de droit aux enfants légitimes de ceux qui y 
seront parvenus, même à ceux qui seront nés avant 
que leurs pères ne soient devenus nobles. 

Il y avait, , comme on voit, bien des manières 
d'acquérir la noblesse, mais il ne faut par croire 
que parce qu'on était anobli , on se plaçait au rang 
des La Trémouille et des Montmorency, et qu'on 
avait les mêmes droits. Pour obtenir certains 
ordres de chevalerie, pour les honneurs de la 
cour * , pour l'admission dans certains corps mili- 

^ On appelait jouir des honneurs de la cour le droit d'être 
présenté au roi, droit qui permettait de monter dans les car- 
rosses de Sa Majesté et de la suivre à la chasse. Il fallait pour 



DES DIVERSES ESPÈCES DE N0DL?:8SE. 49 

taires et de robe, dans certaines maisons d'édu- 
cation, dans certains chapitres d'hommes et de 
femmes , il fallait prouver une noblesse plus ou 
Dloins ancienne, un certain npmbre de quartiers * 
ou de degrés. Or Tanobli n'était pas même gentil- 
homme, son petit-fils seulement avait droit à ce titre. 
Parmi les gentilshommes, il fallait encore dis- 
tinguer le simple gentilhomme et le gentilhomme 
de nom et d'armes. Les héraldistes ne sont pas d'ac- 
cord sur la valeur exacte de ce titre ; Ducange rap- 
porte à ce sujet quatre opinions : la première, celle 
de Jean Scohier, dans son Estai et comportement 

cela prouver devant un commissaire spécial, qui, lors de la 
Révolution, était M. Chérin, sa noblesse jusqu'en 1400 sans ano- 
blissement connu. Lorsque les preuves étaient reçues, on pre- 
nait jour pour être présenté, et on était introduit par un cham- 
bellan sous un titre qu'on choisissait pour la circonstance ; c'était 
là l'étiquette, et bien des comtes et des marquis n'ont pas une 
autre origine. Si c'était une femme qui était présentée, elle était 
introduite par deux patronnesses; si elle était duchesse, le roi 
l'embrassait sur les deux joues; si c'était seulement une femme de 
qualité, il l'embrassait sur une joue; de là elle était présentée 
à la reine, chez qui elle s'asseyait si elle était duchesse, c'était 
ce qu'on appelait avoir tabouret à la cour. 

* Auteurs nobles paternels et maternels; ainsi : si l'on fournit 
quatre quartiers, le premier est celui du père, le deuxième 
celui de la mère, le troisième celui de la mère du père, le 
quatrième celui de la mère de la mère. 

4 



50 DE LA DÉROGEANGE. 

des armes f veut que ceux-là seuls y aient droit qui 
portent le nom d'une province , d'un bourg , châ- 
teau, d'une seigneurie ayant armes particulières; 
la deuxième exige seulement la profession des 
armes ; la troisième, qu'on porte pleines les armoi- 
ries de la famille; enfin, la quatrième, qui est la 
sienne, qu'on justifie de quatre quartiers. 

Le père Ménestrier, qui fait remonter aux tour- 
nois l'origine des armoiries, dit que cette appella- 
tion vient de ce qu'il y avait des gentilshommes 
qui, n'y ayant point paru, n'avaient point d'armes; 
de même que d'autres, n'ayant point possédé de 
fiefs, n'avaient pas de nom de famille. Puis il ajoute 
qu'il faut que le nom et les armes soient connics. 

De tout ceci il résulte qu'il faut , pour être gen- 
tilhomme de nom et d'armes, être d'une noblesse 
illustre ou tout au moins connue. 



IX 

te la dérogeancëi 

On appelait derog^eance^ avant 1789,r(îxercicej 
dans l'état de noblesse, de toute profession ma- 



DE LA DÉROGEANGE. 51 

nuelle ou mécanique, ou de tout commerce autre 
que le commerce maritime. Le gentilhomme qui 
avait dérogé perdait tous les privilèges de la no- 
blesse, et pour que lui ou ses descendants pussent 
en jouir de nouveau, il fallait que le roi accordât 
des lettres de réhabilitation. 

Il y avait des professions qui dérogeaient dans 
certaines provinces et non dans d'autres ; ainsi, en 
Champagne et en Picardie, on voit une foule de 
gentilshommes exercer la profession de verrier, à 
ce point qu'on en vint à regarder cette profession 
comme anoblissante, et que ce fut la source d'une 
grande quantité d'usurpations. Dans presque toutes 
les provinces, le notariat entraînait dérogeance ; en 
Bretagne, au contraire, en Normandie et en Pro- 
vence, c'était une profession noble; en Bretagne 
même, ceux-là que l'on appelait notaires passés se 
recrutaient dans les meilleures familles. 

Au reste, en Bretagne, par un privilège local ^ 
la noblesse ne se perdait pas par le commerce ; elle 
dormait seulement , et le gentilhomme reprenait 
tous ses droits sur une simple déclaration de ne 
plus faire le commerce i 



52 DES TITRES DE NOBLESSE. 



X 

Des titres de Noblesse. 

On ignore généralement la véritable valeur des 
titres de noblesse ; ainsi le titre de prince y qu'on 
regarde comme le plus élevé, est en France infé- 
rieur au titre de duc. Au moyen âge, il n'avait 
que sa signification latine {princeps^ premier) , et 
beaucoup de seigneurs se l'attribuaient dans leurs 
terres ; c'était l'équivalent de dominus^ seigneur. 
Mais lorsqu'au xir siècle le mot de baron servit à 
distinguer les grands propriétaires féodaux, on 
abandonna le titre de prince, qui fut dès lors très- 
rare en France, et toujours, nous le répétons, in- 
férieur au titre de duc. C'est ainsi que dans la 
famille de La Eochefoucauld, l'aîné portait le titre 
de prince de Marsillac jusqu'à ce que la mort de 
son père le fît duc. 

Le titre de duc vient des Eomains. D'abord ex- 
clusivement réservé aux généraux d'armée {duœ), 
il servit plus tard à désigner les gouverneurs des 
granijes provinces impériales; il y en avait treize 



DES TITRES DE NOBLESSE. oS 

dans Tempire d'Orient et douze dans Tempire d'Oc- 
cident. Les Francs , à la conquête , conservèrent 
l'organisation romaine, et les ducs continuèrent à 
être de grands officiers nommés par le roi. Us 
se rendirent indépendants sous les derniers rois de 
la seconde race, et tout ce que Hugues Capet put 
obtenir d'eux, ce fut la foi et hommage. 

Au XIV* siècle, les rois commencèrent à établir 
des duchés-pairies en faveur des princes de leur fa- 
mille. La première érection est celle de la baronnie 
de Bourbon, faite par Charles le Bel en faveur de 
Louis r% comte de Clermont. Ce fut seulement au 
commencement du xvv siècle que l'on commença à 
créer des ducs-pairs non princes; les premiers 
furent les ducs de Lorraine , de Montmorency , 
de Clermont- Tonnerre, de Crussol et de La Tré- 
moille. 

11 y avait aussi des ducs non pairs ; le premier 
qu'on trouve est le comte de Bar, en 1354. 

Lorsque le roi créait un duc, celui-ci devait faire 
enregistrer ses lettres patentes au Parlement, faute 
de quoi son titre s'éteignait avec lui. Les ducs qui 
n'obtenaient qu'un brevet étaient nommés à vie. 



54 DES TITRES DE NOBLESSE. 

Il y avait donc sous rancienne monarchie quatre 
classes de ducs : 1* les ducs-pairs ; 2' les ducs non 
pairs; 3** les ducs non héréditaires qui n^avaient 
pas fait enregistrer leurs lettres patentes ; 4' les 
ducs à brevet. Le roi, en leur écrivant, les appelait 
mon cousifij et leurs femmes avaient le tabouret à 
la cour, c'est-à-dire qu'elles avaient le droit de 
s'asseoir devant la reine. 

Le marquis était le gouverneur, le gardien des 
marches du royaume ; ce titre, resté si commun en 
Italie, et surtout en Allemagne , devint très-rare 
en France , au moyen âge , et ne reparut qu'au 
XVI* siècle, lorsque Louis Xll érigea en marquisat 
la terre de Trans en faveur de la maison de Ville- 
neuve. De nombreuses érections suivirent celle-là, 
et il y eut bientôt des contestations entre les mar- 
quis et les comtes pour savoir qui devait tenir le 
premier rang dans les cérémonies. Un arrêt de 1578 
trancha la question, en déclarant qu'il faudrait, 
pour constituer un marquisat , trois baronnies et 
trois châtellenies , tandis que pour un comté, il 
fallait seulement deux baronnies et trois châtelle* 
nies. 



DES TITBKS DE NOBLESSE. 55 

Le titre de comte^ comme celui de duc, date de 
Fempire romain. Les comtes étaient aussi des gou- 
verneurs de provinces, ou plutôt de villes, et géné- 
ralement ils étaient places sous l'autorité des ducs, 
mais ils devinrent leurs égaux, lorsque sous la 
seconde race ils se furent rendus souverains dans 
leurs gouvernements. 

Ce titre, assez rare jusqu'au xv* siècle, devint 
plus commun au xvr, et surtout aux xvir et xviir, 
où il fut prodigué. Ce qui contribua encore à le 
vulgariser, ce fut l'habitude de le donner, dans les 
brevets et dans les lettres royales, à tous les grands 
dignitaires, comme, par exemple, aux ambassa- 
deurs, aux magistrats de haut état, aux généraux, 
et même aux colonels. Beaucoup de familles conser- 
vèrent ces titres, tout personnels et de politesse, et 
le temps, Fusage, sanctionnèrent cette usurpa- 
tion. 

TJiT autre abus, c'était celui des titres de comte 
et de vicomte que s'attribuaient les puînés des 
maisons titrées ; il datait de loin, car la Thaumfts* 
sîère dit, dans soil Histoire du Berry : a C'est une 
< chose assez connue que les enfknts des comtes 



56 DES TITRES DE NOBLESSE. 

« se qualifiaient comtes durant la vie de leur 
« père, et que les puînés des illustres maisons 
« prenaient cette qualité, quoiqu'ils ne possédas- 
a sent aucune terre en titre de comté. » 11 cite 
ensuite plusieurs exemples, et entre autres celui 
d'Etienne de Champagne , qui , issu des comtes 
de Champagne et devenu possesseur de la terre de 
Sancerre, se qualifia comte de Sancerre, quoique 
ce ne fût qu'une simple châtellenie ; le titre resta 
à la terre, et, depuis, tous les seigneurs de San- 
cerre l'ont pris sans opposition. 

Lorsque Louis XVIII eut établi que les fils des 
pairs titrés prendraient de droit le titre immédiat- 
tement inférieur à celui de leur père, la noblesse 
entière suivit cet usage, et aujourd'hui le fils d'un 
marquis se considère comme comte de droit, quoi- 
qu'il ne le soit pas légalement. 

Les vicomtes étaient de simples officiers qui rem- 
plaçaient les comtes, étaient choisis par eux et ren- 
daient pour eux la justice. Lorsque les grands vas- 
saux se déclarèrent indépendants, certains vicomtes 
suivirent l'exemple des ducs et des comtes, princi- 
palement dans le Midi , où l'on voit les vicomtes 



DKS TITRI-S Di: NOBLFSSf:. 57 

d'Albi, de Béziers, de Xarbonne classés parmi les 
grands seigneurs féodaux. 

Dans certaines provinces, le mot vicomte^ syno- 
nyme de celui de viguier, servait à désigner des 
magistrats subalternes; tels étaient, par exemple, 
les sept vicomtes de la septaine de Bourges, 
les seigneurs de Fussy, de TÉtœuf , de Villeme- 
nard, etc. 

Le mot baron^ de ^allemand bar^ qui signifie 
homme par excellence {vir), servait, dans le principe 
à.désîgner tous les grands seigneurs féodaux, quels 
que fussent d'ailleurs leur rang et leur puissance : 
c'est ainsi qu'on trouve, dans des chartes du 
xir siècle, les ducs de Bourgogne et de Savoie qua- 
lifiés barons. Au xvr siècle, il fallait encore 
qu'une terre renfermât trois châtellenies pour 
être érigée en baronnie. Le titre de baron, dé- 
tourné de son acception primitive, perdit peu à 
peu de son importance , et devint le dernier des 
titres nobiliaires. 

Nous avons expliqué plus haut comment on avait 
droit à la qualification de chevalier; elle ne fut 
guère prise comme titre qu'au siècle dernier, 



58 DES TITRES DE NOBLESSE. 

d'abord par les puînés des maisons titrées, ensuite 
par tous ceux qui avaient quelque prétention à la 
noblesse. Quant à celle à^écuyer^ elle appartenait à 
tous les nobles de noblesse non chevaleresque , et 
aussi , viagèrement , aux titulaires de certaines 
charges, de certaines magistratures. 

Il ne nous reste plus à parler que de la particule 
qu'on appelle nobiliaire. Dans le principe, lorsque 
Tusage des surnoms s'introduisit \ chacun pou- 
vant prendre le nom de son enclos, de sa vigne, de 
son jardin, la particule n'entraînait aucune préten- 
tion à la noblesse ; mais comme elle servait aussi à 
désigner la possession d'un fief noble , et que le 
noble seul pouvait posséder un fief noble , on en 
vint peu à peu à la regarder comme un signe de 

i Ce n'est que dans le courant du x* siècle que les surnoms 
commencèrent à se multiplier en France, en Espagne et en 
Italie. Ce furent les grands seigneurs qui donnèrent l'exemple. 
On cite comme un des premiers, Guillaume III, seigneur de 
Montpellier, qui prit en 1030 le nom de sa ville. Dans le 
xii® siècle seulement, cet usage des surnoms devint commun 
parmi les nobles. La plupart prirent le nom de leur fief, 
d'autres leur donnèrent le leur ; quelques-uns prirent le nom 
de leurs suzerains. (Juant aux roturiers, ils tirèrent leur nom 
ou de la ferme qu'ils habitaient, ou de leur profession, ou de la 
couleur de leurs cheveux, ou de leurs qualités bonnes ou 
mauvaises; de là les Boulanger, les Leroux, les Lebon, eto. 



DES TITRES DE NOBLESSE. 59 

noblesse et à Taccoler à son nom sans aucune es- 
pèce de raison. Dès le xvr siècle, nous voyons Jean 
des Yveteaux attaquer dans ses vers cette usurpa- 
tion : 



L'an neuf cens ou devant, les surnoms commencèrent, 

Et du nom de leurs fiefs lors beaucoup s'appelèrent, 

Comme plusieurs aussi prenoient des seigneuries 

Et de nouveaux surnoms, nouvelles armoiries. 

Et Capet et Martel des sobriquets estoient, 

Qui, des hommes du temps, les effets rapportoient. 

Le dCj le du n'estoient point encore en usage, 

Et le fameux Bertrand^ si vaillant et si sage. 

Baron de Briquebec, qui conquit l'Arragon, 

De de ne mit jamais à Bertrand sur son nom; 

Les roturiers aussi nés de familles basses, 

Le de comme le noble usurpent en leurs races; 

Mais ce de sans propos ne doit estre ajouté, 

Afin que nouveau noble on ne soit point notté 



Si absurde qu'il soit de considérer la particule 

> 

comme un titre de noblesse, et de T accoler à un 
nom qui n'est pas un nom de terre, Tusage en pré- 
valut; et nous voyons un Jean Loir, en 1596, et 
un Ambroise Vie, en 1613 , obtenir des lettres 
patentes, Tun de Henri IV, Fautre de Louis Xlll, 



60 DES GRANDS OFFICIERS. 

pour ajouter la particule à leur nom et s'appeler 
Jean du Loir et Ambroise de Vie. 



XI 

Des grands officiers. 

m 

L'histoire des grandes charges de la couronne et 
de la maison du roi rentre trop dans notre sujet 
pour que nous n'en disions pas quelques mots. 
Nous les prendrons au xvf siècle, parce que ce fut 
un édit d'Henri III, daté du 3 avril 1582, qui régla 
positivement le rang et les attributions des grands 
officiers. Us furent dès lors divisés en deux classes : 
grands officiers de la couronne et grands officiers 
de la maison. 

Les premiers étaient : le connétable, le chance- 
lier, le grand maître, le grand chambellan, l'amiral 
et les maréchaux. Plus tard, on institua un colonel 
général de l'infanterie , un grand écuyer et un 
grand maître de l'artillerie. 

Les grands officiers de la maison du roi étaient : 
le grand aumônier, le grand veneur, le grand 
échanson, le grand bouteiller, le grand panetîer, 



DES GRANDS OFFICIERS. 01 

le grand maitrc de la garde-robe, le grand fauconnier, 
le grand louvetier, le grand prévôt, le grand ma- 
réchal des logis et le grand maître des cérémonies. 

Nous allons faire brièvement l'historique de ces 
grandes charges et indiquer leurs attributions. 

Le connétable, qui n'était sous les deux pre- 
mières races qu'un officier assez inférieur, le comte 
des écuries {cornes stabulorum) , devint sous les Ca- 
pétiens le premier des grands dignitaires, le pre- 
mier du royaume après le roi. En temps de guerre, 
il conmiandait à tout et à tous. 11 était défrayé de 
tout, et tout ce qui se trouvait dans les places prises 
d'assaut était à lui, hormis les hommes et l'argent, 
qui étaient au roi. Il était grand justicier, et celui 
qui l'offensait était coupable de lèse-majesté. On 
comprend quelle était l'importance politique de ce 
grand officier ; aussi le cardinal de Eichelieu se 
décida-t-il à supprimer la charge, en 1627, après 
la mort de François de Bonne, duc deLesdiguières, 
qui en fut le dernier pourvu. 

Au sacre, c'était le connétable qui allait quérir 
la sainte ampoule; il ceignait au roi l'épée de 
Charlemagne, la tirait du fourreau et la remettait 



62 DES GRANDS OFFICIERS. 

entre ses mains ; puis le roi la lui rendait, et le 
connétable la tenait haute durant toute la céré- 
monie. 

Le chancelier était le premier dignitaire civil, 
comme le connétable était le premier officier mili- 
taire; son importance date du xv* siècle, époque à 
laquelle il devint inamovible. C'était le chef su- 
prême de Tadministration de la justice ; il prési- 
dait le Conseil d'État et quelquefois le Parlement, 
où il siégeait immédiatement après les princes du 
sang ; il recevait le serment des grands vassaux et 
des grands officiers. Dans les lits de justice, il s'as- 
seyait au-dessous du roi sur un fauteuil couvert 
du tapis fleurdelisé, portait la parole pour lui et 
exposait sa volonté. Au sacre, il montait à l'autel, 
après l'évangile, et faisait Tappel des pairs. 

On lui rendait les plus grands honneurs. Lors- 
qu'il avait la garde des sceaux, sa porte était gardée 
par un cent-suisse; il ne sortait pas sans être pré- 
cédé et suivi de gardes , d'huissiers , de massiers , 
et ses appartements étaient tendus de tapisseries 
fleurdelisées. 

Le grand maître de la maison du roi avait la 



I 
I 
I 

DES GRANDS OFFICIERS. 63 



surintendance de tout le service intérieur de Thô- 
tel et en nommait les officiers. C'était lui qui, à la 
mort du roi, criait : Le roi est mort^ vive le roi! 
A partir de la fin du xvV siècle , cette charge fut 
toujours occupée par un puîné de la maison de 
Bourbon ; le prince de Condé en a été le dernier 
titulaire. 

Le grand chambellan avait la surintendance de 
tout ce qui concernait la chambre; il avait au- 
dessous de lui les chambellans ordinaires, les gen- 
tilshommes de la chambre * , les premiers valets de 
chambre, les pages de la chambre, les porte man- 
teaux, enfin, le cabinet du roi, secrétaires, lec- 
teurs, peintres, graveurs, etc. 

C'était le grand chambellan qui donnait la che- 
mise au roi , le servait quand il mangeait , et se 
tenait derrière son fauteuil dans les audiences des 
ambassadeurs. Il avait le droit de coucher au pied 
du lit royal; et dans les lits de justice, il s'asseyait 



* Ce fut François I" qui, après avoir supprimé la charge de 
grand chambrier, créa un premier gentilhomme de la chambre; 
Henri^ III en créa un second, et Louis XIII deux autres : tous 
quatre étaient qualifiés premiersi 



61 DES GUANDS OFFICIERS. 

au bas du trône, sur uu tapis de velours violet aux 
armes de France. Au sacre, il plaçait le manteau 
royal et chaussait les bottines. 

Le grand amiral commandait en chef la flotte du 
Levant et du Ponant, avait la haute direction de 
tout ce qui concernait l'armée navale, nommait les 
membres du conseil de justice de l'amirauté et les 
capitaines marchands. 11 avait la dîme de toutes les 
prises, le tiers des épaves, le droit d'ancrage, de 
tonnage et balise. Le dernier grand amiral de 
France a été le duc d'Angoulême. 

Le grand écuyer avait la direction des écuries du 
roi, des haras, des académies, et en nommait tous 
les officiers. Les écuries se divisaient en grande et 
en petite écurie : la première comprenait les équi- 
pages de guerre, la seconde les équipages de fête 
et de promenade. Dans chacune il y avait un pre- 
mier écuyer, huit écuyers en service ordinaire et 
un certain nombre de pages. De plus, il y avait les 
écuyers cavalcadours, les écuyers des deux écuries, 
et une foule d'autres officiers. 

Dans les cérémonies, le cheval du grand écuyer 
avait un caparaçon semé de fleurs de lis d'or ; dans 



DES CiRANDS OFFlCIEllS. 07) 

les lits de justice, il s'asseyait à droite, au bas des 
degrés du trône. Au sacre, il portait Tépée royale 
dans son fourreau. 

La charge de colonel général de l'infanterie, fon- 
dée en 1544 par François I*', devint une des plus 
considérables de la couronne sous Henri III, qui 
donna entre autres prérogatives, à celui qui en était 
pourvu, un lit de justice, une garde particulière et 
la nomination de presque tous les emplois de l'ar- 
mée. Supprinlëe en i661 , elle fut rétablie en 1721 
pour le duc de Chartres, qui s'en démit en 1730. 

Charles IX créa en fasreur de Claude de Lorraine, 
duc d'Aumale, la charge de colonel général de la 
cavalerie, qui fut supprimée par Louis XV. 

Le grand maître de l'artillerie ne devint grand 
officier de la couronne que sous Henri IV. Il avait 
la surintendance de tout ce qui concernait l'ar- 
tillerie , « tant au delà qu'en deçà des monts et 
mers. » H avait entre autres droits, quand une 
ville était prise d'assaut, celui de s'approprier les 
cloches et cuivres, et de les faire racheter par les 
habitants. Toutes les places fortes lui devaient un 
salut de cinq coups de canonc 



66 DES GRANDS OFFICIEKS. 

Les maréchaux, comme grands oJËciers, datent 
de saint Louis, qui en créa deux. Henri II porta 
leur nombre à quatre et Henri III à neuf. Sous 
François I", ils devinrent inamovibles et furent 
titrés cousins du roi. Entre autres privilèges, ils 
avaient droit à la nomination d'un commissaire des 
guerres, à une salve de canon lorsqu'ils entraient 
dans une place forte et à une garde de cinquante 
hommes. 

Passons maintenant aux grands officiers de la 
Maison. 

Le grand aumônier avait la haute direction non- 
seulement de la chapelle royale, mais de celles de 
la reine et des princes et princesses du sang. La 
chapelle royale se composait d un premier aumô- 
nier, un aumônier ordinaire, un confesseur, huit 
aumôniers servant par quartier, un chapelain ordi- 
naire, huit chapelains et huit clercs de chapelle, 
un maître des cérémonies , un secrétaire et un 
trésorier. 

La reine avait aussi un grand aumônier, un 
premier aumônier* des aumôniers ordinaires et 
des chapelains. 



DES GRANDS OFFICIERS. 67 

Le grand aumônier était de droit commandeur 
des ordres du roi. 

Le grand veneur, comme grand officier, date de 
Charles VL On sait quelles étaient ses fonctions : 
il avait sous lui le premier veneur, les capitaines 
et les lieutenants des chasses , et les pages de la 
vénerie. 

La grande fauconnerie existait encore en titre 
d'office en 1789, bien que depuis longtemps ce fût 
une sinécure. Le comte de Vaudreuil en fut le der- 
nier pourvu. Autrefois, lorsque le roi chassait au 
faucon , c'était le grand fauconnier qui posait 
l'oiseau sur sa main; puis, quand le héron était 
pris^ le chef de vol lui coupait la tête, que le grand 
fauconnier présentait au roi. 

Le grand louvetier nommait les lieutenants de 
louveterie avant 1789. En 1814, on ne rétablit 
pas cette charge, et les lieutenants de louveterie 
furent soumis à la grande vénerie. 

Le grand échanson, qui était au moyen âge un 
des officiers les plus importants de la Maison du 
roi, fut supprimé en 1711 ^ et son service fut réuni 
à la grande maîtrise de la chambre. 



68 DES GRANDS OFFICIKRS. 

La grande paneterie fut aussi supprimée en 1 7 1 1 
et réunie à la grande maîtrise. 

La grande maîtrise des cérémonies , instituée 
en 1583 par Henri III, resta exclusivement dans 
les familles de Pot de Rhodes et de Dreux-Brézé ; 
cette dernière la possédait encore en 1830. 

Le grand prévôt de France était le souverain 
j usticier de la Maison du roi ; il avait pour le se- 
conder six maîtres des requêtes, deux au civil, 
quatre au criminel. 

Le grand maréchal des logis disposait et dési- 
gnait les logements de la cour, lorsque lei rqi voya- 
geait. Cette charge n'a pas été rétablie depuis 
la Révolution. 



I . . I 



ir PARTIE 



-r 



• ■ 



ORIGINE DES ARMOIRIES 



Des diverseif opinions snr l'origine des annoiries. 



Les auteurs qui ont écrit sur Torigine des ar- 
moiries sont partagés en deux camps : les uns veu- 
lent qu'elles aient existé de tout temps, ou tout au 
moins que les Grecs et les Romains les aient con- 
nues ; les autres les font remonter aux croisades ou 
aux tournois. Si ces derniers ont raison, suivant 
l'opinion la plus généralement accréditée aujour- 
d'hui,- les autres n'ont pas tout à fait tort en ce sens 
que les armoiries ont toujours existé à Vétat latent, 
si nous pouvons nous exprimer ainsi. Leur tort est 
de vouloir qu'elles aient été ce qu'elles sont mainte- 
nant, ce qui est évidemment faux, puisque l'idée 
d'armoiries, aujourd'hui, implique une idée de ré- 



7 ? DES DIVERSES OPINIONS SIR LORIfi. DES ARMOIRIES. 

guliu'ité et d'hérédité, et que le? emblèmes des an- 
ciens étaient tout personnels , pris et abandonnés 
sans autre mobile que la fantaisie. Quoi qu'il en 
soit, cette thè.=e de Texistence des armoiries aux 
temps héroïques a été soutenue par une foule de sa- 
vants d'un mérite incontestable, et c'est avec le plus 
grand sérieux que Bara nous donne les armoiries 
d'Hercule, qui portait : « un lyon rampant, cou- 
« ronné, tenant de ses pattes une hache d'armes; )» 
de Nectanebus, roi d'Egypte, qui portait : « parti 
« en fasce de pourpre et d'argent à un homme 
« moitié poisson de synople, tenant en sa dextre 
« une comète de gueules. » Pompée le Grand por- 
tait « de gueules à un lyon d'or tenant une épée 
« nue d'argent, la pointe en haut, garnie d'or, la 
« poignée de pourpre; » Pharamond, « de gueules 
« à trois couronnes d'or. » 



II 
Des emblèmes chez les Grecs et les Romains. 

Si les partisans de l'ultra-antiquité des armoiries 
n'avaient à fournir que des preuves de ce genre, la 



DKS EMBLÈMES ciïKz u:s (.rrcs rrr les bomains. 73 

cause serait bien vite jugée; mai? on trouve dans 
les auteurs grecs et romains des arguments plus 
sérieux. Eschyle est le plus invoqué; on trouve 
dans ses Sept Chefs des peintures et des emblèmes 
différents sur les boucliers des sept guerriers : 

Ijd premier porte un ciel parsemé d'étoile?. 

Le second porte un homme nu, armé de feu (Trup- 
(f6pov)j et qui crie en lettres d'or : Je brillerai la 
ville. 

Le troisième porte un homme armé de toutes ^ 
pièces; sa devise dit que Mars lui-même ne le re- 
poussera pas. 

Le quatrième montre Typhon vomissant des 
flammes. 

Le cinquième, un sphinx. 

Le sixième ne porte point d'emblème : 

Neuwv àaiziooi oux etttjV ôsOTQfJLa. 

Le septième, qui est le père d'Etéocle, port« sur 
son bouclier une femme guidant un guerrier ciselé 
en or, et qui dit : Je suis la Justice, je ranimerai 
cet homme, je lui rendrai sa patrie et l'héritage de 
ses pères» 



74 DES ARMOIRIES 

Parmi les auteurs latins, Virgile, Lucain, Valé- 
rius Flaccus parlent aussi de boucliers couverts de 
peintures emblématiques. 

Nous trouvons aussi, et cela est plus remar- 
quable eiîcore, des emblèmes gravés sur les anneaux 
des patriciens ; Martial , Sénèque , Cicéron , Sué- 
tone, Pline, nous en donnent des exemples. Ainsi, 
Pompée portait sur sa bague trois trophées, sym- 
boles de ses triomphes sur les trois parties du 
monde; César portait une Vénus sur la sienne; 
Auguste, un sphinx. 

Et, suivant Macrobe, on se servait du chaton de 
ces bagues pour sceller les lettres. 



III 



Des armoiries dans les temps modernes. 

Mais, nous l'avons dit, tous ces emblèmes ne 
peuvent passer pour des armoiries ; autant vaudrait 
les chercher dans ces signes que certains peuples 
de TAmérique portent tatoués sur la poitrine, et 



DANS LES TEMPS MODERNES. 75 

qui ont de plus que ceux des Grecs et des Romains 
le caractère de l'hérédité, puisqu'ils sont Tapa- 
nage exclusif d'une famille. 

C'est donc exclusivement dans les temps mo- 
dernes qu'il faut chercher l'origine des armoiries ; 
mais ici, autre embarras : est^e aux croisades, 
e8l>-ce aux tournois qu'il faut attribuer cette ori- 
gine? C'est d'autant plus difficile à déterminer, 
qu'on n'est même pas d'accord sur l'origine des 
tournois. Longtemps on en a attribué l'invention 
au Français Geoffroy de Preuilly, qui vivait en 
1066; mais comme l'historien Nithard rapporte 
qu'il y en eut un en 842, à l'occasion de l'entrevue 
de Charles le Chauve avec Louis le Germanique, 
à Strasbourg, on en a conclu que Geoffroy de 
Preuilly les avait seulement perfectionnés et en 
avait dressé les règlements. A ceci, ceux qui veu- 
lent que ce seigneur en soit l'inventeur pourraient 
répondre qu'il a existé de tout temps des jeux guer- 
riers, mais que ce sont les règles fixes qu'on a 
appliquées aux tournois qui leur ont donné un ca- 
ractère à part et en ont fait une institution . Au- 
tant vaudrait, autrement, donner le nom de tour- 



70 ni-'^ .".RMOîKIES 

iiois aux fimtasiaa arabes on aux (h'ohitionsî hip- 
piques (les Cosaques de rUkttdne. 

Quoi qu'il en soit, les tournois se régularisé-' 
rent au xi* et au xii"" siècle, et arrivèrent à leur 
perfection au xv" et au xvr. 

Quant aux armoiries, elles existaient avant les 
croisades , ceci est certain ; on a pour le prouver 
plusieurs monuments authentiques dont les plus 
anciens sont : 

Le tombeau de Robert, fils de Richard ï"",* duc 
de Normandie, mort en 996, sur lequel on voit un 
lion léopardé en champ de gueules. ' 

Le contrat de mariage de Sanche, infant de Cas- 
tille, avec Guillemine, fille de Gaston II, vicomte 
de Béarn, de Tan 1028 de Tère d'Espagne (1000 de 
Jésufi-Christ), et au bas duquel sont apposés sept 
sceaux ; deux sont entiers , l'un représente un 
lévrier , l'autre un écu avec des barres transver- 
sales. 

Deux chartes d' Adelbert, duc et marquis de Lor- 
raine, de 1030 et 1037, au bas desquelles est un 
écu chargé d'un aigle au vol abaissé. 

Enfih, deux pièces qui prouvent que les «r- 



DANS LES TEMPS MODEiLNKS. 7 / 

moiries avaient des lors le caractère de Thérédité. 

Un diplôme de 1088, de Raymond de Saiut- 
Giltes^ comte de Toulouse, avec la croix vidée et 
cléchée que la ville de Toulouse porte encore. 

Un acte de 1093, de Thierry II, comte de Bar- 
le-Puc , portant son sceau , qui représente deux 
bars adossés que ses descendants ont toujours 
portés. 

Il est donc incontestable que les armoiries exis- 
taient dans la seconde moitié du xr siècle, mais 
sans avoir encore le caractère d'une institution. 
Nous pensons, en effet, que quelques grands per- 
sonnages en faisaient seuls usage. Le moine de 
Marmoutier, qui a écrit l'histoire du comte Geof- 

< 

froyr d'Anjou, en 1100, nous confirme dans cette 
opinion, en disant que l'usage des armoiries était 
usité depuis longtemps dans les familles illustres. 

Or, les armoiries ne possèdent un caractère corn- 
plet d'institution que lorsqu'elles sont répandues 
dans toute la noblesse, et qu'elles deviennent un 
signe de noblesse. 

Les croisades contribuèrent beaucoup à les vul- 
gariser, non-seulement pendant le temps des 



78 DES ARMOIRIES 

guerres saintes et parmi ceux qui y prirent part-, 
mais aussi après, et parmi ceux qui n'étaient pas 
sortis de leurs châteaux. On comprend, en eflFet, 
que les familles qui comptaient des croisés parmi 
leurs membres conservaient précieusement les em- 
blèmes que ceux-ci avaient choisis. Celles au con- 
traire qui n'en avaient pas en adoptèrent pour ne 
pas rester en arrière des autres. 

Puis, les croisades en appauvrissant la noblesse, 
en la forçant à vendre et à aliéner ses fiefs , lui 
firent tenir davantage à ces emblèmes, qui la dis- 
tinguaient de la roture. Car, comme le dit Sismon- 
di , « tandis que le partage rapide des anciens pa- 
« trimoines forçait le gentilhomme à se contenter 
« d'une portion de terre bien plus petite qu'autre- 
« fois, le bourgeois acquérait des richesses nou- 
« velles par le commerce et l'industrie ; les condi- 
« tions semblaient plus rapprochées, et les nobles, 
« envieux de l'élévation de ces parvenus, cher- 
obèrent à se séparer d'eux par des barrières arti- 
« ficielles. En effet, dans les premiers siècles de la 
« monarchie, la noblesse n'avait été autre chose 
« que l'exercice actuel d'un pouvoir nécessaire- 



DANS LES TEMPS MODERNES. 79 

« ment attaché à Uéteiidue des possessions terri- 
« toriales. Celui-là était noble, notable^ qui attirait 
« sur lui les regards de tous par le nombre de ses 
« serfs ou de ses créatures , par le vaste espace 
« que couvraient ses domaines. Mais lorsque les 
€ nobles furent assez multipliés et souvent assez 
€ pauvres pour n'avoir plus rien de notable, ils 
€ désirèrent d'autant plus vivement se distinguer 
€ du reste de leurs concitoyens par quelque chose 
« qui fût tout à eux , quelque chose qu'ils ne 
« pussent eux-mêmes communiquer et qui les 
« signalât comme une race étrangère au milieu 
« du reste du peuple. L'attention scrupuleuse aux 
c< généalogies et à la pureté du sang commença 
« donc vers cette époque. Auparavant on avait 
« reconnu pour nobles tous, ceux qu'on voyait 
« puissants et riches, tandis que vers le milieu 
« du xr siècle , la naissance constitua seule la 
« noblesse à l'exclusion de la richesse et du pou- 
« voir, jf 

Ce furent donc les croisades qui firent des ar- 
moiries une institution^ et Ton s'est, suivant nous, 
beaucoup trop attaché k attribuer leur origine 



80 DES .UIMOIHIKS DANS LKS TEMPS MODER.NES. 

aux tournois. Quant à la science héraldique, au 
blason, il n'exista réellement qu'au xil' et au 
xm* siècle. 

C'est sous Philippe- Auguste que parut le pre- 
mier Traité du Blason; il lui était dédié, et la 
Bibliothèque impériale possède encore ce précieux 
document. Avant ce temps le blason n'était pas 
une science, car les armoiries n'avaient pas de 
stabilité ; Chorier, dans son Histoire du Dauphiné^ 
dit que les membres d'une même famille portaient 
souvent des armes différentes, et en donne des 
exemples. Le fragment suivant du récit d'un tour- 
noi donné à Liège en 1289 en est encore une 
preuve : 

Comte de tôt Haynau qui portait au Douay, 
D'argent sur Jy écus j a ne le céieray, 
A trois aigles de gueul, et bien sçavoir vos fai, 
Souvent les cangea pui , pour qui le noëray, 
Et ly cuens de Namur y fut, bien l'avisay, 
Qui portait écu d'or, ainsi que le trouvay, 
Et dou fasces de sable souvent je le prisay. 

En résumé, nous pensons que les armoiries exis- 
taient dès le X* siècle, que l'usage en devint fréquent 



DES ARMOIRIES DANS LES DIPFÉR. ROYAUMES d'eUR. 81 

au XI*, qu'elles se régularisèrent au xil', et attei- 
guirent leur perfection au xni* et au xiV siècle. 



IV 
Des armoiries dans les difldrents royaumes d*Enrope. 

C'est en France que les premières lois du blason 
ont été posées, aussi les armoiries y sont-elles plus 
régulières que partout ailleurs. C'est aussi le pays 
où Ton voit le plus d'armoiries simples, c'est-à-dire 
composées de pièces primitives, de celles qu'on 
ap^lle pièces honorables , telles que la croix , la 
fasce, la bande, etc. 

On remarque dans chaque province une tendance 
à adopter le même champ ; la raison en est simple, 
c'était le champ des armoiries du souverain. Ainsi 
dans l'Ile-de-France le champ est presque toujours 
bleu ; en Bourgogne il est rouge de préférence ; en 
Bretagne, on voit beaucoup d'hermines. 

On voit aussi certaines pièces fréquemment ré- 
pétées ; les croix et les coquilles sont très-répandues 

en Normandie, parce que cette^ province a fourni 

6 



82 DES ARMOIRIES 

beaucoup de chevaliers aux Croisades. Les mer- 
lettes sont très-communes en Champagne par la 
même raison. En Provence, on voit beaucoup de 
tours, de châteaux, debesans, à l'imitation de l'Es- 
pagne ; en Guyenne, beaucoup de lions et de léo- 
pards, parce qu'il s'en trouve dans les armes de 

cette province. 

En Espagne et en Portugal, les armoiries sont 
presque toujours écartelées et contre-écartelées ; 
ces divisions de l'écu viennent de ce ^jue les nobles 
espagnols ajoutaient toujours à leurs armes celles 
des fiefs qu'ils possédaient. On y voit aussi beau- 
coup d'armoiries parlantes et allusives : les coquilles, 
souvenirs des pèlerinages à Saint- Jacques ; les crois- 
sants, symboles des combats livrés aux Maures ;' ks 
bordures, qui viennent de concessions royales; les 
châteaux, imitation des armes de Castille. 

En Angleterre, les armoiries sont aussi très- 
compliquées, mais non par les mêmes raisons. 
Ici ce n'est que pour flatter l'œil; les pièces hono- 
râbles y sont presque toujours chargées et surchar-- 
gées. < En général, dit le marquis de Magny dans 
sa Science des- Armoiries ^ on voit que le blason 



DANS LES DIFFÉREI^TS ROYAUMES d'eUROPE. 83 

anglais^ par la profusion des pièces qui encombrent 
reçu, n'est pas ancien; qu'il vise plus à Teffet, par 
Tarrangement et la combinaison de couleurs et de 
pièces variées, qu'au maintien de la simplicité an- 
cienne qui dénote seule une antique et illustre 
origine. » 

Le cimier est très-usité en Angleterre ; chaque 
famille en a un et quelquefois plusieurs , et chez 
celles qui ne sont pas titrées, il se met à la place 
de la couronne; qu'il remplace. 

Tout au contraire de l'Angleterre, l'Allemagne 
se distingue par la simplicité tout à fait antique 
de ses armoiries. Les pièces honorables, ou des 
figures simples rappelant la guerre ou la chasse, 
s^y trouvent presque toujours. Seulement les 
partitions irrégulières , le coupé , le tranché, le 
taillé, le gironné, le contrepignonné , s'y ren- 
contrent fréquemment et les distinguent de celles 
des autres pays. Ce qui les distingue encore 
davantage, c'est le nombre inusité des heau- 
mes qui timbrent l'écusson et qui indiquent la 
possession d'autant de fiefs; la maison de Zorn 
en a trente-trois. En revanche on y voit peu 



84 DES ARMOIRIES 

de supports, peu de devises, mais beaucoup de ci- 
miers, principalement des cornets, souvenirs des 
tournois. 

En Italie, où les armoiries sont moins anciennes 
qu'en France et en Allemagne, les pièces honora- 
bles sont plus rares, et les armes parlantes plus 
communes. On y voit aussi beaucoup de chefs aux 
armes de France ou de l'Empire, symbole des fac- 
tions des Guelfes et des Gibelins. Dans les villes ma- 
ritimes, telles que Venise et Gênes, les molettes, les 
mâcles, les fermeaux, attributs des gens de guerre 
à cheval, sont remplacés par des pals, des bandes 
ondées ou vivrées. 

Dans les écussons des Pays-Bas, on est surpris 
de rencontrer une grande quantité de fleurs de lis 
et d'hermines ; les premières viennent de ce que 
beaucoup de seigneurs hollandais prirent parti pour 
la France dans les guerres contre les Anglais, et les 
secondes de ce que la comtesse de Montfort en 
emmena beaucoup avec elle en Bretagne, lors de la 
guerre de succession de ce pays. 

En Pologne, le champ de Técu est presque tou- 
jours de gueules comme celui de Técu national. Les 



DANS LES DIFFÉRENTS ROYAUMES d'eUROPE. 85 

engins militaires et chevaleresques y figurent en 
grand nombre, mais les figures affectent des formes 
si singulières, si éloignées de la nature, qu'il faut, 
pour les reconnaître, en avoir fait une étude parti- 
culière. 



MM PARTIE 



LE BLASON 



Des direrses espèces d'annoiries. 



Le blason est l'art de connaître et d'expliquer 
les armoiries, qui sont des emblèmes de noblesse et 
de dignité. 

Les armoiries sont de trois sortes principales : 
les armoiries de famille^ qui sont héréditaires et 
perpétuelles ; les armoiries de dignité^ inhérentes à 
certaines fonctions ; les armoiries de domaine^ par- 
ticulières à certaines terres titrées. 

On peut maintenant les subdiviser en beaucoup 
d'espèces : 

Les armoiries àe-prétention sont celles de cer- 
taines souverainetés ou de certaines terres dont on 
revendique la possession et qu'on ajoute aux sien- 



90 DES DIVERSES ESPÈCES d'aRMOIRIES. 

nés. C'est ainsi que les rois d'Angleterre écarte- 
laient les armes de France. 

Les armoiries de concession sont appelées ainsi 
lorsqu'un souverain permet à un particulier d'a- 
jouter à ses propres armes tout ou une partie des 
siennes. Telles sont les fleurs de lis que nous voyons 
figurer dans plusieurs écussons français et qui sont 
des concessions dues à des actes de mérite écla- 
tants. 

Les armoiries de patronage^ que les gouverneurs 
de province, les intendants portent en chef comme 
marque de leur juridiction . 

Les armoiries à! alliance^ que les familles écartel- 
lent pour désigner les alliances qu'elles ont contrac- 
tées. 

Les armoiries, de substitution, substituées avec le 
nom d'une famille étrangère. 

Les armoiries de villes sont celles que les cités 
s'attribuèrent au moyen âge, lors de l'affranchisse- 
ment des communes. 

Enfin les armoiries de communauté, particulières 
à certains chapitres d'ordres réguliers, à certaines 
sociétés, à certaines compagnies. 



DE l'ECU. 



91 



Les armoiries se composent de Vicu^ qui s'ap- 
pelle le champ, et des émaux. 



II 



De reçu. 




L'écu affecte diverses formes; autrefois on 

lui laissait toujours sa forme natu- 
relle, qui est celle du bouclier 
chevaleresque ; maintenant la forme 
ordinaire usitée en France est 
celle d'un carré long de huit par- 
ties sur sept, dont les angles s'arrondissent 
d'un quart de cercle, dont le rayon est d'une 
demi-partie ; deux quarts de cercle de même pro- 
portion, au milieu de la ligne horizontale du bas, 
se joignent en dehors de cette ligne et forment la 
pointe. 

L'écusson anglais est fait de 
même, seulement les angles du 
chef de Técu se prolongent en 
pointe. 




92 



DES EMAUX, 




L'écusson espagnol et l'écusson 
portugais sont arrondis par le bas. 



L'écusson allemand a conservé 
une échancrure pour poser la 
lance. 



Les filles portent Técusson en losange. 



III 



Des émanz. 



Les émaux sont de trois sortes, deux métaux : 
Vor et V argent. 

Cinq couleurs : le gueules^ VazuTy le sinople, le 
sahle et le pourpre. 

Deux pannes ou fourrures : Y hermine et le vair^ 
auxquelles on doit ajouter la conti e-hermine et le 
contre-vair. 



DES ÉMAUX. 



93 







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Uor, qui est jaune, se représente 
dans la gravure par un pointillé. 



V argent y qui est blanc, par un fond uni. 




Le gueules^ qui est rouge, par des 
traits perpendiculaires. 




VazuTj qui est bleu, par des lignes 
horizontales. 




Le sinophy qui est vert, par des 
lignes diagonales allant de T angle 
gauche de Técu à Tangle droit. 



Le sable, qui est noir, par des 
lignes croisées perpendiculaires et 
horizontales. 



Le pourpre, qui est violet , par 
I des lignes di^onales allant de l'an- 
gle droit à l'angle gauche de l'écu. 







TTTT 

rïTfi 

ITTT 



L'/tcmime est un champ d'ar- 
gent parsemé de mouchetures de 
sable. 



La contrC'hermine au contraire est 
un champ de sable avec des mouche- 
tures d'argent. 

Le vair se représente par des fi- 
gures d'une forme particulière 
d'argent et d'azur. 



DES ÉMAUX. 95 

Le contre-vaii est aussi d'argent et d'azur; 
mais au contraire du vair, le métal est opposé au 
métal et la couleur à la couleur. 

Quelquefois T hermine et le vair sont de couleurs 
différentes de celles qui leur sont propres ; il faut 
alors s'exprimer ainsi : hermine ou vairé de..., et 
désigner les émaux. 

Le grand principe du blason, dont il ne faut 
jamais s'écarter, et dans l'ignorance duquel les ro- 
manciers commettent parfois de si lourdes bévues 
lorsqu'ils composent des armoiries pour leurs hé- 
ros, c'est qu'il ne faut jamais mettre métal sur mé- 
tal ni couleur sur couleur. 

La dérogation à ce principe constitue ce qu'on 
appelle arme* à eng'werre; les armoiries d'un petit 
nombre d'anciennes familles sont dans ce cas, parce 
qu'elles ont été composées avant que le blason n'eût 
de règles fixes. De ce nombre étaient celles des 
Montmorency, qui portaient autrefois : d'or à la 
croix d'argent cantonnée de quatre aUrions rf*a- 
zur; la régularisation de ces armoiries est une 
des plus belles pages de leur histoire. Après la ba- 
taille de Bouvines , Mathieu T' de Montmorency 



96 DES ÉMAUX. 

se présenta devant Philippe- Auguste avec douze 
drapeaux qu'il avait pris à l'ennemi, et comme il 
chancelait, épuisé par ses nombreuses blessures, le 
roi trempa son doigt dans le sang qui ruisselait 
sur son armure et lui dit : « Baron, je veux qu'à 
J' avenir tu portes une croix de gueules, et qu'en 
mémoire des douze drapeaux que tu m'apportes, 
tu ^joutes douze alérions à ceux de ton blason. » 
C'est depuis ce temps que les Montmorency por- 
tent (Tor à la croix de gueules cantonnée de seize 
alérions d'azur. 

Les fourrures se mettent sur métal ou sur cou- 
leur, mais plus généralement sur couleur. 

Les figures dites au naturel^ c'est-à-dire qui con- 
servent leurs couleurs véritables, se mettent indit- 
féremment sur métal ou sur couleur. 



DES PARTITIONS. 97 



IV 
Des partitions. 

L'écu est dit simple ou composé^ simple lorsque 
rémail n'est pas divisé, composé lorsque rémail e^t 
divisé ou que Vécu contient plusieurs émaux. 

Il est parti quand il est partagé par un trait per- 
pendiculaire de haut en bas ; 

Coupéy quand il est partagé par. un trait hori- 
zontal. 

La réunion du parti et du coupé donne Vécartelé. 

Un des quartiers j c'est-à-dire une des divisions 
de Vécartelé, peut être écartelé à son tour, ce qui 
donne le contre- écartelé. 

L'écusson est tranché quand il est partagé par 
un trait diagonal de droite à gauche ; 

Taillé, quand il est partagé par un trait diagonal 
de gauche à droite. 

La réunion du tranché et du taillé donne Vécar- 
telé en savJtoir. 

L'écusson peut se diviser ainsi à V infini ; il peut 

être en même temps parti, coupé, tranché, taillé 

• 7 



98 DES FIGURES HÉRALDIQUES 

écartelé, coutre-écartelé, chargé d'un autre écus- 
son, que Ton appelle écu sur le tout, et d'un troi- 
sième, SUT le tout, du tout. 

Dans un écusson simple, le haut s'appelle le 
chef; le milieu, centre, cœur ou abîme; le bas, 
pointe; la droite et la gauche, deœtre et sénestre. 

Le canton est un des quatre angles de Técu. 



V 

4 

Des figures héraldiques et des rabaitemeats. 

Les figures qui entrent dans la composition du 
blason doivent se diviser en quatre catégories : les 
pièces héraldiques ou propres, les naturelles, les 
chimériques et les artificielles. 

Les figures héraldiques se subdivisent en pièces 
honorables et en pièces du second ordre. 

Les pièces honorables sont : 




Le chef, 




£T DES RABATTEMENTS. 99 




La fasce. 



La Champagne^ 





Le pal. 




La bande. 



10(1 DES FlfiDRBS HÉBALDIQUEB 



S 

Q 

^ 



Le chevron, 



La barre. 
Le franc-quartier. 
Le canton . 

Voilà les plus usitées; il y a encore : 
La pile, angle aigu dont la pointe touche le haut, 
et la base, le bas de l'écu ; 
Le giron, figure triangulaire; 
Le pairie, semblable à un Y; 



ET DES RABATTEMENTS. 101 

La bordure^ bande qui fait le tour de Tccus- 



son; 



Vorle, bordure qui ne touche pas les bords de 
récusson; 

Le trescheuTj qui est un orle fleuronné ; 

Vécu en abîme, petit écusson au centre du' 
grand ; 

Et enfin le gousset , qui est un pairie plein . 

Les pièces honorables , excepté la croix et le 
sautoir plein, peuvent se trouver en nombre, rac- 
courcies et rétrécies ; alors elles sont dites rabattues 
et changent de nom. 

Le chef diminué s'appelle comble. 

La fasce diminuée et en nombre prend le nom de 
burelle. 

La Champagne diminuée s'appelle plaine. 

La bande diminuée s'appelle cotice. La cotice 
alaisée s'appelle bâton péri en bande; 
• La barre diminuée se nomme traverse ou bâton en 
barre. La traverse alaisée se nomme bâton péri en 
barre. 

Les burelles, les cotices et les traverses mises 
deux à deux- s' appellent y^me/te^. 



102 DES FIGDBES HÉRALDIQUES 

La croix réduite au quart s'appelle filet en croix. 
Le sautoir réduit prend le nom de flanquis. 
Le chevron réduit s'appelle étaye. 
Les pièces du second ordre sont au nombre de 
treize : 

Véchiqueié, composé comme une table d'échi- 
quier, de carreaux noirs et blancs ; 

Le fretté, composé de bandes et de barres entre- 
lacées; 

Le treillissé, qui est le fretté cloué à Tintersec- 
tion des bandes et des barres ; 

V emmanché, composé de triangles enclavés l'un 
dans l'autre ; 

Les points équipolés, composés de neuf quartiers 
en échiquier ; 
heshsanges; 

Les fusées, losanges allongées ; 
Les mâeles, losanges évidées ; 
Les rustes, losanges percées en rond ; 
Les besans, pièces de monnaie d'or ou d'ar- 
gent ; 

Les tourteaux, pièces rondes semblables aux 
besants, mais toujours de couleur ; 



ET DES RABATTEMENTS. 103 

Les besantS'tourtcauœ, mi-partis de métal et de 
couleur ; 

Les hillettesy figures semblables à des briques. 

Quelques héraldistes rangent parmi les figurps 
de troisième ordre : 

Le papelonné. 

Le plumelé. 

Le flanquéj 

Le chape. 

Le manieléy 

Le chausséy 

Le chapé'Chamsé, 

Uembrasséy 

Le contrepaléj 

Le contrefascé, ■ 

Le contrebande, etc. 

Voici maintenant les termes héraldiques les plus 
usités, appliqués aux pièces héraldiques. 

On les dit 

Abaissées, lorsqu'elles sont placées au-dessous 
de leur position ordinaire ; 

Aiguisées, lorsque les extrémités sont aiguës ; 



104 DES FIGURES HÉRALDIQUES 

^ Alaisées/loTsqix elles ne touchent pas les bords 
de reçu ; 
BastilléeSy lorsqu'elles se terminent en créneaux 



renverses ; 



Bordées, lorsque les bords sont d'émail différent ; 

BourdonnéeSy quand elles sont arrondies en forme 
de bourdon ; 

BretesséeSj si le haut et le bas sont crénelés ; 

Brochantes^ quand elles se superposent à d'au- 
tres; 

Cantonnées, lorsqu'elles sont accompagnées 
d'autres pièces dans les angles de l'écu ; 

Chargées, portant d'autres pièces superposées ; 

CléchéeSj quand les extrémités sont en forme 
d'anneau de clef; 

Componnées, composées de pièces carrées, d'é- 
maux alternés; 

Cousues, quand les pièces sont métal sur métal 
ou couleur sur couleur ; 

Cramponnées, terminées en crampon de guerre; 

Crénelées, portant créneaux ; 

Denchées, dentelées, terminées en pointes aiguës 
comme des dents. 



ET DES RABATTEMENTS. 105 

DiapréeSj de diverses couleurs ; 

ÉciméeSy quand la partie supérieure est enlevée ; 

Empoignées^ disposées en pal et en sautoir et 
réunies au centre de Vécu ; 

Enfilées y portant des couronnes, anneaux ou 
autres pièces rondes passées dans les branches; 

EngouléeSy quand les extrémités sont des têtes 
de goules ; 

EngrêléeSy terminées en petites dents arron- 
dies ; 

Entées^ entrant les unes dans les autres par des 
ondes arrondies ; 

Faillies^ brisées; 

FleuTonnées, quand les bords sont garnis de 
trèfles ; 

FleuronnéeSy terminées en fleurons ; 

FlorencéeSy terminées en fleurs de lis ; 

Gringolées, terminées en têtes de serpent ; 

Haussées, placées plus haut que leur situation 
ordinaire ; 

Mourantes, semblant sortir d'une des extrémités 
de reçu ; 

Nébulées, en forme de nuages ; 



106 DES FIGURES HÉRALDIQUES. 

Ondées, tortillées en ondes ; 

Pattées, quand les extrémités vont s'élargissant; 

Pommelées, terminées en pommes ; 

Potencées, tenninées en T ; 

Pertes, ne touchant point les bords de l'écu ; 

Recerclées, terminées en cercles ; 

Recroisetées, se dit des croix lorsque les bran- 
ches se terminent elles-mêmes en croix ; 

Resar celées, se dit aussi des croix lorsqu'elles 
sont chargées d'autres croix en filet d'un autre 
émail ; 

Retraites, lorsque l'un des côtés ne touche pas 
les bords de l'écu; 

Versées, tournées vers la pointe de l'écu ; 

Vivrées, avec des entailles faites d'angles sail- 
lants et rentrants ; 

Vuidées, ouvertes et laissant voir le champ de 
l'écu. 



DES FIGURES NATURELLES. 107 



VI 

Des figures naturelles. 

Les figures naturelles les plus usitées sont d'a- 
bord celles d'anges ou d'hommes, qui peuvent être 
entières ou par fractions. 

Une tête avec poitrine et sans bras se nomme 
buste. 

Une tête de sable de profil s'appelle une tête de 
Maure. Ordinairement elle est entourée d'une ban- 
delette, on dit alors qu'elle est tortillée de tel ou 
tel émail. 

Un bras droit s'appelle deœtrochère; un bras 
gauche sénestrochère. Il faut indiquer s'ils sont nus 
on armés. 

Deux mains se tenant s'appellent foi. 

Viennent ensuite les figures d'animaux; nous 
ne parferons que des plus usitées. 

Le lion est toujours vu de profil et ordinairement 
rampant, c'est-à-dire dressé sur ses pattes de der- 
rière. Si on le représente marchant, il est dit léo- 



108 DES FIGURES NATURELLES. 

pardé. Ordinairement il est seul ; s'il y en a plus 
de deux, on les nomme lionceaux. 

Le léopard est représenté jpa^^an^ 

Ces animaux sont armés^ lorsque leurs ongles 
sont d'un émail autre que celui du reste du corps ; 
lampasséSj quand on voit leur langue; momés, 

m 

quand ils n'ont ni langue ni ongles ; diffamés^ quand 
ils n'ont point de queue; évirés^ quand ils n'ont 
point de verge. 

Le cheval est généralement effaré, c'est-à-dire 
dressé sur ses pieds de derrière ; il est gai s'il est 
nu, animé si l'émail de son œil n'est pas le même 
que celui de son corps. 

Les chiens, ordinairement des lévriers, sontpa^- 
santSy courants, rampants, couchés, assis. 

Le loup est ravissant s'il tient une proie, allur 
mé si son œil est d'un autre émail que son corps. 

L'ours est dit passant s'il marche, levé s'il se 
tient sur ses pattes de derrière. 

Le taureau dressé s'appelle furieux. 

La vache est toujours passante; elle est clarinée 
si eUe a une clochette au cou. 

On trouve souvent dans les armoiries un agneau 



DES FIGURES NATURELLES. • 109 

tenant entre ses pattes un panonceau chargé de 
croix, on l'appelle agneau pascal. 

Le cerf est passant, courant ou gisant ; il est 
ramé de tel ou tel émail, sommé de tant de dagues. 
Un bois de cerf s'appelle massage. 

Le sanglier est toujours de sable; si son oeil est 
d'un autre émail, on dit qu'il est miraillé de tel 
émail. 

L'aigle est essorante, lorsqu'elle paraît prendre 
§on vol; éployée, lorsque ses ailes sont étendues, au 
vol abaissé si elles sont repliées. 

Les alérions sont des aigles sans bec ni jambes. 

Les merlettes sont des canes sans bec ni jambes. 

Le pélican est représenté nourrissant trois petits 
de son sang; ce sang s'appelle ssl piété. 

m 

Le coq est crête ou barbé de tel ou tel émail ; 
il est chantant s'il a le bec ouvert, hardi s'il a la 
patte levée. 

Le dauphin est vif s'il est dressé de profil, un 
peu arrondi en demi-cercle ; pâmé, lorsqu'il est 
sans œil, sans dents et la gueule béante. 

Les bars sont deux poissons adossés, courbés et 

posés en pal. 



110* DES FIGURES NATURELLES. 

Le serpent se nomme bisse; souvent on le repré- 
sente dévorant un enfant, alors il s'appelle guwre. 

Les arbres paraissent souvent dans le blason. 
S'ils n'ont point de feuilles on les dit effeuillés j 
accotés s'ils n'ont point de branches. Lori^u'on 
voit leurs racines on les dit arrachés. 

On appelle créquier un cerisier sauvage mal fait 
et à sept branches. 

Le chêne est fruité de tel ou tel émail si ses 
glands sont d'un émail particulier. 

Les fleurs de trois feuilles s'appellent tierce- 
feuilles; celles de quatre, quatre^feuilles ; celles de 
cinq, quinte-feuilles. 

Les lis naturels sont appelés lis de jardin , pour 
les distinguer des fleurs de lis héraldiques qui sqnt 
celles des rois de France; celles-ci sont dites au 
pied nourri^ quand elles sont coupées par le bas* 

Les astres, les météores, les éléments apportent 
aussi leur contingent au blason : 

On appelle monde un globe cerclé surmonté 
d'une croix. 

Le soleil est d'or, autrement il s'appelle ùmbre 
de sokiL 



DES FIGURES CHIMÉRIQUES. * 111 

Les étoiles ont cinq pointes et se distinguent 
ainsi des molettes qui en ont six. 

La comète est caudée de tel ou tel émail. 

L'arc-en-ciel est représenté à! or, de gueules, de 
sinople et à^ argent. 



VII 



Des figures chimériques. 

Les figures chimériques sont : 

Le griffon, animal moitié aigle, moitié lion ; 

Le dragon, dont le corps se termine en queue et 
la langue en dard ; 

L^ hydre, qui a sept têtes, dont six dressées et la 
septième pendante ; 

La licorne, qui est acculée lorsqu'elle est dressée 
sur ses jambes de derrière, et en défense, lorsqu'elle 
baisse la tête et présente sa corne ; 

Le phénix, représenté sur un bûcher qu'on 
appelle immortalité; 

Le centaure, moitié homme et moitié taureau; 



112 DES FIGURES ARTIFICIELLES. 

La harpie, qui a la tête et la gorge d'une femme 
et le corps d'un aigle ; 

Enfin la sirène, qui prend le nom de Mélusine 

m 

lorsqu'elle est représentée dans une cuve. 



VIII 
Des figures artificielles. 

Les figures artificielles sont de toutes sortes. Les 
plus usitées sont tirées des instruments de guerre 
ou de chasse, ce sont : 

Les épées , qu'on appelle badelairesj lorsqu'elles 
ont la forme antique; 

Les fers de pique, qu'on appelle otelles; 

Les boucles de baudrier, qui se nomment fer- 
meaux ; 

Les bouts de fourreau d'épée qui se nomment 
bouterôlles; 

Les flèches qui sont encochées sur la corde, et 
émoussées si la pointe est coupée ; 

Les molettes d'éperon, qui ont une ouverture 
au milieu pour les distinguer des étoiles ; 



DES ORNEMENTS EXTÉRIEIRS, ETC. 113 

Les cors de chasse, appelés aussi huchets^ sont 
enguichés de tel ou tel émail à leur embouchure, 
viroles de tel ou tel autre aux (îercles qui les en- 
tourent, liés quand un cordon les retient. 

Les vêtements fournissent le chaperon^ la manche 
mal taillée^ le bonnet albanais^ les houssettes^ bot- 
tines éperonnées. 

La navigation fournit au blason les vaisseaux, 
qu'on appelle nefs et les galères; sans mâts ni 
voiles, on les dit arrêtées. 

Les ancres, dont la traverse s'appelle irab^ la 
tige stangue et les câbles gumènes. 

Les châteaux et les tours sont maçonnés de tel ou 
tel émail, quand les interstices des pierres sont 
d'une couleur différente; donjonnés, lorsqu'ils sont 
sommés de tourelles; ajourés, lorsqu'ils ont des 
fenêtres. 



IX 



Des ornements extérieurs, du timbre, des casques, 
du bourlet, des lambrequins, du cimier. 

Les ornements extérieurs des armoiries sont : 

8 



If4 di:;e ornbjibm's kxtËhikuhs, etc. 

1« timbre, les ienants, les supports, le crt rfe guerre, 

la rfertse, le manteau. 

Oa appelle timbre tout ce qui surmonte l'écus- 
8011 : les casques j le bourlet, les lambrequins^ les 
cimiers et les couronnci. 

Nous commencerons parles casques, parce que 
leur usage est bien antérieur à celui des cou- 
ronnes. 

Certaiiu-8 lamilles boui^eoises ayaut des armoi- 
ries, les gentilshommes imaginèrent, pour se dis- 
tinguer des roturiers, de mettre leur heaume 
sur l'angle gauche de leur écu, qui se plaçdt in- 
cliné. Les princes comme les simples nobles se con- 
tentèrent d'abord de cet ornement, 
car on trouve les armes de Char- 
les VI, de Louis XI et de Philippe 
de Boui^ogne timbrées d'un casque 
fermé de profil. 
Plus tard, les héraldistes convinreiit d'établir 
des distinctions dans les casques et la manière de 
les placer, suivant le degré de noblesse ; mais cgs 
règles, qui du reste ne sont pas par&itemeut défi- 
nies, ne furent jamais rigoureusement suivies, et 




DES ORNEMENTS EXTERIEURS, ETC. 1 1 5 

chacun pkce son casque à peu près comme il l'eu- 
tend; voici cependant les distinctions les plus 
généralemuut adoptées : 




Le casque des empereurs 
et rois est d'or, taré (posé) 
de front, ouvert et sans gril- 



Celui des princes est aucsi d'or, mais moins 
ouvert. 




Celui des marquis est d'ar- 
gent, taré de front, ayec 
onze grilles d'or. 




DtS ORNEMENTS EXTÉRIEURS, ETC. 



Celui (les comtes et des vi- 
comtes est d'argent, taré au 
tiers, h neuf griUes d'or. 



Celui des baroDs est aussi d'ai^nt à sept grilles. 
Celui des gentilshommes d'anàeiine noblesse 
est d'iMîier poli avec cinq grilles d'or. 



Celui des nouveaux nobles 
est taré de profil , sans grilles. 



Les Allemands «lettent plusieurs casques sur 
leurs écussons pour indiquer la multiplicité de 
leurs fiefs. C'est aussi d'Allemagne que vient l'u- 
sage de mettre des couronnes sur les heaumes , les 
gentilshommes de nom, d'armes et de cri avaient 
seuls ce droit. 

Le bourlet est un cercle cordonné , de la cou- 




DES ORNEMENTS EXTÉRIEURS, ETC. 117 

leur des émaux de Técu, qui se plaçait sur le 
casque. 

Les lambrequins étaient, suivant les fins, des 
pièces d^ étoffes que les chevaliers attachaient h 
leur casque pour se garantir du soleil, suivant les 
autres, des rubans qu'ils portaient aux tournois. 
Ils se représentent, en blason, découpés en forme 
de feuillage, de la couleur des émaux de Técu et 
Tentourant des deux côtés. S'ils sont découpés en 
forme de lanières, ils se nomment volet; s'ils sont 
en forme de manteau, on les appelle mantelet. On 
les appelle aussi parfois achement. 

Le cimier se place par-dessus tout et occupe la 
partie la plus élevée des armoiries, en en exceptant 
toutefois le cri de guerre et la devise. C'était 
un ornement fréquent au moyen âge ; il était ordi- 
nairement en cuir bouilli ou en parchemin, suivant 
La Colombière, et les chevaliers l'attachaient à leur 
casque avec des courroies. Il représente le plus sou- 
vent un animal fabuleux, tel que dragon, grif- 
fon, etc. , parfois aussi une des pièces de l'écusson ; 
ainsi le cimier de la maison de Bourbon est une 
fleur de lis. Cet ornement, qui est souvent hérédi- 



118 DES COURONNES. 

taire dans les familles, se change aussi au gré de la 
fantaisie. 



Des conroniieB. 



Les couronnes sont de deux sortes, de souverai- 
neté et de noblesse. 

Les premières, qui appartiennent aux rois et 
aux princes souverains, sont fermées, c'est-à-dire 
que les fleurons sont surmontés de branches qui se 
joignent en demi-cercle, et sont sommées d'un 
monde, boule cerclée, surmontée d'une croix. 

Celle des rois de France était sommée d'une 
double fleur de lis , qui est le cimier de la maison 
de Bourbon, Charles VIII passe pour être le pre- 
mier roi de France qui ait porté une couronne fer- 
mée ; le père Ménétrier attribue cette innovation 
à François I" , qui ne voulait le céder en rien à 
Charles-Quint, son compétiteur à l'Empire. 
Le dauphin de France portait une couronne en- 



DES COTTRONNES. 1 H) 

treraelée de fleurs de lis et de dauphins dont les 
queues, en se rejoignant, faisaient une couronne 
fermée. < 

Les enfants de France portaient une couronne 
ouverte et fleurdelisée. 

La couronne de TEmpereur des Français est un 
cercle d'or enrichi de pierreries, relevé de six fleu- 
rons, d'où partent six demi-cercles aboutissant à un 
globe cerclé et sommé d'une croix. Entre les demi- 
cercles se trouve l'aigle impériale. 

La couronne de l'empereur d'Allemagne était 
une sorte de mitre ouverte, avec un diadème sur- 
monté d'un globe d'or. 

La tiare ou couronne papale, qu'on appelle aussi 
le règne^ est un haut bonnet rond, avec deux pen- 
dants comme une mitre, cerclé d'une triple cou- 
ronne et sommé d'un monde. La première est le 
symbole de la puissance temporelle des papes, 
la seconde fut ajoutée par Boniface VIII, et la 
troisième par Benoît XII. Cette triple couronne 
symbolise, suivant les anciens auteurs, la triple 
royauté du pape sur l'Eglise militante, PÉglîse 
souffrante et l'É 




t?0 DES COURONNES. 

I^es électeurs et princes souverains <k l'Empire 
portent un bonnet d'é- 
carlate re^rassé (bordé) 
d'hermine, orné de pier- 
reries et diadématé d'un 
demi-cercle d'or garni 
de perles, sommé d'un monde. 

Les princes non souverains et les comtes du Saint 
Empire portent le même bonnet sans diadème. 

Les couronnes de noblesse, qu'on appelle aussi 
couronnes d'écusson , sont celles de duc, de mar- 
quis, de comte, de vicomte, de baron, de vidame, 
et la couronne de gentilhomme, usitée en Alle- 
magne et en Russie. 

La couronne de duc 
est un cercle d'or enri- 
chi de pierres précieuses 
et garni de cinq fleurons 
en feuilles d'ache. 

La couronne de mar- 
quis a. trois fleurons, al- 
ternés chacun de trois 
perles en forme de trèfle. 




DK8 COl'HON-NEP. 




La couronne de comte 
est garnie (le neuf perles. 



La couronne de vi- 
comte n'eu a que trois. 

La couronne de baron 
est un cercle d'or garni 
d'un tortil de perles. 

La couronne de vidame est d'or, garnie de trois 
croisettes pattéeg. Le vidame était un seigneur 
chargé de conduire à la guerre les vassaux que les 
évêques étaient obligés de fournir au roi dans 
les fiefs qu'ils possédaient , et de veiller à la dé- 
fense du diocèse. 

La couronne de gentilhomme, qui n'est pas en 
usage en France, ne diffère de la couronne de mar- 
quis qu'en ce qu'il n'y a entre chaque fleuron 
qu'une perle au lieu de trois. 
■ A défaut de cette couronne, les gentilshommes 
fran^is non titrés prennent sans aucune espèce de 



122 DES TENANTS , SUPPORTS,. MANTEAUX. 

raison des couronnes de comte ou de marquis, et 
cet abus étrange est tellement consacré par Thabi- 
tude, qu'il paraît aujourd'hui tout naturel. Il 
date de la fin du xvii' siècle , et le père Méné- 
trier en attribue en grande partie Torigine à Tu- 
sage qui commença alors de mettre sur les carrosses 
et les cachets des chiffres au lieu d'armoiries. 
Chaque famille choisit alors sa couronne sans oppo- 
sition et la transmit à ses descendants. 

Les gentilshommes français qui sont grands 
d'Espagne ont toujours joui à la cour des mêmes 
honneurs que les ducs, et timbrent leurs armoiries 
de la couronne ducale . 

Les pairs ajoutent à leur couronné un bonnet de 
-velours bleu sommé d'une perle. 



XI 



Des tenants, supports, manteaux. 

Dans les premiers tournois, pas d'armes ou em- 
prises, chacun des tenants suspendait son écu dans 
l'arène, et le chevalier qui voulait se mesurer avec 



DES TENANTS, SUPPORTS, MANTEAUX. 123 

Y un d'eux frappait Técu de sa lance. Cet écu était 
ordinairement gardé soit par des écuyers, soit par 
des hommes déguisés en sauvages, en Hercules, ou 
en lions, léopards, griffons, etc. C'est là Torigine 
des tenants et supports dans les armoiries. 

Les tenants sont des figures célestes, humaines 
ou fabuleuses, telles que : anges, hommes, femmes, 
chevaliers, sauvages, sirènes. 

Les supports sont des figures d'animaux ou d'ê- 
tres chimériques qui se placent comme les tenants 
de chaque côté de l'écu, dressés, assis ou couchés, 
mais le plus souvent dressés. Les plus usités sont 
les lions, les léopards, les lévriers, les griffons, les 
aigles, les cygnes. 

Le manteau enveloppe l'écu et la couronne de 
toute part ; il est lui-même sommé d'une autre 
couronne. Celui des princes est rouge avec des 
franges d'or ; celui des pairs et des sénateurs est de 
velours bleu brodé d'or. 



liM Di i:p.i de guerre^ de la devise. 



Xll 

D« cri de guerre, de la deyise. 

\a: cri de guerre j qu'on appelle aussi cri (T armes, 
servait jadis de signal pour livrer le combat et pour 
se reconnaître dans la mêlée. Souvent c'était sim- 
^ plement le cri du nom de la famille ; parfois un cri 
d'exhortation, comme celui de Montoison : A la 
rescousse, Montoison! ou bien un cri d'invocation, 
comme celui de Beaufremont : Dieu aide au pre- 
mier chrétien! et celui de Castillon, retenu des 
croisés : Dieu le volt! Lorsqu'il y a cri de guerre 
et devise, le cri de guerre se place au-dessus des 
armoiries et la devise au-dessous. 

La devise exprime brièvement, soit un souvenir, 
comme celle de Chateaubriand donnée par saint 
Louis à Geoffroy lY de Chateaubriand : Mon sang 
teint les bannières de France; soit un sentiment 
héroïque : Virtus et honor, de Melun^ soit une 
pensée de dévouement et de poésie : Religio^ patria^ 
domina et meus rex, de Goazre ; soit une idée mys- 



DU CRI DE GUERRE, DE LA DEVISE. 125 

tique : Eternité, de Croy. Souvent aussi ou trouve 
dans la devise le naïf calembour si recherché de 
nos pères, comme dans celle de Butet : Im vertu 
mon but est; ou dans celle du seigneur de Vaudniy 
qui, possesseur des terres de Valu et de Vaux, por- 
tait pour devise : J'ai Valu^ Vaux et Vaudray. 

La devise était ordinairement héréditaire dans 
les familles ; souvent pourtant les gentilshommes 
en adoptnient de nouvelles qu^ils conformaient 
à leur époque et à leur caractère; les rois eux- 
mêmes donnaient l'exemple de cette devise person- 
nelle. La devise un peu oubliée depuis les tournois 
redevînt à la mode avec les carrousels sous 
Louis XIV. Ce- fut dans un carrousel que ce prince 
adopta le soleil avec la devise : Necpluribus impar. 
Les courtisans ne manquèrent pas d'en adopter à 
cette occasion qui fussent une flatterie; ainsi le 
duc de Sully prit un miroir ardent avec ces mots : 
Je brûle sous son regard ; l'amiral de Beaufort une 
lune avec cette inscription : Elle obéit au soleil et 
commande aux flots. 

Les décorations et les marques de dignité font 
aussi partie des ornements extérieurs des armoiries. 



126 DES MARQUES DE DIGNITÉ. 

Les grands dignitaires des ordres de çheva|erie 
entourent leur écu du grand cordon ou du collier ; 
les simples chevaliers placent la décoration sus- 
pendue à un ruban sous l'écusson. 



XIII 

Des marques de dignité. 

Les marques de dignité sont ecclésiastiques ou 
laïques. Voici comment elles se disposent dans les 
armoiries 

Le cardinal timbre son écusson ^'un chapeau de 
gueules garni de cordons de soie rouge entrelacés en 
losange^ avec cinq rangs de houppes de chaque côlé^ 
posées 1, 2, 3, /i. e( 5, ce qui fait quinze. Il pose 
derrière l'écusson une croix d'or en pal. 

L'archevêque-primat timbre son écu dVn cAa- 
peau de sinople garni de cordons de soie entrelacés 
en losange avec quatre rangs de houppes de chaque 
côté, posées Ij 2^ 3 et li; il pose derrière Vécu une 
croix double posée en pal. 

L'archevêque porte la croix simple en pal. 



DES MAIigLES DE DIGNITÉ. 127 

L'archevêque, prince de TEmpire porte : l'écu 
sur un manteauj et pose derrière une épée et une 
croix en sautoir. 

Le grand aumônier portait : au-dessus de Vécu 
un livre d'azur chargé des armes de France. 

L'évêque porte : le chapeau de sinople avec les 
cordons à trois rangs de houppes seulement. Vécu 
surmonté de la mitre posée de front ; à dextrc et 
à sénestre, la crosse posée en pal et tournée en 
dehors. 

Les abbés mitres timbrent : d'une mitre de front 
à dextre, et à sénestre la crosse en pal tournée en 
àedans. 

Le prieur pose derrière Vécu un bâton de prieur 
surmonté d'un chapeau de sable. 

Les abbesses portent : Vécu en losange^ entouré 
d'un chapelet y avec une crosse en pal derrière 
Vécu. 

Le connétable de Tancienne monarchie poi-tait : 
de chaque côté de Vécu une épée nue, la pointe haute j 
tenue par un dextrochère sortant d'une nuée. 

Le chancelier de France prenait la qualité de 
chevalier et timbrait son écu environné du manteau^ 



128 DES AIARQUES DE DIGNITÉ. 

d'une couronne ducale sommée d'un mortier comblé 
d'or^ rebrassé d'hermine et bordé de perles. Der- 

* 

rière l'écu^ deux mmses de vermeil en sautoir. 

Le grand écuyer de France portait pour attri- 
buts : une épée royale avec un fourreau et un bau- 
drier de velours bleu semé de fleurs de lis d'or. 

Le grand veneur portait : un cor de chasse de 
chaque côté de Vécu. 

Le grand fauconnier : une longe d'où pend un 
leurre semé de fleurs de lis. 

Le grand louvetier : une tête de loup de front de 
chaque côté de Vécu. 

Le grand maître de la Maison du roi : deux bâ- 
tons de vermeil fleurdelisés et surmontés de couronnes 
royales, passés en sautoir derrière Vécu. 

Le grand chambellan : deux clefs d'or couronnées^ 
passées en sautoir derrière Vécu. 

Le grand bouteiller ou grand échanson : deux 
flacons de vermeil aux armes de France. 

Le grand pannetier : la clef d'or et le cadenas que 
Von servait au couvert du roi. 

Le grand maître de Tartillerie : deux canons 
adossés placés en support. 



COMMENT ON DOIT BLASONNISK. 1211 

Le général des galères : un grappin d'or derrière 
Vécu. 

Le maréchal de France porte : deux Mtons d'azw 
passés en sautoir derrière Vécu. 

L'amiral porte : dem) ancres d'or. 



XIV 

CommeiU on doit blasonner. 

Telles sont les principales règles du blason. Voici 
maintenant comment on doit blasonner un écusson : 

On commence par énoncer Témail du champ de 
reçu; s'il n'est chargé d'aucune pièce, on ajoute 
seulement le mot plein. Ainsi Menèse, en Borde- 
lais, porte d*or plein; Bocquet, en Normandie, 
d'argent plein; Narbonne, de gueules plein; de 
Barge, en Lorraine, d'argent plein; deGournay, 
de sable plein. 

S'il n'y a qu'une pièce, on indique son émail ; 

m 

de Boisé porte : d'argent à la fasce de sable. 

S'il y en a plusieurs, on indique leur nombre et 
la manière dont elles sont placées ; on désigne en- 
suite la couronne ou le casque avec ses ornements, 





130 COMMENT ON DOIT IlLASONNER. 

Je? supjorta, le çrî dç guerre, la devise et les divers 
ornements, bann^res, décorations ou marques de 

^xlignitc qu^ ai'coqipagnent l'écusson. i 

Melua porte : d'azur à sept beaans d'or posés 
3, 3 et 1 , au chef d'or. L'écu timbré d'une couronne 
de vicomte sommée d'un casque taré de front, orné de 
sef latiUjrequins. Cimier : «n taureau d'or issant 

. d'un donjon de tour d'or maçonné de sable, ft colleté 




, rf'wn collier d'azur chargé dçs sept, besans d'or de 
l'écu. Tenants : deux chevaliers armés de toutes 



COMMENT ON DOIT BUSOXNER. 131 

pièces, l'épÉè nue à la main. Devise : VtrCus et 
bonor. Crideguerre: A tnoy Meleun. 

La Trémoille porté : écartelê au pivniier if a- 
3«r, à trois fleurs de lis d'or qui est de France; au 
deuxième et troisième, contre-écartelé en sautoir^ en 
chef et en pointe d'or à quatre vergettes de gueules, et 
en flancs d'argent, à taigh de sable, qui est d'Ara- 
gon, Naples ; au quatrième, d'azur à trms fleurs de 
lis d'or, au bâton de gueules péri en bande, qui est de 
Bourbon; sur le tout d'or au ckeoron de gueules, ac- 




compagné de trois aîglettes d'azur becquées et mem^ 
brées de gueules, qui est de ta Trémoille. Tenants : 
deux anges. L'écu timbré d'une couronne royale • 

■ La maison île la Trémoille écartelle les armas de Naplea, * t 



io'î DEt» BJUSUHKS. 

fermée et cnn^eLée^ et environne du m^fUeau dç patj 
sommé de la cauronne ducale. 



I f r 



XV 



Des briBoras. 

' 'Il 

Les branches d'une même famille ae distinguent 
ou du moins se distinguaient autrefois par des 
ohfingeiiifints dans les armoiries, l'aîoé ay^t ^ul 
le droit de les porter pleines et ^ntji^i:e$;'<y!eii^t.qe 
qiie i'oai appelle brisures. Cet usage . de bri?€|r çst 
aujourd'hui tombé en désuétude. , . .. , . 

' La ^brisure peut se faire par le .cbaug^maut deis 
pièces-, en conaervant les couleurs, ou.^^ 1^ cjiatt- 
genient des cou eurs en conservant le$ pi^ç^s;,pju., 
ce qui est mieux, parce que le blason en est peu al- 
téré, par Taddition ou le retranchement de quelque 
pièce, ipuc un ohai^m^ut dans ks. oruemçQjbs exté- 
rieurs, et par les partitions ou écartelures. Ainsi le 

. iimb 1^6(80 (t^^viMéon^ de la cjouronn^ rqyslç depuis qu'elle n fiùt 
valoir au congres de Munster ses prétentions au trôné de Nàples, 
en arguant de va; xiescendanerQ de Cbarlptto d'Ar^goOé 
Le chef de la famille porte aussi le titre de prince deTarentei 



DES QT^ARTIÉBS. !.33 

mari peut porter |)àrhe.î les armoiries de sa femme, 
les fils écartelées les armoiries de sa mère. 

XVI 

Des quartiers. 

On appelle quartiers généalogiques les armoiries 
des familles dont on descend et qu'on peut écarteler 
avec les èîeimeé. On- confond parfois les. quartiers 
aveclea degNs^ Wen qu'il y ait une grande diffé* 
retrcé ént^e le» deux. Les degrés sont simplemeoDtt 
les^génératîbtt&dufils au père, du père k Faleulv <k 
rà5éttf'A\k btsaSerttl, etc., et se comptent umpal* m^ 
les quartiers, au contraire, se doublent: de rlîupi à 
l*iub*è't Utt' produit deux, deuxproduisfâitquatre, 
eï ainsi d^euite. Le sixième degré produi* trente^ 
dteurijttttrti^rs. :• j» hh j- 

I 

'''>••-"" ■>" ' "i' ■ • XVII • .. f . ..^ ,vi... 

'- ' S\^èi diitiiictift de là noMesse de lîEiiq;i^e*i > f 

Lorsque Napoléon créa une nouvelle noblesse, 
n lui donna des sîgties distinctifs particulière ; ces 
signes étàieht intérieur et extérieurs. * • » 



134 SIGNKS DISTINCTIPS 

Les signes intérieurs étaieïit : 

Pour les priïices gîùnds dignitaires : chef d'azur 
semé (Tabeittes (For. 

Ducs : chef de gueules semé d'étoiles d'argent. 

Comtes ministres : franc • quartier y à dextre, 
d'azur à la tête de lion arrachée d*or. 

Comtes conseillers d'Etat : échiqueté d'azur et 
d^or. 

Comtes sénateurs : d'azur à un miroir d^or en 
palj après lequel se tortille et se mire un serpent 
d'argent. 

Comtes officiers de la Maison de TEmpereur : 
d'azur ûû portique ouvert à deux colonnes surmon-^ 
tées d'un fronton dhyr. 

Comtes archevêques : d'azur à la croiœpafùSed'orl 

Comtes préfets : dazur à la muraille crénelée 
d'ofi surmontée dune branche de chêne du même. • 

Comtes maires : d'azur à la muraille crénelée dor. 

Comtes membres du collège électoral : d'azur à 
la branche de chêne d'or posée en bande. 

Comtes propriétaires : d'azur à fépi en pal d'or. 

Comtes militaires : d'azur à l'épée haute en pal 
d^ argent. 



DE LA NOBUilSSR DE l'SMPJRE. MM 

Les barons portaient le franc-quartier à ^énestre, 
avec quelques changements dans les émaux. 

Les barons présidents de cours impériales por- 
taient : de gueules à la toque de sable ^ retroussée 
d'hermine. 

Les barons tirés des corps savants : de gueules à 
la palme d'argent, posée en bande. 

Les barons militaires : de gueuler à l'épée haute 
en pal d'argent. 

Les, barons chirurgiens militaires : de gueules à 
Vépéeen barre, la pointe ba^se. 

L^s signes extérieurs étaient des bonnette on 
toquec.de velours, plus ou moins chargés de plumes 
qui remplaçaient les couronnes. > ;. . 

lies princes grands dignitaires portaient : 

Une toque de velours noir, retroussée de vairy 
avec porte-aigrette d'or, surmontée de sept plu- ^ 
mes, ,Qt accompagnée de six lambrequins d'or. Dq 
plu^, ili| (entouraient Técusson d'un manteau d'azury 
semé d'abeilles d'or, doublé d'hermine et surDaouté 
d'un bonnet d'honneur à calotte d'azur, retroussée 
d'hermine,, \ . 

Les ducs, portaient : une toque de velours noir, 



136 SIGNES DISTINCTIFS DE LA NOBLESSE DE l'eMPIRE. 

retroussée d*hermine, avec porte-aigrette d'or, sur- 
montée de sept plumes, accompagnée de six lam- 
brequins d'or ; manteau doublé de vair . 

Les comtes : une toque de velours noir, retrous- 
sée de contre-hermine, avec porte-aigrette or et 
argent, surmontée de cinq plumes, et accompa- 
gnée de quatre lambrequins, les deux supérieurs 
en or et les deux autres en argent. 

Les barons : une toque de velours noir, retrous- 
sée de contre-vair, avec porte -aigrette en argent , 
surmontée de trois plumes, accompagnée de deux 
lambrequins d'argent. 

Les chevaliers : une toque de velours noir, re- 
troussée de sinople, surmontée d'une aigrette d'ar- 
gent. Ils portaient en outre, sur une des pièces ho- 
norables de leurs armoiries, l'étoile de la Légion 
d'honneur. 



IV' PARTIE 



ORDRES DE CHEVAL&ft'ME^ 1 

ANCIENS ET MODERNES > - ^ 



Des ordres de chevalerie en général. 



Les ordres de chevalerie étaient dans le principe 
de pieuses associations , dont le but était la défense 
de la religion et la protection des pèlerins; tels 
furent les ordres de Saint-Jean de Jérusalem, du 
Temple dans la terre sainte , Tordre Teutonique 
en Allemagne, les ordres de Saint-Jacques et du 
Christ , en Espagne et en Portugal. Plus tard , les 
princes, voulant rallumer à leur profit, dans un 
but politique, la chevalerie qui s'éteignait, créèrent 
d^ leur propre autorité des ordres chevaleresques, 
tels que la Toison-d'Or, en Bourgogne, Saint- Mi- 
chel, en France, la Jarretière, en Angleterre. Plus 
tard enfin, ces mêmes souverains, voyant avec 
quelle ardeur on briguait l'entrée de ces nouveaux 



140 DES ORDRES DE CHBTALERIS EN GÉNÉRAL. 

ordres , établirent des décorations destinées à ré- 
compenser le mérite, décorations qui n'avaient des 
ordres de chevalerie que le nom, dont la croix était 
une étoile, dont l'écharpe était un ruban. 

Nous ne ferons point ressortir l'utilité de ces 
décorations, elle se démontre d'elle-même; ce sont 
de puissants moyens d'émulation et la récompense 
la plus juste, puisqu'elle est personnelle. 

La France , qui n'a que la Légion d'honneur, 
est aujourd'hui l'État le plus pauvre en ordres 
de chevalerie. Cette pauvreté a un bon côté, en ce 
sens que cet ordre étant unique est d'autant plus 
respecté ; mais en revanche nous n'avons qu'un 
moyen de récompense pour tous les genres de ser- 
vices civils et militaires, et il est peut-être fâcheux 
de voir la même décoration donnée à l'homme de 
génie qui aura honoré son pays par une découverte 
sublime, et à l'employé qui n'aura eu d'autre mé- 
rite que celui de l'exactitude, que celui d'une car- 
rière honorablement , mais médiocrement remplie. 

Il serait à souhaiter qu'il y eût en France trois 
décorations : une pour le civil , une pour le mili- 
taire, et une troisième, qui récompensât les grande 



Om)H£S DK CUIiiVALËBlË FRANÇAIS. 1 il 

dévouements au pays, les grandes illustrations 
dans quelque genre que ce fût. C'est ainsi que 
nous avions autrefois Saint-Michel , Saint-Louis et 
le Saint-Esprit; mais ce dernier ordre, par la rigueur 
de ses statuts , n'était accessible qu'à la plus haute 
noblesse, et nous voudrions que notre ordre unique 
fiiît ouvert à tous, mais accompagné de si grands 
privilèges, entouré d'une telle considération, qu'en 
voyant passer un de ces décorés, la foule pût dire : 
Celui-là n'est point un homme ordinaire. 



11 



Ordres de chevalerie français. 

Nous allons commencer par faire l'historique des 
ordres français, anciens et modernes, puis nous 
passerons en revue ceux de tous les États euro- 
péens, nous appesantissant seulement sur ceux qui 
marquent par leur antiquité ou leur illustration. 

L'ordre de chevalerie français le plus ancien * L'étôue. 
est celui de l'Etoile. Fondé par le roi Jean, 

* Nous regardons comme apocryphe Tordre de la Sainte- 
Ampoule/ fondé, dit-on^ par Clovis, et qui ne comptait que 



142 ORDRES DE CHEVALERIE FRANÇAIS. 

en 1351, il tomba bientôt en discrédit, et fut 
aboli par Charles VIII. La marque de Tordre 
était un collier d'or, auquel pendait une étoile avec 
cette devise : Monstranl regibus astra viam. 

saini-Huberi. L'ordrc dc Saint-Hubert :avait été fondé en 
1416, sous le nom d'ordre de la Fidélité, par 
Louis I", duc souverain de Bar. Lors de la réunion 
de la Lorraine à la France, Louis XY s'en déclara 
chef suprême. En 1816, Louis XVIll le reconnut 
et nomma grand maître le duc d'Aumont. 

La croix est à quatre branches, émaillée de blanc, 
boixiée d'or avec l'image de Saint-Hubert et cette 
légende : Ordo nohilis sancti Huberti , instituius 
anno IftlG. Le ruban est vert liséré de rouge. 

BAiMi-iiioiMi. L'ordre de Saint-Michel fat fondé par Louis XI 
en 1469. Le nombre des chevaliers était primi- 
tivement de trente-six, Charles IX le fixa à cin- 
quante; depuis ir devint illimité et Tordre tomba 
en discrédit. Louis XIV, voulant le relever, établit 
^ue pour en faire partie il fallait faire profes- 

quatre chevaliers, qui étaient les barons de Louvercy, de 
Bellestre, de Sonastre et de Xenier, relevant de l'abbaye de 
Sainl-Remy de Reims — Favin , dans son Théâtre d'honneur, 
parle aussi d'un ordre de la Genette, fondé par Gbarles-Martel 
après sa victoire sur Abdérame. 



ORDRES DE CHEVALERIK FRANÇAIS. 143 

sion de la religion catholique, feire preuve de 
noblesse de deux, races et avoir servi dix ans dans 
les armées ou la magistrature. Les chevaliers por- 
taient un collier d'or composé de coquilles entre- 
lacées sur une chaînette et soutenant une médaille à 
l'image de Saint-Michel ; le manteau de Tordre était 
de drap d'argent fourré d'hermine, avec une brode- 
rie d'or semblable au collier ; le chaperon était de 
velours cramcrtsi orné de la même broderie. Aujour- 
d'hui la décoration est une croix d'or à huit poin- 
tes, émaillée de blanc, cantonnée de quatre fleurs 
de lis d'or^ chargée en cœur d'un Saint-Michel ter- 
rassant le dragon, et suspendue à un ruban moiré 
noir. 

Il faut que nous mentionnions ici, pour être La Gordeuére. 
fidèle à l'ordre chronologique, un ordre de cheva- 
lerie fondé en faveur des femmes par la reine Anne. 
Cette princesse l'institua vers 1490, en l'hon- 
neur des cordons dont Notre-Seigneur fut lié en 
sa passion. La marque de l'ordre était un cordon 
blanc à Tiœuds, dont les chevalières entouraient 
leurs armes avec cette devise : J'ay le corps délié. 
C'est de là bi^n certainement que vint l'usage pour 



1 i4 0RUAE8 Dfi GHJEVALEBIS FRANÇAIS. 

les veuves de qualité de mettre un cordou autour 
de leur écosson. 

Au reste, la France p'est paa le seul paya où Ton 
voie au moyen âge des ordres de chevalex'ie de fem- 
mes : Baymond Béranger, comte de Barcelone , 
établit à Tortose l'ordre de la Hache, vers 1149, 
en souvenir de ce que les femmes de cette ville 
avaient repoussé les Maures. L'ordre de TÉcharpe 
fut de même institué par Jean ?" de Castille en fa- 
veui' des femmes de Placentia, qui avaient forcé les 
Anglais à lever le siège. 
Baiai-Btprit. L'ordrc du Saint-Esprit fut institué en 1578 
pai' Henri III, qui était né, avait été élu roi de 
Pologne, et était parvenu au trône de France le 
jour de la Pentecôte. Le nombre des chevaliers 
était de cent; nul ne pouvait être admis s'il 
n'était catholique, âgé d'au moins trente-cinq ans, 
et gentilhomme de nom et d'armes de trois races 
paternelles. Les chevaliers touchaient une pension 
de 3,000 livres et jouissaient de privil^es particu- 
liers , dont les principaux étaient d'être exempts 
du ban et arrière-ban et francs de tous emprunts, 
subsides, impositions, péages, travers, passages, 



ORDRES DE GHETALERIE FRANÇAIS. 145 

fortifications, gardes et guets de villes et châteaux. 

La marque de Tordre est une croix à huit 
pointés, pommetée d'or, émaillée de blanc sur les 
bords et flamboyée d'émail vert au milieu , avec 
une fleur de lis à chaque angle ; elle est chargée 
en cœur d'une colombe d'un côté et d'un Saint- 
Michel de l'autre, avec cette devise : Duce et aus- 
pice. Les chevaliers, qui sont tous commandeurs, 
portent cette décoration suspendue à un large ru- 
ban bleii céleste passé en écharpe, et doivent, avant 
de la recevoir, être faits cheValiers de l'ordre de 
Saînt-Mîchel. Le manteau est de velours noir senlé 
de flammes d'or et orné d'une broderie qui repré- 
sente le grand collier de Tordre, composé de fleurs 
dé lis, de trophées d'armes et de la lettre H cou- 
ronnée. 

L'ordre hospitalier de Saint - Laîsare devint saint-t«xare. 
un ordre français par son adjonction en 1608 à 
celui de Notre-Dame du Mont-Carmel, institué 
par Heiiri IV. 11 avait été fondé dans la terre 
sainte en 1119, et confirmé par une bulle 
d'Alexandre IV en 1258; les chevaliers se consa- 
craient spécialement au soulagement des lépreux , 

10 



146 ORDRES DE CHEVALERIE FRANÇAIS. 

et même, dans le principe, le grand maître devait 
lui-même être un lépreux. Chassés de la terre 
sainte, ils se réfugièrent en France, où Louis VII 
leur donna la terre de Boissy, près d'Orléans. 

H fallait pour entrer dans Tordre prouver huit 
quartiers de noblesse. Les derniers grands maîtres 
furent le duc de Berry , depuis Louis XVI, et Mon- 
sieur, depuis Louis XVLll ; Tordre n'a pas été ré- 
tabli à la Restauration. 

La décoration était d'or à huit pointes, émaillée 
de pourpre et de vert, anglée de quatre fleurs de 
lis, avec un médaillon portant Timage de la sainte 
^ Vierge d'un côté et celle de saint Lazare de l'autre. 
ftaint-Looii. L'ordre de Saint -Louis fut ins^tué p^r 
Louis XIV en 1696, pour récompenser le mérite 
militaire ; pour l'obtenir , il fallait avoir servi dix 
ans dans les armées de terre ou de mer, comwe 
officier. • . 

La décoration est une croix d'or à huit pointes 
pommetées, émaillée de blanc, anglée de quatre 
fleurs de lis d'or ; le médaillon porte d'un côté Ti- 
mage de saint Louis avec la légende : tjudovicUs 
Magnus instituit 1696; de l'autre côté une épée 



ORDRES DE GHETALERIE FRANÇAIS. 



147 



flamboyante en champ de gueules, la pointe passée 
dans une couronne de laurier. 

L'ordre est divisé en trois classes : les chevaliers 
portent la croix à la boutonnière attachée à un ru- 
ban ponceau moiré ; les commandeurs portent le 
ruban en écharpe, ainsi que les grands-croix, qui de 
plus ont une plaque bordée en or sur le côté gauche 
de rhabît. Lors de sa réception, le récipiendaire 
devait s'agenouiller devant son parrain, qui le frap- 
pait d'un coup d'épée sur chaque épaule en lui 
disant : Par saint Louis , je vous fais cheva- 
lier. , 

L'ordre du Mérite militaire fut établi, par 
Loui3 XV en faveur des officiers protestant^, 
qui ne pouvaient être admis dans Tordre de 
Saint-Louis, réservé aux catholiques. Les sta- 
tuts étaient, du reste, les mêmes que ceux de 
Saint-Louis* Le ruban était ponceau moiré ; quant 

* 

à la décoration, elle était d'or à huit pointes, 
anglée de fleurs de Us, portant sur le médaillon 
une épée, la pointe haute avec cette devise : Pro 
virtute bellica. 
La république de 1789, qui avait aboli les 



Mérita 
mlUUire. 



i >• 



Léfioft 
d'honnonri 



148 ORDRES DE CHEVALERIE FRANÇAIS. 

décorations , mais qui sentait néanmoins Tutilité 
et même la nécessité des distinctions honorifiques, 
avait établi les .armes d'honneur. Le premier 
consul forma, en 1802, une Légion dTionneur, ce 
qui était un acheminement vers un nouvel ordre 
de chevalerie. 

Cette Légion était composée d'un grand conseil 
d'administration et de seize cohortes , à chacune 
desquelles était afiectée une rente de 200,000 fr. 
Chaque cohorte était composée : de sept grands 
officiers, qui recevaient une pension de 5,000 fr., 
de vingt commandants, à 2,000 fr., de trente offi- 
ciers, à 1,000 fr., et de trois cent cinquante 
légionnaires, à 250 fr. 

Le premier consul , devenu empereur, fit de la 
Légion d'honneur un ordre de chevalerie, dont il 
confia l'administration à un grand chancelier. 11 
décréta que les légionnaires prendraient le titre 
de chevalier, et la décoration fut une étoile à cinq 
rayons doubles émaillée de blanc, d'or pour les 
grades supérieurs, d'argent pour les chevaliers; 
le centre de l'étoile présentait, d'un côté la tête de 
l'Empereur, avec cette légende : Napoléon ^ empe- 



ORDRES DE CHEVALERIE FRANÇAIS. 149 

reur des Français; et de Vautre, Taigle tenant la 
foudre avec la devise : Honneur et patrie. 

Le roi Louis XVIll maintint Tordre en y appor- 
tant quelques changements ; Teffigie de l'Empereur 
fut remplacée par celle de Henri IV, et Taigle par 
les fleurs' de lis ; il y eut cinq classes : les grands- 
croix , qui portaient la décoration en écharpe, avec 
une plaque sur le côté gauche de Thabit; les grands 
officiers, qui portaient la plaque sur le côté droit ; 
les commandeurs, qui portaient la croix en sautoir; 
les officiers, qui la suspendaient à la boutonnière, 
avec une rosette, et les chevaliers, qui l'attachaient 
à un simple ruban. 

Les membres de la Légion d'honneur pouvaient 
obtenir le titre personnel de chevalier, en justi- 
fiant d'un revenu net de 3,000 fr. en immeubles. 
Lorsque l'aïeul , le fils et le petit-fils avaient été 
membres de la Légion d'honneur et avaient obtenu 
des lettres patentes de chevalerie, le petit-fils était 
noble de droit et transmettait la noblesse à ses 
descendants. 

Louis-Philippe conserva l'effigie de Henri IV, 
et remplaça seulement les fleurs de lis par des 



150 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

drapeaux tricolores ; il fit dans les règlements quel^ 
qnes changements peu importants. Aujourd'hui les 
statuts sont les mêmes, à peu de détails près, que 
sous la Sestaurat ion ; Teffigie de l'Empereur et 
l'aigle ont été rétablis sur le médaillon. 

On présente les armes aux grands-croix et aux 
grands officiers» on les porte aux autres grades. 



III 
Ordres do chevalerie européens. 

AUTRICHE. 

L'ordre Teutonique, qui est aujourd'hui sous 

la protection immédiate de l'em- 
pereur d'Autriche, doit son ori- 
gine à l'association de qiielquefl^ 
Allemands charitables, qui se réu- 
nirent à Jérusalem pour secourir 
et protéger les pèlerins. Ils se con- 
stituèrent en 1191 en ordre reli- 
gieux, hospitalier et militaire, et 
adoptèrent la règle de Saint-Augus- 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 151 

tin; leur premier grand maître, Henri de Valpot, 
fiit approuvé ainsi que son ordre par le pape Cé- 
lestin III, en H96. Cet ordre fut toujours con- 
sidéré comme un des plus illustres de la chré- 
tienté et n'admit jamais dans son sein que des 
seigneurs de haute noblesse. Appelés par Conrad , 
duc de Moravie, contre les Prussiens idolâtres , les 
chevaliers Teutons s'emparèrent peu à peu du pays, 
et au xiii* siècle ils possédaient TEsthonie, la Li- 
vonie, la Courlande, la Samogitie, la Prusse, la 
Poméranie et la Nouvelle-Marche. Au xV siècle 
commença leur décadence; ils devinrent vassaux 
de la Pologne , perdirent peu à peu leurs posses- 
sions^ et en 1805, l'empereur d'Autriche fut in- 
vesti par la paix de Presbourg des droits et des 
revenus de la grande maîtrise. 

En 1840, les statuts ont été renouvelés, et il en 
résulte que l'ordre est considéré et traité dans l'em- 
pire d'Autriche comme ordre indépendant et reli- 
gieux, sous la seule condition d'allégeance à l'eiii- 
pereur, qui s'en est déclaré le protecteur. Les 
membres font vœu de chasteté et portent un uni- 
forme militaire en drap bleu avec collet et pare- 



152 



ORDRES DE CHBTALGRIE EUROPÉENS. 



ments rouges brodés d'or. L'église conventuelle 
est à Tienne, attenant au palais du grand maître ; 
on y Toit les armes de chaque chevalier peintes 
sur un bouclier avec son nom au-dessous. 

La marque de l'ordre est une croix pattée, 
émaillée de noir, bordée d'argent et surmontée 
d'un casque d'aigent. 

L'ordre militaire de Marie-Thérèse fut fondé 

par cette princesse , en mé- 
moire de la bataille de Col- 
len , gagnée sur les Prussiens 
en 1757. Il est composé de 
trois dasses : grands-croix^ 
commandeurs y chevaliers. 
Des pensions sont affectées à 
l'ordre ainsi qu'il suit : huit 
de 1,500 florins pour les 
grands-croix, seize de 800 florins pour les com- 
mandeurs , cent de 600 florins pour la première 
division de chevaliers, cent de 400 florins pour 
la deuxième. Les veuves des membres pensionnés 
conservent la moitié de la pension. 

La décoration est une croix pattée d'or, émaillée 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 153 

de blanc , avec un médaillon rofige entouré de 
ce mot sur un cercle blanc : Fortitudini; et am 
revers une couronne de laurier avec le chiffre 
de Marie - Thérèse ; le ruban est blanc , bordé de 
rouge. 

L'ordre de Saint-Etienne, destiné à récompenser Baint-étienno 
le mérite civil, fut fondé aussi par Marie-Thérèse 
sous rinvocation de saint Etienne, premier souve- 
rain de Hongrie. La grande maîtrise est attachée à 
la couronne de Hongrie ; les chevaliers sont divi- 
sés en trois classes : grands-croix, commandeurs, 
chevaliers. 

Pour faire partie de cet ordîre, il faut faire 
preuve de noblesse jusqu'à la quatrième généra- 
tion. La réception se fait avec beaucoup d'apparat, 
et les chevaliers jouissent de grandes prérogatives : 
les grands-croix et les commandeurs sont de droit 
conseillers privés, et les chevaliers sont, s'ils le 
d&irent, élevés sans frais à la dignité de comte ou 
de baron. 

La décoration est une croix pattée, émaillée de 
vert, bordée d'or, avec un écusson rouge portant 
la couronne de Hongrie et cette devise : Pvhlicum 



IM C>IDRES DE CBETALSniE EUROPÉENS. 

[•V'riffji prœmhan; le raban est rouge, bordé de 



L'ordre de k Comonne de fer, fondé par Napo- 
léon en 1803, dans le but politique de rattacher 
les Italiens à ITmpîre et à sa dynastie, disparut 
en 1815 et fnt rétabli en 1816 par Tempereur 
d'Autriche François I*', qui dédara que la grande 
maitrise sendt inhérente à la possession de la cou- 
ronne d^Autridie. Le nombre des chevaliers est 
de cent, divisés en trois classes; ceux de la pre- 
mière classe reçoivent de Fempereur le titre de 
mon cou^. 

La décoration est une couronne d'or surmontée 
de l'aigle à deux têtes et de la couronne impériale ; 
le ruban est jaune, bordé de bleu. 

L'Autriche a encore l'ordre de Léopold, fondé 
en 1808 par l'empereur François l*"", en l'honneur 
de son père Léopold H, pour récompenser le mérite 
civil et militaire. Tordre de François-Joseph, fondé 
en 1849, et l'ordre de la Toison-d'Or, qu'on trou- 
vera au chapitre de l'Espagne. 



ORDREB DE CHETAXSBIE EUROPÉENS. 



fondé par le margrave 
Charles-Guillaume de Bade- 
Durlachjle 17 juin 1715. 
Il n'a qu'une seule classe, 
et n'est conféré qu'aux 
souverMus et aux sujets du 
grand-duché ayant le titre 
d'Excellence , comme ré- 
compense de grands servi- 
ces ou d'une fidélité éprou- 
vée à la personne du grand- 
duc. 
Les insignes sont : 1* une croix à huit pointes, 
émaillée de rouge, anglée de deux C entrelacés, 
sonnontée de la couronne grand-ducale , et sus- 
pendue à un ruban jaune bordé de blanc porté 
en écharpe; 2* une plaque à huit rayons d'ar- 
gent, reproduisant la croix et portée sur le côté 
gauche de la poitrine. Le ruban est jaune bor- 




CDuvlM-rré- 
dérlo. 



156 .ORDRES DE CHEVAL£31IE EUROPÉENS. 

dé de blanc, et se porte en écharpe de droite à 
gauche. 

Exclusivement militaire, cet ordre, institué en 
1807 par le grand-duc de ce nom, se compose de 
trois classes : grands-croix, commandeurs, cheva- 
liers. Les deux plus anciens grands-croix reçoi- 
vent une pension de 400 florins, les trois plus an- 
ciens commandeurs une pension de 200, et les trois 
plus anciens chevaliers une de 100. 

La décoration est une croix à quatre branches 
émaillée de blanc, portant sur Técusson le. chiffre 
CF et. ces mots à Tentour : Fur Badens Ehre. 
Le ruban est rouge bordé de jaunie porté en 
écharpe par les grands-croix, en sautoir par les 
commandeurs, à la boutonnière par les cheva- 
liers. 
Lion L'ordre du Lion de Zœrhingen, fondé en 1812, 

de Zaerhincen 

par le grand-duc Charles, a reçu son nom des ducs 
de Zœrhingen dont la maison de Bade est issue. 
Les statuts ont été définitivement arrêtés par le 
grand-duc Léopold en 1840. Il est divisé en quatre 
classes : grands-croix, commandeurs de première 
et de seconde classes, chevaliers. 



OÏIDBES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 157 

La croix a quatre banches émaiUées de sinople 
reliées par des agrafes d'or; le ruban est vert li- 
séré d'orange. 



BAVIERE. 

L'ordre de Saint-Georges , fondé ou renouvelé saint-««orfei 
en 1729 par l'empereur Charles VIT, fut confirmé 
en 1778 par l'électeur Charles-Théodore. 

Le roi est grand maître; le premier oflScier après 
lui est le grand prieur qui doit être un prince du 
sang. Les autres membres se partagent en grands- 
croix, eommaudeurs, chevaliers. 11 y a aussi une 
classfe ecclésiastique composée d'un évêque, un 
prieur, de doyens et de chapelains. 

La décoration est une croix à quatre branches, 
rouge, bordée de blanc, anglée de quatre pointes 
émaiUées de bleu et blanc'; l'écusson représente un 
Saint-Georges; le ruban est bleu avec un liséré 
Wanc et noir. _ > 

La Bavière a deux ordres qui donnent la no- "*îSî^!"" 

Mérite civU. 

blesse : l'un l'ordre militaire de Maximilien Jo- 
seph est partagé en trois classes : grand&^îroix, com- 




158 ORDRES DE CHBVALEniE EUROPÉENS. 

mandeurs , chevaliers ; la croix est émaîllée de 
blanc , anglée de rayons 
d'or, surmontée d'une cou- 
ronne royale et suspendue 
à un ruban noir liséré de 
blanc et de bleu; l'autre, 
l'ordre du Mérite civil, 
est aussi divisé en trois 
classes; la croix est à huit 
branches d'émail blanc re- 
liées d'une couronne de 
chêne, surmontée d'une couronne royale; le ruban 
est bleu liséré de blanc. 

L'ordre de Saint-Hubert a été fondé au sV siècle 
par Gerhard, duc de Juliers , en souvenir de la 
bataille de Eavensberg gagnée par lui sur Arnold 
duc de Gueldre, le jour de la Saint-Hubert. Il le 
donna à tous ses chevaliers qui portaient pour- in- 
signe une chaîne d'or composée de cors de châsse, 
ce qui le fit aussi appeler ordre du Cor. 

Il demeura obscur jusqu'en 1709, quel'électeur 
palatin Jean Guillaume, possesseur du duché de 
Juliers, le ressuscita et lui donna de nouveaux 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 159 

statuts, U créa sept principaux officeirs : le lieu- 
tenant du grand maître, le chancelier, le vice- 
chancelier, le secrétaire , le trésorier, le héraut 
d'armes et le conservateur des insignes. Les che- 
valiers étaient reçus capitulairement à la pluralité 
des voix et versaient une somme de 100 ducats 
pour les pauvres. Ils portaient un cordon rouge et 
une croix d'argent dans une étoile d'or avec la 
devise : In fidelitate eonstans. 

Les statuts subirent encore des modifications 
sous les électeurs suivants. Enfin le roi Maximilien- 
Joseph le lia à celui du Mérite civil et le déclara 
le premier ordre de l'État. 

La décoration est à huit pointes pommetées, 
émaillée de blanc, semée de flammes, anglée de 
pointes d'or et surmontée d'une couronne royale ; le 
ruban est ponceau avec une étroite bordure verte. 

Les autres ordres bavarois sont ceux de Louis, 
de Saint-Michel et ceux d'Elisabeth et de Thérèse, 
institués en faveur des dames. Ce dernier, qui n'est 
<k>nféré qu'à des Mes nobles sans fortune, entraîne 
la jouissance d'une rente annuelle de 300 florins, 
qui s'éteint au mariage de la titulaire» 



0HDHB6 DE CHBVALKRIE BUHOPAbNS. 



L'ordre civil et militùre de Léopold a été créé 
le H juiUet 1833. II fut d'à. 
bord divisé en quatre classes : 
grands cordons, commaudeors, 
officiers et dievaliers, mais une 
loi da 25 décembre 1838 créa 
une cinquième classe , les 
grands officiers. 

Le roi est grand maître de 
l'ordre; les nominations lui 
appartiennent et doivent être 
précisées et publiées. 

La décoration est une croix à quatre brafieèes 
émaillées de blanc, reliées par une couronne de 
chêne et de laurier et surmontées d'uae couronne 
royale. L'écusson, de sable, porte d'un côté le lion 
belge et de l'autre le chiffre du roi régnant. L'ordre 
militaire se distingue par deux glaives croisés sous 
la couronne. Le ruban est ponceau moiré. 

Les grands-croix portent la décoration suspendue 




ORDRB8 DE GHE VALERIE EUROPÉENS. 161 

au ruban passé en écharpe de droite à gauche et la 
plaque de Tordre brodée sur Thabit. 

Les grands officiers portent une plaque d'un 
autre modèle; 

Les commandeurs, la décoration en sautoir; 

Les officiers et les chevaliers, la décoration à la 
boutonnière, les premiers avec une rosette, les 
autres avec le simple ruban et la croix en argent. 

La décoration de la Croix de fer, instituée par 
un décret du gouvernement provisoire du U jan- 
vier 1831, et destinée à récompenser les citoyens 
qui ont pris part à la révolution belge, a été défini- 
tivement constituée par arrêté du 21 février 1835. 

C'est une croix à quatre branches portant au 
centre le lion belge et au revers le millésime 1830. 
Le ruban est rouge, bordé de chaque côté d'un 
liséré jaune et noir. 



Cbroix de f«r 



11 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 



Le plus illustre des ordres du Brésil est celui 
' / de Pedro , fondé par 
don Pedro I"; il n'a 
qu'une seule classe et 
ne se confère qu'aux 
souverains. 

La décoration est 
une étoile énmillée de 
^ blanc,reposant sur une 
autre étoile enflammée 
d'or, à cinq rayons; 
le ruban est vert moiré 
et se porte en écharpe. 
L'ordre du Cmzeiro , institué par don Pedro I" 
en 1822, est divisé en quatre classes : grands- 
croix , dignitaires , officiers , chevaliers. 

La croix est à cinq rayons et dix pointes, émail- 
lée de blanc reposant sur une couronne composée 
d'un côté de feuilles de cafier, et de l'autre de 
feuilles de cacaotier, le tout surmonté de la cou- 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 163 

ronne impériale» Le ruban est bleu; les grands- 
croix le portent en écharpe, les dignitaires en 
sautoir, les deux autres classes à la boutonnière. 

Ce fut aussi don Pedro 1" qui fonda Tordre de i* hom. 
la Rose en 1829, à Toccasion de son mariage 
avec la princesse Amélie de Leuchtenberg ; il est 
destiné à récompenser le mérite civil et militaire, 
et se compose de grands-croix, qui doivent avoir 
le titre d'Excellence, de dignitaires qui doivent 
avoir la senhoria^ d'officiers qui doivent avoir le 
rang de colonel, et de chevaliers qui doivent avoir 
le rang de capitaine. 

La marque de Tordre est une étoile à six rayons, 
émaillée de blanc, reposant sur une couronne de 
roses; Técusson porte le chiffre P. A. et cette 
inscription : Amor e fideldade. Le ruban est rose 
avec une bordure blanche. 

L'empereur du Brésil confère encore les ordro^ 
du Christ, d'Avis et de Saint-Jacques de TEpée, 
qui sont originaires du Portugal ; ils ne diffèrent 
des ordres portugais qu'en ce que la dé>coration est 
surmontée de la couronne impériale , et que les 
rubans des ordres du Christ et de Saint-Jacqties 



164 ORDRES DE GHETALERIE EUROPÉENS. 

ont un liséré bleu, et celui d'Avis un liséré in- 
carnat. 

BRUNSWICK. 

HanrMe^on. L'ordrc dc Henri-le-Liou a été institué en 1834, 
par le duc Gjiillaume , pour honorer la mémoire 
de son ancêtre. L'ordre est divisé en quatre clas- 
ses : grand' croix, commandeurs de première classe, 
commandeurs de deuxième classe, chevaliers. 

La décoration consiste en une croix octogone 
émaillée d'azur, pommetée d'or. Les armes de 
Brunswick et ses cimiers sont reproduits sur la 
croix : le cheval passant sur Técusson de gueules du 
^ milieu, la queue de paon avec l'étoile sur la branche 

supérieure, le heaume sur la branche inférieure, les 
plumes de paon sur les deux bras; aux angles, le 
chiffre couronné du grand-duc, le tout sommé d'un 
lion d'or passant et de la couronne ducale. Le mban 
est rouge liséré de jaune et doit être porté en 
écharpe par les grands-croix, en sautoir par les 
commandeurs, et à la boutonnière par les cheva- 
liers. 



OBDHRS DE CHEVALRRIE EUROPEENS. 



DANEMARK. 




L'origine de l'ordre de l'Éléphant est fort in- 
' certaine, les uns la reculent 
au temps de Canut VI, au 
xir siècle, d'autres se con- 
tentent d'attribuer sa fon- 
dation à Christiern I". Le 
gouvernement dans ses décla- 
rations officielles fixe son 
origine au commencement du xv siècle ; il fut re- 
nouvelé en 1458 par Christiern I", et confirmé 
par ies papes Pie V et Sixte VI. Les statuts ont 
été renouvelés par Christiern V en 1693. 

Le nombre des chevaliers est limité à trente, 
non compris les princes du sang. Il faut pour en 
faire partie faire profession de la religion évan- 
gélique, avoir trente ans au moins et avoir été dé- 
coré de l'ordre de Dannebrog. 

La marque de l'ordre est un éléphant blanc 
chargé d'une tour d'ai^nt maçonnée de sable, ca- 
paraçonné d'or et suspendu à un grand cordon 



S«iui«brof. 



166 OKDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

bleu ou à un collier composé d'éléphants et de tours. 
La devise de l'ordre est : Magnanimi pretium. 

Dans les jours de gala les chevaliers portent un 
juste-au-corps et des culottes de satin blanc, un 
manteau à queue de velours cramoisi avec four- 
rure blanche et capuchon. Le chapeau est de ve- 
lours noir orné de plumes blanches et rouges. 

L'ordre de Dannebrog fut institué en 121 SL; 
voici comment la chronique raconte sa fondation : 
Waldemar II, roi de Danemark, avait livré bataille 
aux Livoniens et ses troupes commençaient à plier, 
lorsque tout à coup le bruit se répandit qu'un 
drapeau miraculeux était tombé du ciel ; aus- 
sitôt leur courage se ranime, elles combattent 
avec une nouvelle ardeur et remportent la victoire. 
Ce drapeau, sur lequel on voyait une croix blanche, 
fut nommé Dannebrog, et le roi fonda en souvenir 
de cet événement miraculeux un ordre de chevale- 
rie. Il s'éteignit vers l'an 1500, mais Christiern V 
le rétablit en 1671, et ses statuts furent successi- 
vement modifiés en 1808 et 1812. 

Les chevaliers sont divisés en quatre classes : 
grands commandeurs avec le titre d'Excellence , 



ORDHES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 167 

grands-croix, commandeurs et chevaliers. Outre ces 
quatre classes , il y a encore les Dannebrogmanns 
(hommes de Dannebrog), qui portent une croix en 
argent et jouissent de plusieurs prérogatives. 

La décoration pour les chevaliers est une croix 
pattée émaillée de blanc, bordée d'or et de gueules, 
et surmontée du chiffre du roi régnant, avec une 
couronne d'or ; le ruban est blanc bordé de rouge. 

Les grands commandeurs la portent en sautoir, 
garnie de brillants, avec la plaque sur le côté 
gatiche de Thabit. 

Les grands-croix la portent suspendue au ruban 
en écharpe. 

Les commandeurs la portent au cou avec plaque, 
et les chevaliers sans plaque. 



ESPAGNE. 

L'ordre de la Toison*d'Or fut institué en 1430 Toiion-d'or. 
par Philippe le Bon, duc de Bourgogne , à l'occa- 
sion de son mariage avec Isabelle de Portugal. Les 
historiens ne sont pas d'accord sur l'origine de son 
nom ; les uns l'attribuent à la toison de Jason, les 



168 ORDBBe DB CHEVALERIE EUROPÉENS. 

autres à celle de GMéon ; qaoi qu'il en soit, il ftit 
fondé en l'houueur de saint André et placé sons sa 
protection. Le nombre 
des cheTaliers fut fixé à 
trente et un; tous les 
ans ils devaient se réu< 
nir et tenir un chapitre 
solennel. Mais bientôt 
ces chapitres n'eurent 
lieu que tous les trois 
ans, puis à des époques 
indéterminées fixées par 
le souverain; le dernier 
se tint à Gand, dans 
l'église de Saint- Bavon, 
enl5S9. On y faisait l'é- 
loge des chevaliers tré- 
passés , on réprimandait 
ceux qui avaient commis 
quelquefaute,etl'onpro- 
clamaitlesnouveAuxélus. 
La Toison-d'Or est aujourd'hui conférée par 
deux souverains, la reine d'Espagne et l'empereur 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 169 

d'Autriche ; en voici la raison : les statuts de Tor- 
dre portaient que si la ligne mâle venait à s'étein- 
dre, répoux de la fille du dernier duc deviendrait 
le chef souverain ; en conséquence , Maximi- 
lien r% archiduc d'Autriche, époux de Marie, 
fille unique de Charles le Téméraire, prit le titre 
de grand maître. Après l'abdication de Charles- 
Quint^ petit*fils de Maximilien , la maison espa- 
gnole-autrichienne resta en possession de ce titre. 
Lorsque Philippe II céda à sa fille la souverai- 
neté des Pays-Bas, souveraineté dépendant autre- 
fois de la maison de Bourgogne, il lui accorda le 
titre de duchesse de Bourgogne, mais en spécifiant 
ceci 2 « Nonobstant que nous ayons réservé pour 
aussi longtemps qu'il nous plaira, pour nous et 
pour le prince notre fils, ledit titre de duc de Bour- 
gogne, avec tous les droits qui nous y peuvent 
compéter conjointement à la hautesse et souve- 
raineté de notre ordre de la Toison-d'Or, dont nous 
en retenons la faculté de pouvoir déposer en 
temps à venir, comme pour le mieux nous le trou- 
verons convenir. » 
L'ordre fut donc uniquement attaché à la cou- 



170 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

ronne d'Espagne jusqu'à la guerre delà Succession, 
époque à laquelle rarchiduc Charles se saisit des 
archives de l'ordre et les transporta à Vienne. 
Devenu empereur sous le nom de Charles VI, il se 
déclara grand maître de la Toison-d'Or comme sou- 
verain des Pays-Bas , malgré les justes protesta- 
tions de Philippe V, légitime héritier des rois 
d'Espagne. 

Marie - Thérèse , fille de Charles VI , apporta la 
grande maîtrise à son époux François I", et depifiis 
ce temps l'ordre a toujours eu deux grands maîtres 
dans les souverains d'Espagne et d'Autriche. 

Les insignes sont un mouton d'or suspendu à un 
collier composé de fusils et de cailloux d'où sortent 
des étincelles avec cette devise : A nie ferit quant 
flamma micat. Le grand costume des chevaliers 
se compose d'une robe en velours rouge recouverte 
d'un manteau de même étoffe, doublé de satin 
blanc brodé d'or, avec une barette, des souliers et 
des bas rouges, 
saint^jaoqae». Les uombrcux pèlerins de Saint-Jacques de 
Compostelle étaient souvent maltraités et dé- 
pouillés par les Maures , maîtres d'une partie de 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 171 

l'Espagne; leschanoines de Saint-Éloi, qui suivaient 
la règle de Saint-Augustin, bâtirent plusieurs hôpi- 
taux pour les recevoir et les soigner ; treize gentils- 
hommes se joignirent à eux et firent vœu de dé- 
fendre le passage contre les Infidèles. Telle fui 
l'origine de l'ordre de Saint- Jacques, qui fut con- 
stitué et approuvé par le pape en 1175 et dont la 
réputation s'étendit bientôt dans toute l'Espagne, 
Après la mort du grand maître Alphonse de Car- 
deras, le pape Alexandre VI, sur la demande de 
Ferdinand et d'Isabelle la Catholique , réunit la 
grande maîtrise à la couronne d'Espagne. 

Don Denis, roi de Portugal, appréciant la valeur 
des chevaliers de Saint-Jacques , les attira dans ses 
Etats et créa un grand maître qu'il établit à Sal- 
mella. Plus tard, le pape Jules II annexa la 
grande maîtrise à la couronne sous le roi Jean III. 
Enfin, l'ordre ayant été importé au Brésil par 
l'empereur don Pedro est aujourd'hui conféré par 
trois souverains, le roi d'Espagne, le roi de Por- 
tugal et l'empereur du Brésil. 

La décoration est une croix rouge en forme 
d'épée, dont la garde est fleurdelisée; eUe se sus- 



172 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

pend à un ruban rouge, et dans les jours de céré- 
monie à un collier d'or à triple rang. 
oaiatrtva. . L'ooginc dc Tordrc de Calatrava est des plus 
chevaleresques : la ville de Calatrava , autrefois 
place frontière du royaume de Castille, était gardée 
par les Templiers ; les Maures dirigèrent contre 
cette ville une expédition si considérable que les 
Templiers, désespérant de la défendre, la remirent 
à Sanche III, roi de Castille. Deux moines de 
Cîteaux se présentèrent alors et offrirent ^e 
soutenir le siège ; Fun d'eux, dom Raymond, était 
abbé de Sainte-Marie, l'autre, dom Diego de Vêlas- 
quez, s'était acquis autrefois dans les armes une 
grande réputation. Leur offre fut acceptée; leur 
généreux projet excita l'émulation d'une foule de 
gentilshommes qui se joignirent à eux, et Cala- 
trava se trouva si bien défendu que les Maures 
renoncèrent à l'attaquer. Le roi donna la ville en 
fief à ces deux moines guerriers, qui y établirent 
un ordre religieux approuvé en H64 par le pape 
Alexandre III ; la noblesse y entra en foule et il 
devînt un des plus célèbres et des plus riches 
d'Espagne. 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 173 

Ses privilèges étaient des plus considérables ; les 
chevaliers pouvaient continuer la guerre, même 
quand la paix avait été jurée par le roi ; ils étaient 
exempts de toute charge , de toute contribution, 
de toute juridiction, et leurs troupeaux pouvaient, 
comme ceux du roi, paître sur toute l'étendue du 
royaume, et les bergers couper partout le bois dont 
ils avaient besoin. 

La grande maitrise fut réunie à la couronne 
de.Castille sous le règne de Ferdinand le Catho- 
lique. 

La marque de llordre est une croix rouge fleur- 
delisée* . 

Cet ordre, fondé en 1176 par Suero et Gomez Aicantaw. 
Barriento, porta d'abord le nom de Saint- Julien 
du Poirier ; il prit le norad'Alcantara lorsque cette 
ville lui eut été cédée en 1218 par les chevaliers 
de Calatrava. Par reconnaissance, les chevaliers 
d'Alcantara se reconnurent dépendants de ceux-ci, 
mais bientôt cette sujétion leur pesa, et ils s'en 
firent relever par le pape Jules II. La grande maî- 
trise fut réunie à la couronne de Castille en 1425, 
sous Ferdinand le Catholique. 



te MonteMt. 



174 ORDRES D£ CHEVALERIE EUROPÉENS. 

La croix est verte et de la même forme que celle 
de Calatrava. 

L'ordre de Notre-Dame de Montesat fut fondé 
en 1317 par Jacques II, roi d'Aragon, qui lui 
donna les commanderies du Temple après l'aboli- 
tion de cet ordre. 

Les statuts et la juridiction étaient les mêmes 
que ceux de Calatrava. La grande maîtrise fut 
réunie à la couronne sous Philippe IL 

La marque de l'ordre est une croix de gueules 
dans un losange de même, surmontée d'un casque 
et de drapeaux d'or et suspendue à un ruban rouge. 

Pour entrer dans les quatre ordres dont nous 
venons de parler, îl fallait faire preuve de pureté 
de sanQj c'est-à-dire prouver qu'il n'y avait jamais 
eu dans sa famille ni juif, ni Maure, ni hérétique, 
ni personne qui eût été condamné par le tribunal de 
l'inquisition, 
cmaries ui. L'ordrc de Charles III fut fondé par ce prince 
en 1771, à l'occasion de la naissance de l'infant 
Charles-Clément. Il fut mis sous l'invocation du 
mystère de la Conception immaculée de la sainte 
Vierge et confirmé par le pape Clément XIV en 



ORDRES DE CHEVALERIE EOROPÉEMS. 175 

1772. Supprimé en 1808 par Joseph -Napoléon, 
> comme tous les autres or- 

dres espagnols, il fut rétabli 
en 1814. 

Il se composait de 60 che- 
valiers grands-croix avec le 
titre d'Excellence, 200 che- 
valiers pensionnés à 4,000 
réaux, et d'un nombre illi- 
mité de chevaliers surnumé- 
raires. 

En 1847 les statuts fu- 
rent modifiés ; l'ordre est 
maintenant divisé en quatre classes : grands-croix, 
commandeurs effectifs, commandeurs et cheva- 
liers. 

La croix est à huit pointes, cantonnée de fleurs 
de lis, portant d'un côté l'image de la Conception 
avec cette devis'e : Virtuti et mérita, et de l'autre 
le chifire de Charles III. Le ruban est bleu et 
blanc. 

Cetordrefut institué par Charles IV en 1792; i 
voici les termes du décret : « Afin que la reine notre 




Ferdinand. 



176 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

épouse bien-aiméeait un moyen de ^us de téflK)i- 
gner sa bienveillanœ aux dames nobles qui se dis- 
tingueront par leurs services, leurs preuves d'atta- 
chement et leurs vertus, nous avons résolu de 
fonder un ordre de dames nobles qui sera appelé : 
ordre royal de la reine Marie-Louise. La reine 
nommera les dames qui devront en &ire partie. 

« L'ordre aura pour patron et protecteur notre 
glorieux ancêtre saint Ferdinand; chaque dame sera 
obligée par cette institution de visiter une fois par 
mois un des hôpitaux publics de fenunes, ou autre 
établissement public, maison de charité ou asile ; 
elle devra aussi entendre et faire célébrer tous les 
ans une messe pour les dames de l'ordre qui seront 
décédées. » 

La croix est à huit rayons, blanche et bordée 
d'émail violet, cantonnée de deux lions et deux 
tours d'or; au milieu est un ovale avec l'effigie de 
saint Ferdinand. Le ruban violet et blanc se porte 
en écharpe. 

L'ordre de Saint- Ferdinand, créé par les Certes 
en 1811, fut réservé exclusivement aux militaires 
par une ordonnance de Ferdinand VII, @n i815« 



ORDRES D£ CHEVALERIE EUROPÉENS. 177 

La croix a quatre branches d'or émaillées de 
blanc avec un médaillon portant d'un coté Timage 
de saint Ferdinand avec ces mots : al merito militar^ 
et de l'autre : dreyyla patria. Le ruban est rouge 
avec des lisérés jaunes. 

11 y a cinq classes de croix : 

La croix simple ou de première classe. 

La croix avec laurier ou de deuxième classe, ré- 
servée à des actions éclatantes et déterminées. 

La croix de troisième classe, pareille à la pre- 
nûère, avec plaque. 

Celle de quatrième classe, pareille à la seconde, 
avec plaque. 

Enfin celle de cinquième classe ou grand'croix, 
qui donne le titre d'Excellence. 

Les sous-oflËiciers et soldats portent une croix 
d'argent. 

Outre Tordre de Saint-Ferdinand, il y a encore »•*»*•- 
en Espagne deux ordres exclusivement militaires : '••**•"• "• 
celui de Sainte-Hermenegilde, . institué en 1814 
par Ferdinand VII, et celui d'Isabelle II, fondé par 
le même prince pour solenniser la prestation de 
serment à l'infante Marie-lsabelle-Louise, comme 

12 



IftabeUa- 
la-G«lhoIiqae. 



178 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

princesse héréditaire de la couronne, à défaut de 
mâle. 

Les insignes, pour le premier, sont une croix 
émaillée de blanc suspendue à un ruban cramoisi 
bordé de blanc; pour le second, une croix à quatre 
branches suspendue à un ruban bleu. 

li'ordre royal américain dlsabelle-la-Catholîque 
fut institué en 1815 par Ferdinand Vil, pour ré- 
compenser la loyauté et le mérite, particulièrement 
pour la défense et la conservation des domaines des 
Indes. Cet ordre a pour patronne spéciale sainte 
Isabelle, reine de Portugal, et se divise en trois 
classes : 

Les grands-croix, qui portent le grand cordon et 
la plaque; 

Les commandeurs, qui portent la décoration sus- 
pendue au cou; 

Les chevaliers, qui la portent à la boutonnière. 

La croix est d'or, à quatre branches, émaillée de 
îouge. entourée de rayons; sur Técusson on voit les 
globes du monde qui représentent les Indes avec 
ces mots en exergue : à la lealtad acrisolada; au 
revers le chiffre du roi Ferdinand avec cette in* 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 179 

scription : por Isabel la Catolica. Le ruban est 
blanc bordé de jaune. 



ETATS-HOMAINS. 

L'ordre de Saint-Sylvestre, autrefois de l'Éperon 
d'or ou de la Milice dorée, 
est un des plus anciens qui 
existent, puisque certains 
auteurs' le font remonter à 
Constantin, qui l'aurait fait 
approuver par le pape Syl- 
vestre.Quoi qu'il en soit, les 
chevaliers jouissaient d'im- 
portants privil^s, entre 
autres du droit de porter le 
titre de chevaliers dorés, comtes de Latran, et de 
transmettre la noblesse à leurs descendants. 

Paul in accorda à son neveu Sforza le droit 
de conférer cet ordre, qui fut prodigué et tomba 
en discrédit; divers prélats, entre antres les 
nonces, avaient le droit de créer chacun dens che- 
valiers. 




180 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

Grégoire XVI reconstitua Tordre en 18 il et 
liiî donna le nom de Saint-Sylvestre; il annula 
toutes les nominations du saînt-siége et fixa le 
nombre des commandeurs à cent cinquante et celui 
des chevaliers à trois cents, non compris les 
étrangers. ^ 

La croix est octangulaire, avec l'image du saint 
sur le médaillon et un éperon d'or sous la branche 
inférieiu^e; le ruban a cinq bandes, deux noires 
et trois rouges. 
GiiriBi. Le pape Jean XXII, en confirmant en 1 319 Tor- 

dre du Christ, fi}ndé par Denis, roi de Portugal, se 
réserva, pour lui et ses successeurs, le droit de 
conférer cet ordre qui n'a qu'une seule classe. La 
croix est en émail rouge et se suspend à la bouton- 
nière ou au cou par un ruban de même couleur. 
oré**oSîî^i«- L'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, fi)ndé en 
1 831 , est divisé en trois classes : les grands-croix, 
les chevaliers commandeurs et les simples cheva- 
liers. 

La croix est à quatre branches d'or, émaillées de 
pourpre; au centre, un cercle d'or à fond d'azur, 
avec le buste de saint Grégoire et un Saint-Esprit 



Grand. 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 



181 



en or; au revers un cercle d'azur avec la devise: 
Pro Deo et principe. La croix est surmontée d'un 
trophée en or pour le militaire, et d'une couronne 
de laurier en émail vert pour le civil; le ruban est 
rouge bordé d'orange. 

Cet ordre, institué par une bulle du 1 7 juin 
1847, est divisé en chevaliers de première et de 
seconde classe ; à la première est attachée la no- 
blesse héréditaire; à la seconde, la noblesse person- 
nelle. 

La décoration est une étoile à huit rais d'azur, 
portant au centre un médaillon blanc avec cette 
inscription : Pius /X, et la légende : Virtuti et 
mérita. 

Le ruban est bleu foncé, liséré de rouge ; les 
chevaliers de première classe le portent en écharpe, 
les chevaliers de deuxième classe attaché sur le 
côté gauche de l'habit. 



Ord/e 
d« Pie IX. 



GRANDE-BRETAGNE. 



L^ordre de la Jarretière qui est le premier des jarretière, 
ordres anglais est un de ceux qui ont conservé le 



182 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

plus de prestige. H fut fondé par Edouard IH 
enl3S0. Les historiens ne s'accordent 
pas sur les circonstances qui occasion- 
nèrent sa fondation; la version la plus 
répandue veut que le roi l'ait créé en 
l'honneur de la comtesse de Salishory 
dont il avMt ramassé la jarretière 
dans un bal, avec un empressement 
qui fit sourire les courtisans et leur at- 
tira ces paroles, qui devinrent la devise 
de l'ordre : Honni soit qui mal y pense. 
D'autres racontent qu'Edouard III avait 
donné pour mot d'ordre à la bataille de 
Crécy le mot garter (jarretière) et vou- 
lut, en fondant cet ordre, en perpétuer 
le souvenir. Quoi qu'il en soit, cette 
décoration devint Tune despliffi illustres 
de l'Europe, et fut en Angleterre ce 
qu'était le Saint-Esprit en France et la 
Toison -d'Or en Espsigne. Elle a tou- 
jours été , à quelques rares exceptions 
près, réservée à la pairie, et très-rarement accor- 
dée aux étrangers. 



W/ 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 183 

La jarretière est en velours bleu-ciel et se porte 
au genou gauche. Le chevalier peut Tenrichir de 
pierreries et de perles ; celle que Charles 1*' portait 
le jour de son exécution était ornée de quatre 
cents diamants. 

Le collier et l'insigne furent ajoutés par 
Henri Vil, et Tétoile suspendue à un ruban bleu, 
par Charles P'. Dans le principe, le nombre des 
chevaliers était de vingt-cinq , non compris le roi, 
les princes et les étrangers ; aujourd'hui il est plus 
considérable. 

Un jour que Henri IV, roi d'Angleterre, était au ®2îln*" 
bain, on vint lui dire que deux veuves venaient 
lui demander justice; aussitôt il sortit du bain en 
disant : « L'exercice de mes devoirs de roi doit 
passer avant mon plaisir. » Bientôt après, en jan- 
vier 1399^ il fonda un ordre qu'il appela l'ordre 
du Bain. 

Pendant longtemps, on suivit à la réception des 
chevaliers certaines pratiques bizarres : ainsi on 
commençait par raser le récipiendaire, qu'on met- 
tait ensuite dans le bain en lui versant de l'eau sur 
les épaules; au sortir du bain on le mettait au lit, 



184 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

OÙ il devait rester quelques heures, puis il passait 
la nuit en prière h l'église, et après une nouvelle 
station dans son lit on le conduisait au chevalier 
qui devait lui donner T accolade. 

Cet ordre, reconstitué par Georges I*% se di- 
vise en trois classes : grande-croix, commandeurs, 
chevaliers. 

L'insigne est une croix à huit branches entourée 
de rayons, suspendue à un ruban rouge bordé de 
bleu. Un chevalier duBain doit en résigner le ruban 
rouge en recevant le ruban bleu de la Jarretière. 
Sïdoï Outre ces deux ordres, TAngleterre a encore 
celui du Chardon, qui est fort ancien et qu'on 
fait même remonter au temps de Charlemagne. 
Jacques II le fit revivre et l'emporta dans son 
exil; la reine Anne le rétablit en 1703. 

Le nombre des chevaliers n'est que de douze, 
sans compter le roi ; l'étoile porte le chardon em- 
blématique avec cette devise : Nemo me impune 
lacessit, et se suspend à un ruban vert. 
Saint-Patrick. L'ordrc irlandais de Saint-Patrick, fende par • 
Georges III en 1783, est composé de vingt-deux 
chevaliers choisis parmi les pairs d'Irlande. 



ORDARS DK r.HEVALF.niE EI'ROPTÎENS. 185 

Le ruban est bleu ; l'étoile porte un trèfle en 
émail rert avec nne couronne h chaque pointe et 
cette devise ; Çuid separabit. 

L'ordre de Saint- Michel et de Saint-Georges, inr 
stitué dans les îles lonniennes, est réservé à leurs 
habitants et à leurs administrateurs. 



La Grèce n'a qu'un ordre de chevalerie, celui du 
Sauveur fondé en 1 833 par 
le roiOthon. 

Il est divisé en cinq clas- 
ses : grands-croix, grands 
commandeurs , comman - 
deurs, chevaliers à la croix 
d'or, chevaliers à la croix 
d'argent. 

La décoration consiste en 
une croix octogone, émaillée 
(te blanc et surmontée de la couronne royale; 
l'écusson du milieu représente d'un côté les armes 
du royaume entourées de la légende en grec : Ta 




18G ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

droite^ Seigneur, a été glorifiée dans sa force; de 
l'autre, l'e£Bgie du fondateur avec l'inscription: 
Othon, roi de Grèce, Le ruban est bleu clair liséré 
de blanc. 

Les chevaliers la portent à la boutonnière, les 
commandeurs en sautoir, les grands commandeurs 
de même avec plaque, les grands-croix en écharpe. 



L'ordre des Guelfes fut fondé en 1815 par le 
prince régent Georges HE , 
après la réunion du Hanovre 
à la Grande-Bretagne. 

Il se divise en cinq classes : 
grands-croix, commandeurs de 
première classe , commandeurs 
de deuxième classe, chevaliers, 
possesseurs de la crois d'ar- 
gent. La marque de l'ordre est 
une croix à huit rayons en or 
■ mat , anglée de quatre lions en or ( anciennes 
armes des Guelfes); sur l'écusson on voit le cheval 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 187 

blanc de la maison de Brunswick et cette devise : 
Nec aspera terrent. Le tout est sunnonté de la 
couronne royale et d'un globe impérial ; le ruban 
est bleu de ciel. 



HESSE ELECTORALE. ^ 

L'ordre du Lion d'or, fondé en 1790 par le non a-or. 
landgrave Frédéric II, ne formait qu'une classe, 
sous le patronage de sainte Elisabeth de Hongrie, 
une des ancêtres du landgrave. L'électeur Guil- 
laume I" changea les statuts en 1818 et décida 
que Tordre aurait désormais quatre classes : 
grands-croix, commandeurs de première et de se- 
conde classe^ chevaliers. 

La décoration varie suivant les grades: les 
grands-croix portent, suspendu à un ruban rouge 
en écharpe, un bijou oval en or renfermant un lion 
rampant avec cette devise : Virtuti et merito ; 
les commandeurs portent en sautoir une croix 
émaillée de rouge, et dont le médaillon repose sur 
une étoile ; les chevaliers portent à la boutonnière 
une croix plus petite et sans étoile. 



Hmobi* d« f«r 



188 ORDRES DE CHEVALERIE EI'ROPÉENS. 

Juftai^e. L'ordre du Mérite militaire a été fondé en 1 769 
par le landgrave Frédéric II. Il n'a qu'une classe, 
et la croix, qui est d'or émaillée de rose, anglée de 
quatre lions rampants, se porte suspendue au cou 
par un ruban bleu liséré de blanc. 

Cet ordre comprend deux classes de chevaliers 
et une grand'croix qui n'est accordée qu'à un gé- 
néral ayant pris une part décisive au gain d'une 
bataille. 

La décoration est une croix de Brabant noire, 
en fer fondu, bordée d'argent, chargée d'un heaume 
ouvert au milieu et suspendue à un ruban rouge 
liséré de blanc. 



HESSE GRAND-DUCALE. 

BMrito. Cet ordre, fondé en 1807 par le grand-duc 

Louis I", sous le nom d'ordre de Mérite de la 
maison du Hesse, pour récompenser le mérite civil 
et militaire, reçut son nom actuel du grand-duc 
Louis II, qui modifia les statuts. Il est divisé en 
quatre classes ; grand^^croix, commandeurs de 
première et seconde classe, chevaliers. 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 189 

La croix est d'or, émaillée de noir, orbée de 
gueules; Técusson, aussi de gueules et cerclé de 
blanc, porte un L et la légende : Fur verdienste. 
Le ruban est noir à bords rouges. 

Cet ordre, fondé en 1840 par le grand-duc jJiifnî^me 
Louis II pour honorer un de ses plus glorieux an- 
cêtres, est aussi divisé en quatre classes. 

La décoration est une croix pattée émaillée de 
blanc, portant sur le médaillon Teflâgie de Philippe 
le Magnardme, avec ces mots : Si Deus nobiscum, 
quis contra nos? 

Le ruban est rouge libéré de blanc. 



HOHENZOLLEKN. 

Les princes Frédéric de Hohenzollern-Hechin- Hoh«n»oiierii. 
gen et Charles de HohenzoUem - Sigmaringen 
avaient institué en 1841 une décoration divisée 
en quatre classes, deux croix et deux médailles. 
Lorsque ces principautés eurent été réunies à la 
Prusse en 18S0, les deux princes, avec Tautorisa- 
tion du roi de Prusse, modifièrent la constitution 



190 ORDRES DE CHEVALERIE .EUROPÉENS. 

de leur ordre , qui consiste maintenant en trois 
classes : 

1* La croix d'honneur de première classe est 

octogone, d'or émaillé de blanc liséré de noir. Au 
centre un médaillon d'émail blanc représentant 
le blason de HohenzoUem avec cette devise à l'en- 
t^ur : A la fidélité et au mérite. Les branches de la 
croix sont reliées par une couronne de laurier et 
de chêne; 

2° La croix d'honneur de deuxième classe, sem- 
blable, mais de moindre dimension ; 

3® La croJLx d'honneur de troisième classe, qui 
est en argent. 

Le ruban est blanc avec trois raies noires. 

A ces croix correspondent une médaille d'hon- 
neur et une médaille de mérite en argent. 



LUXEMBOURG. 

couponne Foudé cu 1841 par le srand-duc Guillaume II, 

de chêne. * C5 

Tordre de la Couronne de chêne récompense les 
services civils et militaires et se compose de quatre 
classes de chevaliers 



ORDRES HP CHEVALERIE EUROPÉENS. lÔl 

Les chevaliers de la première classe portent le 
titre de grands-croix. 

Les chevaliers de la seconde classe portent cehii 
de chevaliers de Tétoile de Tordre. 

Les chevaliers de la troisième classe portent 
celui de commandeurs. 

Enfin les simples chevaliers de quatrième classe. 

La décoration consiste en une étoile formée de 
quatre branches portant au centre un W surmonté 
de la couronne grand-ducale avec la légende : Je 
maintiendrai, entourée d'une couronne de chêne. 
Le ruban est jaune-orange moiré, avec trois raies 
vert foncé. 



OLDENBOURG. 



Mérite 

ierre-P 

déric-Louis. 



Cet ordre a été institué en 1 829 par le grand- dewerre-pré 
duc Paul-Frédéric-Auguste» Il se compose de 
grands-croix, grands commandeurs, petites-croix ; 
ces dignitaires sont capitulaires ou honoraires ; les 
capitukires touchent, suivant leur grade^ une pen- 
sion de 500, 400* 300 et 200 écus d'or par an. La 



Constantin. 



193 OHDRkS» DE GU£VALKIU£ EUROPÉENS. 

classe des membres hononiires ne oontient, ea 
en excitant les princes de la maison grand- 
ducale, que quatre grimâft-croix, quatre grands 
commandeurs, huit commandeurs, seize petites- 
croix. 

La décoration est une croix latine émaillée de 
blanc, bordée d'or et sommée d*une couronne. Le 
médaillon représente d'un coté le chiffre de Pierre- 
Frédéric-Louis, avec la devise de l'ordre : Un 
Dieu, un droit, une vérité. Au revers les armes du 
grand-duché. 

Les capitulaires se distinguent par le double 
médaillon de la croix qui est entouré d^une cou* 
ronne de chêne. 

Le ruban est bleu liséré de rouge. 



PARME. 



Cet ordre est un des plus anciens de l'Enrope, 
puisque les auteurs qui nient qu'il ait été fondé 
par Constantin , en attribuent la fondation à 
l'empereur Isaac-Ange Cômnène, en 1190* Il était 
soumis à la règle de Saint-* Basile, et divisé en 




OniMIES DE CHEVALBRIB BUROP^NS. 19^) 

grands prienrs et en cbe»aliers qui devaient prou-- 
Ter qnatoe quartiers de no- 
blesse. 

Il se-maintint grand et ho- 
noré tant que dura la puis- 
sance des Comnène , mais 
lorsque ceux-ci durent quit- 
ter Constantinople, il se firent 
une ressource de l'ordre en 
l'accordant moyennant fi- 
nance. 
Le dernier rejeton de cette famille, André-Ange 
Chlore, devenu vieux et renonçant à l'espoir de re- 
monter sur le trône céda la grande maîtrise n Fran- 
çois Famèae, duc (ie Parme, qui fit approuver cette 
cession par les papes Innocent XII et Clément XI 
et releva l'ordre en lui donnant de grands biens- 
La maison Tarnèse s'étant éteinte en 1731, 
l'héritier du duché de Parme, don Carlos se déclara 
grand mallre de l'ordre de Constantin, puis deve- 
nu plus tard roi de Naples, il emporta avec lui 
les archives de l'ordre et en fixa le siège dans sa 
capitale^ malgré les justes réclamations de l'infaut 



Sâlnt^Louls. 



194 ORI>H£S D£ GH£VAL£RI£ EUROPÉENS. 

don Philippe, alors duc de Parme. Depuis ce temps, 
les deux souverains de Parme et de Naples ont 
toujours porté le titre de grand maître et accordé 
la décoration. 

Cfette décoration consiste en une croix fleurdeli- 
sée, émaillée de rouge, chargée d'un X et sommée 
d'une couronne royale. 

Les grands-croix la portent suspendue à un ruban 
bleu en écharpe; les commandeurs au cou, avec 
une plaque au côté gauche de la poitrine; et les 
chevaliers à la boutonnière, aussi avec une plaque, 
mais plus petite. 

L'ordre de Saint-Louis fondé en 1836, parle 
duc Charles-Louis était destiné à récompenser le 
mérite civil; le duc Charles III révisa les statuts en 
1 849, et l'ordre est aujourd'hui civil et militaire et 
partagé en cinq classes : graïids-croix, commandeurs, 
chevaliers de première et deuxième classe, décorés 
de la croix de cinquième classe. 

La décoration consiste en une croix grecque com- 
posée de quatre fleurs de lis qui se relient par 
leurs feuilles, enserrant un écu d'azur à trois 
fleurs de lis d'or, et au revers portant: l'efiigie de 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. lOS 

saint Louis avec la légende : Deusetdies. Le ruban 
est bleu foncé avec un liséré jaune-orange. 



PAYS-BAS. 



L'ordre de Guillaume fondé en 1815 est exclu- 
sivement militaire; il com- 
prend quatre classes de digni- 
taires ; les chevaliers grands- 
croix, les chevaliers comman- 
deurs, les chevaliers de troi- 
sième et de quatrième classe. 
La croix est en émail blanc 
avec ces mots sur les croisil- 
lons : Voor moed beleid trotcn. 
Le ruban ^t orange liséré de 
bleu. 

Les chevaliers grands-croix portent la décora- 
tion suspendue au ruban passé en écharpe et brodée 
sur l'habit. 

Les chevaliers commandeurs la portent eu sau- 
toir et aussi brodée sur l'habit. 




196 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

Les chevaliers de troisième classe à la bouton- 
nière. 

Les chevaliers de quatrième classe, aussi à la 
boutonnière, mais plus petite et avec un ruban 
moins large. 

Les militaires de terre et de mer qui n'ont pas le 
grade d'officier obtiennent, lorsque sont nommés 
de la quatrième classe, une augmentation de trai- 
tement égale à la moitié de la solde dont ils jouis- 
saient au moment de leur nomination; lorsqu'ils 
sont nommés de la troisième, leur solde est doublée. 
De plus ils ont le droit de passer immédiatement 
à la table des officiers. 
Lion-Beifiqn* Cct ordrc, institué aussi en 1815 et destiné à 
récompenser le mérite civil, se compose de grands- 
croix, de commandeurs et de chevaliers. 

La croix est d'or, émaillée de blanc surmontée 
d'une couronne royale et anglée d'un W. Le ruban 
est bleu avec des raies orange. 



ORDBES DE CHEVALERIE EUBOPËEKS. 



La Perse n'a qu'un ordre de chevalerie, celui du *n somi 




Soleài et du Lion, qui a été reconstitué dans ces 
derniers temps et établi sur les mêmes bases que 
l'ordre de la Légion d'honneur; il est comme lui 
divisé en cinq classes , mais sans titres particuliers : 

La première classe correspond au grade de 
grand-croix. 

La seconde au grade de grand officier. 

La troisième au grade de commandeur. 

La quatrième au grade d'officier. 



198 ORDRES DB CHEVALERIE EUROPÉENS. 

La cinquième au grade de chevalier. 

La décoration consiste en un médaillon entouré 
de rayons, représentant un lion couché et surmonté 
d'un soleil levant. En Perse on ne porte que cette 
plaque sans ruban; les étrangers la suspendent à 
un ruban aux couleurs nationales, vert et rouge* 

Quelquefois le Schah accorde aux commandeurs 
le droit de porter la plaque en brillants, ce qui forme 
une sorte de grade intermédiaire entre celui de 
commandeur et celui de grand oflScier. 

Outre cette décoration, la Perse possède encore 
une marque de distinction qui ne se confère pas aux 
étrangers : c'est un médaillon représentant le por- 
trait du Schah et qui équivaut à peu près, comme 
distinction honorifique, au grade de grand-croix 
du Soleil et du Lion. 



PORTUGAL. 



Ghrtit. L'ordre du Christ est, sinon le plus ancien, du 

moins le plus illustre du Portugal. Dom Denis le 
fonda en 1318, après la suppression des Templiers 
dont la vaillance était le principal boulevard des 



ORDRES D£ CHEVALERIE EUROPÉENS. 199 

Portugais contre les Maures. Il fit approuver Tor- 
dre en i 31 9) par le pape Jean XXII, et lui donna 
les biens et les privilèges des Templiers, 

Les chevaliers du Christ se couvrirent de gloire 
dans les guerres contre les Infidèles et étendirent 
jusqu'en Afrique et dans llnde leurs conquêtes, 
dont ils obtinrent la concession à titre de foi et 
hommage. Aussi devinrent-ils si puissants que les 
rois s'en émurent, et que Jean III, qui avait obtenu 
en 1522 du pape Adrien VI Tadministration de la 
grande maîtrise, voulut en 1551 qu'elle fût réunie 
à sa coui'onne, ainsi que celles de Saint-Jacques et 
d'Avis. Pour être admis dans Tordre, il fallait faire 
preuve de noblesse et avoir guerroyé trois ans con- 
tre les Infidèles. 

La décoration est une croix pattée de gueules 
chargée d'une croix blanche et suspendue à un 
ruban rouge, en écharpe pour les grands-croix, en 
sautoir pour les commandeurs, à la boutonnière 
pour les chevaliers. 

Cet ordre fut fondé par le roi Henriquez P' et ••int-j^nott- 
porta d'abord le nom de la ville d'Evora dont il 
avait la garde. Il fut quelque temps réuni à celui 



200 ORDRES BE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

de Calatrava dont il ayaity par recoBnaissance de 
plusieurs dons, reconnu la suprématie, jusqu!à ce 
que le roi Jean s'en étant fait grandmaître le dé- 
clara indépendant. £n 1 789 la reine Marie en fit 
Tordre militaire du Portugal- 

La croix est verte, fleurdelisée et suspendue à 
un ruban vert. Les grands-croix et les comman- 
deurs la portent surmontée d'un cœur en émail 
rouge. 
•^JYÈJST Comme nous Tavons dit plus haut, Tordre de 
SaintnJacques de TÉpée est un démembrement de 
l'ordre espagnol du même nom. En Portugal, il fal- 
lait pour en faire partie prouver seize quartiers 
de noblesse. Sécularisé en 1789, il est devenu la 
récompense du mérite civil. 

La décoration, qui est une croix de gueules en 
forme d*épée, est suspendue à un ruban violet. 

L'ordre de la Tour et TÉpée, fondé en 1459 par 
Alphonse V T Africain, a été complètement renou- 
velé en 1832. Destiné à récompenser toute espèce 
de services, il est divisé en cinq classes : grands 
officiers , grands-croix ,commandeurs , officiers , 
chevaliers , qui ont rang de maréchaux, de géné- 



LaToot 
•t rBpé«. 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 201 

taux, de colonels, de lieutenants-colonels, de 
capitaines. 

La décoration , qui 
est ime étoile surmontée 
d'une tour, se suspend à 
un ruban bleu foncé, ou à 
une chaîne d'ai^ent eu 
forme de collier pour les . 
chevaliers , à une chaîne 
d'or pour les officiers, au 
collier de l'ordre pour les 
autres grades. 
L'ordre de Notre-Dame de la Conception de 
Villa-Viciosa à été institué en 1818 par le roi 
Jean VI ; il se compose de grands-croix, de com- 
mandeurs et de chevaliers. 

L'insigne de l'ordre est une étoile à neuf pointes, 
émaillée de blanc, anglée de rayons d'or chargés 
d'étoUes d'émail blanc, et surmontée de lacouronne 
royale. Au centre les lettres M A, entourées de la 
légende : Padroeira do reino. Le ruban est azur li- 
séré de blanc. 
Cet ordre, fondé en 1804 par le prince-régent, : 




i -• -r -r"«:-a: rnii^zr^^-t: fc» KÎne. «joi ne le confère 
. : \ .:■=■ ^^im-^ îe jiu.3:; S'.ôùsif^. qui ne penveot 

Li -.: Il ^^ m mtf-LiiLkn. dur entooré d'ane 
r'.ir.M:: it: Ii; T'-Tis ic r*^cïsen:anî saïnte Isabelle, 
i-'T*r ^ '.< -^n-it: : Jviùuiu paMjMTMM. Le Tuban est 



\l-^>i a-- îr. > pracier de U Prusse, 
f:t E.cîê en ITOI par Frédé- 
ri-: I". fl c."» qoTme classe, 
h'.nzut le isn^ de Ueatenant 
p^c^' ni et le ntie de che- 
i-ili-ep (le première classe de 

Le? infirmes sont : 1" une 
■.T-.Li À fev.rt pointes, émaîUée 
A C'i 'r^-rt:. bc-rdôe d'or, anglée 

T>^: aa ctatre le chiffie F, K. 



â' r:>i" <:^".t »Vi:^2t qnVu porte sur la poi- 




-^ 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 203 

trine et au centre de laquelle est un aigle essorant 

■ 

tenant dans une serre une couronne de laurier, et 
dans l'autre un foudre avec la devise de Tordre. 

Le ruban est orange et se porte en écharpe. 

Cet ordre, fondé en 1 705 par le prince Georges- au»» «^««•• 
Guillaume d'Anspach, sous le nom d'ordre de la 
Fidélité, a été réorganisé par le margrave Georges- 
Frédéric-Charles, en 1734, sous le nom actuel, et 
confirmé parle roi Frédéric-Guillaume II en 1792. 
Il se compose de quatre classes de chevaliers. 

La croix est à quatre branches émaillées de 
blanc, avec un aigle rouge sur le médaillon. 

Le ruban est moiré blanc avec deux raies orange. 

Lorsque redit du 30 octobre 1810 eut aboli le sainwean. 
baillage de Brandebourg, la grande maîtrise et les 
commanderies de Malte, et réuni tous leurs biens 
au domaine national, le roi Frédéric-Guillaume III, 
voulant en perpétuer le souvenir, érigea par un 
décret du 23 mai 1812 un nouvel ordre sous le 
nom d'ordre de Saint-Jean de Prusse^ dont il se 
déclara protecteur et dans lequel il maintint tous 
les chevaliers profès qui avaient eu l'autorisation 
de porter la décoration. 



204 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

Le roi nomme les chevaliers proprio moiu^ ou 
sur la proposition du grand maître. 

Les insignes sont : 4° une croix de Malte an- 
glée deVaigle noir de Prusse, couronnée d'or et 
suspendue à un ruban noir ; 2® une croix blanche 
sans aigles brodée sur Thabit. 

La Prusse possède encore Tordre du Cygne, qui 
date du XV siècle, et a été ressuscité en 1843, l'or- 
dre du Mérite et enfin l'ordre de Louise, institué 
en faveur des dames par Frédéric-Guillaume 111, 
en 1814. 



RUSSIE. 



saiot-André. L' Ordre de Saint-André, le premier des ordres 
nisses, fut fondé en 1698 par le czar Pierre. Il n'a 
qu'une seule classe de chevaliers, qui ont rang de 
lieutenant général et reçoivent une pension de 
1,000 roubles d'argent ; ils sont en outre de droit 
membres des ordres de Saint-Alexandre Newski, 
de Sainte-Anne et de Saint-Stanislas. 

La décoration est une croix de Saint-André 



ORDRES DE CHEVALERIE EUKOPÉENS, 205 

reposant sur l'aigle de Russie; elle est suspendue 




à un large ruban bleu qui se porte en écharpe. 

Cet ordre fut fondé en 1719 par Pierre I", en 
mémoire du courage héroïque que montra la prin- 
cesse Catherine à la battiille du Pruth ; l'impéra- 
trice en est grande m^tresse et ne le confère qu'aux 
dames de haut rang. 

Il y a deux classes de croix, les grandes et les 
petites : les premières sont tout en brillants ; le 
ruban est ronge bordé d'or et porte cette devise : 
Pour l'amour et la patrie. 

Cet ordre fut fondé en 1722 par Pierre I", en 
l'honneur de ce saint, qui fut archiduc de Novo- 



SMnt-Alasan- 



SalBi-WUdi- 
mir. 



206 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

gorod, et à qui le nom de Newski fut donné en 
souvenir de la Newa. 

La décoration est une croix à huit pointes 
émaillée de rouge, anglée des aigles impériales, 
avec VeflSgie de saint Alexandre sur Técusson. H 
n'y a qu'une classe de chevaliers, qui tous ont 
rang de général major. 

L'ordre militaire de Saint- Wladimir, fondé par 
rimpératrice Catherine en 1782, se compose de 
quatre classes de chevaliers : la croix a quatre 
branches émaillées de rouge et noir, bordée d'or ; 
le ruban est rouge bordé de noir. 
8ainte-Anue. Cct ordrc dépendait primitivement de la maison 
deHolstein-Schleswig. Il fut fondé à Kiel eu 1735, 
par le duc Charles-Frédéric, en Thonneur de la 
czarine Anne. Quand Paul T"" monta sur le trône 
en 1796, il fit reconnaître cette fondation de son 
grand-père pour un ordre russe, le divisa en trois 
classes et décréta qu'il serait porté par les cheva- 
liers de Saint- André . 

En 1815, l'empereur Alexandre ajouta une qua- 
trième classe réservée aux militaires, qui portent 
la décoration émaillée sur la garde de leur épée» 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 207 

Cette décoration qui est une croix pattée de 
gueules, se suspend pour les autres classes à un 
ruban rouge clair , bordé d'un étroit liséré 
jaune. 

L'ordre de Sainte-Anne est celui que Ton accorde 
le plus ordinairement aux étrangers. 

L'ordre militaire de Saint-Georges fut institué saint-oeorfM 
par rimpératrice Catherine II, en 1769. Paul I" le 
rétablit par un ukase du 12 décembre 1801, et, 
pour lui donner plus de valeur, ne voulut porter 
la décoration qu'après la campagne de 1805. 

Il est divisé en quatre classes : les membres des 
deux premières ont rang de général major, les 
membres des dernières celui de colonel. 

Un conseil choisi dans l'armée ou la marine dé- 
cide chaque année quels sont les of&ciers qui ont 
mérité la décoration. 

La croix est pattée, émaillée de blanc et suspen- 
due à un ruban orange, partagé par trois raies 
noires. 

Outre cet ordre, la Russie confère encore trois 
ordres polonais : ceux de l'Aigle blanc, de Saint* 
Stanislas et du Mérite militaire» 



208 ORDRES D£ CUEVALEBIE EUBOF^^NB. 

CfaacuD des ordres ni£sra oompte on oertain nom- 
bre de chevaliers pensioDoés ainsi qu'il suit : 

Les clieT&liers de Sunl-Andiè reçoÎTent «ne peDsion ao- 

Duelle de 800 à 1000 . » roubles 

Sainle-CatherineU- classe) 350 460 > > 

— (S* classe) SOO 130 90 » 

SaJDt-AlexaDdre-Newski... 700 600 > > 

Saint-Georges 1000 400 200 150 

Saint- Wliidimir 600 300 150 100 

Sainte-Aoue (!'• classe) 350 SOO » > 

— (2" classe) 150 120 » » 

— (3- classe) 100 90 * > 

— (4' classe) 50 40 » » 

Saint- Stanislas 143 115 86 . 



SAINT-JEAN DE JERUSALEM (on 

-■> L'ordre souverain et hospitalier de Saint-Jeui 
de Jérusalem ou de MiUte, 
un des plus illtistres et des 
plus puissants de la chré- 
tienté, dut son origine, 
et son nom à un hôpital 
bâti pour la réception des 
pèlerins près de l'élise de 
SaJiite-Marie>la-Latine, à 
Jérusalem. 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 209 

Lors de la première croisade, radmînistrateur de 
cette maison était un gentilhomme français nommé 
Gérard. Après la prise de Jérusalem en 1809, Gro- 
defroy de Bouillon, édifié du zèle des hospitaliers, 
leur fit don de riches seigneuries, et sa générosité 
ayant été imitée par la plupart des princes et des 
seigneurs croisés, l'hôpital se trouva enrichi d'un 
grand nombre de terres, tant en Europe qu'en Pa- 
lestine. Gérard sépara alors l'hôpital du monastère 
de Sainte-Marie-la-Latine, et proposa à ses confrè- 
res de se déséculariser et de prendre l'habit reli- 
gieux ; ceux-ci y consentirent, et le costume de 
l'ordre fut dès lors une robe noire sur laquelle était 
attachée une croix de toile blanche à huit pointes. 

Le pape Pascal II approuva le nouvel ordre, 
l'exanpta de toute dime, autorisa toutes les fonda- 
tions faites et à faire et accorda aux religieux le 
droit exclusif d'élire leurs supérieurs sans qu'au- 
cune puissance temporelle ou séculière pût s'in- 
gérer dans leur gouvernement. 

Gérard fit bâtir sous l'invocation de saint Jean- 
Baptiste une église magnifique, qu'entouraient les 
bâtiments destinés, les uns à loger les hospita- 

44 



210 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

liers, les autres à recevoir les pèlerins. Le dévoue- 
ment des religieux était si grand, le témoignage 
qu'en rendaient les pèlerins si unanime, que les 
dons arrivaient de toute part, des princes et des 
seigneurs d'Occident. 

Gérard ne se borna pas à soigner les malades dans 
la terre sainte ; avec les biens qui lui avaient été 
concédés en Occident, il fonda des hôpitaux dans les 
principales villes maritimes de l'Europe; et ces 
maisons, succursales de celle de Jérusalem, doivent 
être regardées comme les premières commanderies. 
Non-seulement on y accueillait les pèlerins, mais 
on ménageait leur embarquement, et ils trouvaient 
là tous les secours pécuniaires nécessaires à leur 
voyage- 
Gérard mourut en iH8. Son successeur, Ray- 
mond du Puy, prit le premier le titre de maître, 
constitua Tordre et lui donna des règles qui étaient 
extrêmement rigoureuses et furent soumises à 
l'approbation de Calixtell, en 1120. 

Le royaume de Jérusalem ne consistait alors que 
dans cette capitale et dans quelques villes voisines ; 
la plupart de celles-ci étaient séparées par des 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 21 1 

places fortes occupées par les Infidèles, de sorte que 
les chrétiens ne pouvaient aller de Tune à Tautre 
sans courir les plus grands dangers; le territoire 
même de ces villes, les bourgades qui les entou- 
raient étaient presque inhabitables pour eux, parce 
que les indigènes, vaincus mais non soumis, sai- 
sissaient toutes les occasions de les voler et de les 
assassiner. • 

Pour remédier à cet ordre de choses, Raymond 
duPuy forma un projet fort extraordinaire, celui 
de faire prendre les armes à une partie de son or- 
dre. Il en fit la proposition aux hospitaliers, en leur 
expliquant les motifs, et ils l'adoptèrent avec en- 
thousiasme. On ne sera pas surpris de cet enthou- 
siasme, lorsqu^on saura que beaucoup d'hospitaliers 
étaient des compagnons d'armes de Godefroy de 
Bouillon, qui, blessés et soignés dans l'hôpital, 
s'étaient eux-mêmes dévoués à la guérison des 
malades. 

Raymond partagea donc l'ordre en trois classes : 
les nobles, qui devaient porter l'épée et guerroyer 
contre les Infidèles; les prêtres ou chapelains, et les 
frères servants, qui n'étaient pas nobles. Il offrit 



212 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

alors ses chevaliers à Baudoin, successeur de Go- 
defroy de Bouillon, et ceux-ci se distinguèrent tel- 
lement que Tordre grandit de jour en jour en re- 
nommée, et qu'une foule de jeunes nobles accouru- 
rent d'Occident pour en faire partie. 

L'ordre s'accrut tellement et en si peu de temps 
qu'il fallut le diviser en huit langueSy suivant le 
pays et la nationalité des^chevaliers : Provence^ 
Auvergne^^ France^ Italie^ Aragon^ Allemagne et 
Angleterre. On a ajouté depuis celles de Casiille 
et de Portugal. 

Le gouvernement était aristocratique, et l'auto- 
rité suprême dévolue à un conseil dont le maître 
des hospitaliers était le chef. Ce conseil avait la 
direction des biens de l'ordre, tant en Palestine 
qu'en Europe, et pour les administrer il y envoyait 
d'anciens chevaliers qu'on appelait /îr^cep^ewr^. 

Nous n'entreprendrons point de faire dans ce 
cadre restreint l'histoire des chevaliers de Malte, 
nous dirons seulement que dans leurs combats 
contre les Infidèles ils se couvrirent tellement de 
gloire que leur nom grandit de jour en jour, à ce 
point qu'Alphonse P% roi de Navarre et d'Aragon, 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 213 

ne crut pas trop faire pour eux en leur léguant sa 
couronne par un testament solennel. Eaymonddu 
Puy fit le voyage d'Europe pour réclamer cette sou- 
veraineté, mais les Navarrais et les Aragonais s'é- 
tant élu des souverains, il n'obtint que de faibles 
compensations. 

Lorsque Jérusalem fut retombée au pouvoir des 
Musulmans, les chevaliers de Saint- Jean se retirè- 
rent à Margat en Phénicie puis à Sain t- Jean- 
d'Acre. Après la perte totale de la terre sainte, ils 
se retirèrent avec Jean de Villiers dans l'île de 
Chypre, où Guy de Lusignan leur donna Limisso. 
Là le grand maître tint un chapitre général où 
tous les chevaliers d'Europe, vieux et jeunes, du- 
rent comparaître. On y prit plusieurs décisions 
importantes, entre autres celle de constituer une 
marine. Pour en arriver là, on arma d'abord les 
vaisseaux de transport qui avaient amené les che- 
valiers d'Europe, et qui se mirent inmiédiatement 
en campagne. Les corsaires barbaresques, habitués 
à piller les navires qui transportaient les pèlerins, 
ne manquèrent pas d'attaquer ceux-ci, mais ils 
trouvèrent dans ces marins improvisés de terribles 




aiiitinvent dans 
îles, malgré les 

tige des empe- 
,îs enfin, ils en 

jUnian, a]"irès nn 
lits chevaliers et 



214 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

champions, qui s'emparèrent de leurs navires et 
augmentèrent ainsi leur marine. Plus tard on con- 
struisit des galères^ et les chevaliers de Saint-Jean 
purent alors compter comme puissance maritime. 

En 1298, aidé par Grazan, khan des Tartares, ^s 
dirigèrent une expédition contre Jérusalem et s'en 
emparèrent; mais, abandonnés par ce prince, ils 
furent obligés de se retirer et de revenir à Limisso. 
Bientôt après, rebutés des mauvais traitements que 
leur faisait subir le roi de Chypre et de l'incommo- 
dité de la ville, dont le château seul était fortifié et 
où ils n'avaient point de port, ils songèrent à s'em- 
parer de quelque île à proximité de la terre sainte. 

Le grand maître Villaret jeta les yeux sur Rho- 
des, qui avait un port excellent et qui était peu éloi- 
gnée de la Palestine ; mais, sentant bien que les res- 
sources de l'ordre ne suffiraient point à une aussi 
grande entreprise, il passa en Europe pour récla- 
mer les secours du pape et du roi de France. 

Il leur représenta l'avantage immense qu'il y 
aurait pour les chrétiens à posséder cette île, qui de- 
viendrait un entrepôt pour toutes les croisades et 
toutes les flottes qui passeraient en Orient. 



ORDRKS DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 215 

Le pape et le roi promirent de grands secours. Le 
premier avança de suite au grand maî1a*e une somme 
considérable, et publia une croisade dont le rendez- 
vous fut fixé à Brindes. Les croisés se dirigèrent 
d'abord surLimisso, où ils embarquèrent les cheva- 
liers de Saint- Jean, puis sur Rhodes, où ils débar- 
quèrent et dont ils formèrent incontinent le siège. 

Ce siège dura quatre ans. Les chrétiens s'y cou- 
vrirent de gloire, assiégés qu'ils étaient eux-mêmes 
par les Grecs et les Sarrasins. Ce fut en i 309 que 
la ville fut prise et que Tile tout entière tomba 
sous la domination des chevaliers. 

Peu de temps après, en 1312, Tordre des Tem- 
pliers cessa d'exister ; leurs biens furent adjugés 
à Tordre de Saint-Jean, et ce fut Tapogée de sa 
grandeur : le grand maître prit alors sa place parmi 
les souverains de TEurope. 

Les chevaliers de Saint- Jean se maintinrent dans 
Rhodes pendant plus de deux siècles, malgré les 
attaques continuelles d'Osman, tige des empe- 
reurs turcs et de ses successeurs j mais enfin, ils en 
furent dépossédés en 1522 par Soliman, après un 
siège mémorable dans lequel six cents chevaliers et 



216 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

quatre mille cinq cents soldats, commandés par 
Villiers de rDe-Adam^ tinrent tête à plus de deux 
cent mille mahométans, jusqu'à ce que les murailles 
de Bhodes ne fussent plus qu'un monceau de ruines . 

Ils se réfugièrent alors à Candie, puis à Viterbe 
que leur donna le pape; enfin, le 24 mars 1330, 
ils obtinrent de Charles-Quint Tile de Malte en 
toute souveraineté, sous la seule condition de lui 
donner un faucon chaque année et de lui laisser 
choisir Tévêque de Malte parmi trois candidats 
proposés par Tordre. 

Ils possédaient encore cette île en 4797, lorsque 
le Directoire français, qui méditait l'expédition 
d'Egypte, jeta les yeux sur Malte et résolut de 
s'en emparer à tout prix. Il ne fallait pas songer à 
la prendre de vive force, aussi eut-on recours à la 
trahison. On savait le grand maître de Bohan 
atteint d'une maladie mortelle, il ne s'agissait 
que de manœuvrer de manière à faire élire pour 
son successeur un membre de l'ordre gagné à 
l'avance. 

Ce fat le bailli Hompesch de la langue allemande 
qu'on choisit. Ce chevalier, ruiné par la confisca- 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 217 

tien des commanderi^ qu'il possédait en Alsace, 
se trouvait sous le poids d'une dette énorme qu'il 
lui était impossible de jamais payer. Or, tout 
membre de l'ordre qui était déclaré en faillite était 
condamné à perdre l'habit, c'est-à-dire à être dé- 
gradé, déshonoré et enfermé dans un château-fort 
pour le reste de ses jours; Hompesch était donc 
à la merci de ses créanciers. Les agents du Direc- 
toire acquirent leiîrs titres, se rendirent ainsi maî- 
tres de sa fortune et de sa vie et lui proposèrent 
dtî lui donner l'argent nécessaire pour briguer la 
glande maîtrise, à la condition qu'il livrerait l'île 
. k la France. Hompesch succomba, dit-on. Aidé par 
l'argent du Directoire, et secondé par les chevaliers 
allemands, qui voulaient enfin avoir un chef de 
leur langue, il fut élu après la mort du grand maî- 
tre de Eohan. 

La république envoya d'abord un corps d'armée 
de dix-huit mille hommes, escorté de deux frégates. 
11 eût été facile à Hompesch, dont les forces navales 
étaient considérables, de s'emparer de ces dix-huit 
mille hommes, mais il était de bonne foi dans sa 
trahison, il ne profita pas de cette circonstance et 



218 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

le lendemain, la flotte française entourait l'Ile. 

Pendant ce temps, des conjurés répandaient dans 
rintérieur de Tîle le bruit que les chevaliers fran- 
çais, au nombre de trois cents, avaient des intelli- 
gences avec Bonaparte, et les rendaient ainsi sus- 
pects aux soldats de l'ordre, qui les garrottèrent ou 
les assassinèrent. Ce fut alors un désordre épou- 
vantable, et le grand maître s'empressa de conclure 
une capitulation par laquelle il remettait au général 
français Tîle et les forts de Malte. La république, 
de son côté, s'engageait à employer son influence 
pour faire obtenir au grand maître une principauté 
égale à celle qu'il perdait, et lui assurait, sa vie 
durant, une pension annuelle de trois cent mille 
francs. Chaque chevalier français devait toucher 
une pension de sept cents francs, portée à mille 
francs pour les chevaliers sexagénaires. 

Beaucoup de ces chevaliers prirent du service 
dans l'armée française ; ils formèrent la légion mal- 
taise, qui fut décimée dans la guerre d'Egypte et 
périt presque tout entière. 

Le grand maître Hompesch se retira à Trieste, 
où bientôt il abdiqua en faveur de l'empereur de 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. !i^i9 

Eussie Paul 1" (le 27 octobre 1798). Il parcourut 
ensuite les diverses cours de l'Europe et chercha 
enfin une retraite en France, où il réclama vaine- 
ment les trois cent mille francs de pension stipulés 
par la capitulation ; il mourut k Montpellier, dans 
une telle misère qu'on fut obligé de Tensevelir par 
charité. 

L'empereur Alexandre ayant renoncé à succéder 
à son père comme grand maître de Tordre, un 
certain nombre de chevaliers réunis à Catane re- 
connurent Thomasi pour son successeur. Carac- 
cioli fut élu après lui en 1805, et mourut en 1811 ; 
il a été le dernier grande maître de Malte. Depuis 
cette époque, Tordre a toujours été gouverné par 
un lieutenant de magistère. Le premier, le bailli 
Suardo, fut approuvé par le pape Pie Vil. Il eut 
pour successeurs : Giovanni, en 1814; Antoine 
Burca, en 1821; Charles Candida, en 1824; et 
enfin le comte de CoUoredo. 

L'ordre est provisoirement établi à Kome, sous 
la protection immédiate du souverain pontife, qui 
lui a fait plusieurs dons importants. 

La plupart des souverains italiens, entre autres 



220 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

l'empereur d'Autriche et le roi des Deux-Siciles, 
non-seulement Font reconnu, mais lui ont concédé 
des commanderies. 

Le gouvernement de Tordre de Malte était 
monarchique et aristocratique; Tordre, nous Ta- 
vous dit, comprenait neuf langues ou nations : 
les langues de Provence, d'Auvergne, de France, 
d'Italie, d'Aragon, de Castille, de Portugal, 
d'Allemagne et d'Angleterre. Il y avait dans 
chaque langue un grand prieuré et dans chaque 
grand prieuré un certain nombre de commande^^ 
Yîes ; en France, on en comptait deux cent quarante. 

Les chevaliers étaient de deux sortes : les che- 
valiers de justice, tous nobles ayant fait leurs preu- 
ves, et les chevaliers de grâce, roturiers qui, pour 
certains motifs, tels que services rendus à Tordre, 
avaient obtenu des dispenses ; les firëres servants 
devaient être seulement à^ honnête famille. 

Pour les preuves de noblesse qui se faisaient par 
titres, contrats, témoins, etc., il fallait en France 
. produire huit quartiers, en Allemagne seize. 

La croix de Tordre est à huit pointes, émaillée 
de blanc et suspendue à un ruban noir. 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 221 



SARDAI6NE. 

L'ordre de V Annonciade, fondé sous le nom d'or- Annonoude. 
dre du Collier par Amédée VI, comte de Savoie, 
reçut son nom actuel de Charles III en 1 518, 

Les auteurs sont aussi partagés sur l'origine de 
sa fondation que sur celle de la Jarretière : les uns 
disent qu'il fut établi en l'honneur d'une dame qui 
avait donné au comte un bracelet de ses cheveux 
tressés en lacs d'amour, d'autres que ce fut pour 
honorer les mystères de Jésus-Christ et de la 
Vierge. Quoi qu'il en soit, l'ordre, accordé seule- 
ment à des gentilshommes de haute noblesse, se 
maintint grand et considéré. En 1720, Victor- Amé- 
dée devenu roi fit de l'Annonciade le premier 
ordre delà Sardaigne, et voulut que les chevaliers 
fussent choisis parmi les plus nobles et les plus 
méritants de ceux des Saints-Maurice et Lazare. 

La marque de l'ordre, qui n'a qu'une classe, est 
un médaillon en or représentant une image de 
l'Annonciation entourée de lacs d'amour avec ces 
quatre lettres : F. E. R. T. qu'on traduit ainsi : 



222 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 



Ma-MaarKM 



Ordre 

mUitaire 

de Savoie. 



Frappez, entrez^ rompez tout. Le nombre des che- 
valiers est de vingt. 

L'ordre religieux et militaire de Saint-Maurice, 

fondé par Amédée VIII en 1434 suivant les uns, et 

par Emmanuel-PhiUbert en 1 572, suivant les autres, 

fut peu de temps après réuni à celui de Saint-Lazare. 

Les chevaliers, qui suivaient la règle deCîteaux, 

faisaient vœu de pauvreté, d'o- 
béissance et de chasteté conju- 
gale; ils ne pouvaient se marier 
qu'une fois, et à une vierge. 

Aujourd'hui cet ordre est des- 
tiné à récompenser le mérite ci- 
vil et militaire, et se divise en 
quatre classes : grands -croix, 
commandeurs, chevaliers de jus- 
tice et chevaliers de grâce. 
La croix est blanche, pommelée d'or et croisée 
par celle de Saint-Lazare, qui est verte. Le ruban 
est vert moiré. 

L'ordre militaire de Savoie a été institué en 1 81 5 
par le roi Victor-Emmanuel ; il est divisé en quatre 
classes. 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 223 

La décoration est une croîx d'or émaillée de 
rouge, chargée d'une croix blanche, sommée d'une 
couronne royale, et dont les branches sont reliées 
par une couronne de laurier. Les grands-croix la 
portent suspendue à un ruban bleu en écharpe, les 
commandeurs en sautoir, les chevaliers attachée à 
une rosette; les soldats décorés, qui forment la 
quatrième classe, portent la croix d'argent atta- 
chée à un ruban bleu. 

11 faut, pour obtenir cet ordre, adresser une pé- 
tition au conseil de Tordre, qui nomme une com- 
mission composée de deux membres de chaque 
classe, laquelle, si elle prend la demande en con- 
sidération, la transmet au grand maître. 

L'ordre civil de Savoie, fondé par le roi Charles- ordre 
Albert en 1831, se compose d'une seule classe de 
chevaliers, qui portent suspendue à la boutonnière 
par un ruban blanc et bleu une croix d*or émaillée 
de bleu, chargée en cœur d'un écusson rond pré- 
sentant d'un côté le chiffre du fondateur, et sur le 
revers ces mots : Al merito civile. 



olvU 
de Savoie. 



; CHBVALEniE EtinOPÉENS. 



L'ordre militaire de Saint-Henri, institué en 
1739, par Auguste III, roi de Pologne et électeur 
de Saxe, en mémoire de l'empereur Saxon Henri, 
n'eutd'abord qu'une classe de chevaliers, qui por- 
taient une croix de gueules, anglëe de l'aigle blan- 
che de Pologne et chaînée de l'image de saint Henri, 
suspendue à un ruban rouge 
foncé. 

En 1768, le prince Xa- 
vier, administrateur de l'élec- 
torat, partagea les chevaliers 
en trois classes et donna aux 
insignes une nouvelle forme. 
Enfin, le 23 décembre 1 829, 
le roi Antoine ajoute une nou- 
velle classe et régla défini- 
tivement les statuts. 
L'ordre est partagé en quatre classes : grands- 
croix, commandeurs de première et de deuxième 
classe, et chevaliers; 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 225 

La décoration est une croix d'or à huit pointes, 
bordée de blanc; sur le médaillon se trouve Teffigie 
de l'empereur Henri; au revers les armes de Saxe 
avec l'inscription : Virtuti in bello. 

Les grands-croix la portent attachée à un ruban 
azur, bordé de jaune citron, passé de droite à 
gauche en écharpe, et portent, en outre, sur la 
gauche de l'habit une plaque brodée en or. Ils 
posent l'écu de leurs armes sur la plaque et l'en- 
tourent du ruban, sur lequel est inscrite la devise 
et auquel pend la décoration. 

Les commandeurs portent une croix et une pla- 
que plus petite, et posent leur écu sur la croix en- 
tourée du ruban. 

Les chevaliers la portent à la boutonnière et la 
placent sous leur écu, attachée à un nœud de 
ruban. 

Une décoration spéciale est attachée à l'ordre 
pour les sous-oflâciers et les soldats, ce qui forme 
une cinquième classe. Ce sont deux médailles, l'une 
en or, l'autre en argent, portant d'un côté le buste 
du fondateur avec la légende, de l'autre, dans un 
cercle orné d'armes, les mots : Verdienst um dos 

45 



226 ORDRES DE CHEA'ALKRIE EUROPÉENS. 

vaterland. Elles se portent à la boutonnière, sus- 
pendues au ruban de Tordre. 

Le décoré de la médaille d'argent qui rechange 
pour la médaille d'or reçoit une gratification de 
vingt-cinq thalers. Une gratification de cent tha- 
1ers pour la médaille d'or, de vingt- cinq thalers 
pour la médaille d'argent est accordée à la veuve, 
aux enfants ou aux proches parents du décoré dé- 
cédé. Si celui-ci meurt au service, sans femme, en- 

« 

fants ni ascendants, il peut l^uer sa médaille h 
un héritier, qui touche la gratification, 
coaronned* Frédéric- Augiistc fonda cet ordre en 1^07, 

ni6« 

lorsque Napoléon eut élevé la Saxe au rapg de 
royaume. Il s'en réserva la grande maîtrise, à 
lui et à ses successeurs au trône. 

La croix est émaillée de vert , bordée de blanc, 
reliée de la couronne de rue ; le médaillon présente 
les lettres F A surmontées d'une couronne royale. 
Le ruban, vert moiré, se porte en écharpe. 
Mérite Cet ordre fut fondé sous le nom de Mérite civil 

par le roi Frédéric-Auguste le jour de sa rentrée 
dans s«s Etats, en 1815. Il se composa d'abord de 
trois classes de chevalier?* En 1849, il cessa d'être 



OADBES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 2^7 

réservé au civil et s'appela simplement ordre du 
Mérite; les membres se partagent aujourd'hui en 
grands-croix, commandeurs de première et de 
deuxième classe, chevaliers et petites-croix. 

La décoration est d'or, à huit pointes émaillées 
de blanc, avec les armes de Saxe sur le médaillon. 

Le ruban est blanc moiré avec deux raies vertes. 

La Saxe a encore Tordre d'Albert-le- Valeureux, le-^iViSSiax. 
dont les statuts ont été promulgués le 31 décem- 
bre 1850. Il est, comme l'ordre de Saint-Henri, 
divisé en cinq classes. 

La décoration est une croix allemande émaillée 
de blanc, suspendue à un ruban vert liséré de blanc. 

SAXES DUCALES. 

Les trois ducs de Saxe-Altenbourg, de. Saxe- ^JJ^ISS? 
Cobourg-Gotha, de Saxe-Meiningen, résolurent 
d'un commun accord en 1833 de renouveler l'ordre 
fondé en 1690 par Frédéric I", duc de Saxe-Gotha 
et Altenbourg, sous le nom d'ordre de la Droiture 
allemande. En conséquence, il s'appelle Tordre 
ducal de la branche Ernestine de Saxe, et se divise 



Emestine de 
Saxe. 



228 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS». 

en quatre classes : grands-croix, commajideurs de 
première et de deuxième classe, chevaliers. 

Chaque souverain a le droit de nommer un certain 
nombre de membres, en en faisant part toutefois 
aux deux autres, ainsi que des faits qui ont donné 
lieu à la décoration. Les trois princes s'assemblent 
chaque année pour conférer au sujet de Tordre. 

La décoration est une croix d'or octogone, pom- 
melée, émaillée de blanc, anglée de lions d'or ; le mé- 
daillon porte le buste d'Ernest le Pieux, avec la lé- 
gende : Fideliter et constanter, et les armes de Saxe 
au revers. Cette croix est surmontée d'une cx>uronne 
d'or et suspendue à un ruban rouge liséré de vert. 

A l'ordre est aussi attachée une croix de mérite 
en argent. 

Les grands-croix portent la flécoratiop suspen- 
due à un large ruban en éch^rpe et de plus une 
plaque octogone à rayons alternativement d'or et 
d'argent, chargée de la croix de Tordre. 

Les commandeurs de première classe portent la 
croix en sautoir et la plaque sans rayons. 

Les commandeurs de deuxième classe n'ont pas 
de plaque. 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 229 

Les chevaliers portent la croix plus petite à la 
boutonnière. 



SAXE-WEIMAR. 

Par une ordonnance du 18 octobre 1815, le pauoonwwic. 
grand-duc Charles- Auguste renouvela cet ordre, 
qui avait été fondé en 1732 par son aïeul, le duc 
Ernest-Auguste. D'après les nouveaux statuts, il 
est destiné à récompenser les services civils et mi- 
litaires, et divisé en trois classes ainsi réparties : 
douze grands-croix, vingt-cinq commandeurs, cin- 
qtiante chevaliers. 

La décoration consiste en un faucon blanc armé 
et membre d'or, posé sur une étoile octogone 
émaillée de vert, anglée d'une autre qui est carrée 
et émaillée de rouge. Au revers est un écusson 
bleu avec la devise : Vigilando ascendimusj entouré 
d'une couronne de laurier et surmonté de la cou- 
ronne royale. 

Le ruban est rouge foncé. Les grands-croix le 
portent en écharpe, les commandeurs en sautoir, 
les chevaliers à la boutonnière. 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 



DEUX-SICILES. 



Institué en 1 738 par le roi Charles, h l'occasion 
de son mariage avec la prin- 
cesse Amélie de Sase, cet 
ordre se compose , outre le 
roi, grandniaître, d'un chan- 
celier, d'un maître des céré- 
monies, d'un trésorier, d'un 
secrétaire, d'un nombre il- 
limité de chevaliers de jus- 
tice, qui doivent prouver 
quatre quartiers de noblesse, 
et de chevaliers de grâce. 
Les insignes sont : 1' une croix àhuit pointes, 
émaillée de rouge, bordée de blanc, anglée de 
quatre fleurs de lis d'or, portant au centre une 
image du saint et suspendue à un large ruban pon- 
ceau passé en écharpe; 2' une plaque d'argent de 
même forme, attachée sur la poitrine. 

Dans les cérémonies, les chevaliers portent un 
frac, un gilet et des culottes de drap d'argent, un 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 231 

manteau de soie pourpre semé de fleurs de lis 
et d'hermine, et un chapeau noir avec une phime 
rouge ; la décoration est alors attachée au grand 
collier de Tordre. 

Fondé par Ferdinand IV à sa rentrée à Naples , ®tf îïéîttl^* 
aboli en 1803 par Joseph-Napoléon, Tordre de 
Saint-Ferdinand reparut en 1810. Il se divise en 
trois classes : grands-croix, commandeurs, cheva- 
liers. Les grands-croix ont le titre d'Excellence et 
le droit de se couvrir devant le roi, comme les^ 
grands d'Espagne. 

La décoration est un médaillon entouré ' de 
rayons et de fleurs de lis, et suspendu à un ruban 
bleu liséré d^orange. 

Dans les solennités, les chevaliers ont aussi un 
costume particulier. 

Nous avons, à Tarticle de Parme, donné Thisto- consuntin. 
rique de cet ordre. La décoration pour le royaume 
de Naples est une croix émaillée de rouge, surmon- 
tée d'une couronne, et à^ laquelle est suspendu un 
Saint Georges à cheval, en or. 

L'ordre de Saint-Georges de la Réunion, fondé st-oeorf es de 

la Réunion. 

en 1808 par Joseph-Napoléon sous le nom d'ordre 



232 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 



rraaçois i. 



des Deux-Sîciles, aboli en 1815 et reconstitué 
en 1819 sous son nom actuel, se compose de 
grands-croix, de commandeurs, de chevaliers de 
justice, de chevaliers de grâce. 

La croix est émaillée de rouge et repose sur 
deux épées d'or en sautoir ; le ruban est bleu bordé 
de jaune. 

Cet ordre, destiné au mérite civil, date du 28 
septembre 1829, et se compose de cinq classes de 
décorés : grands-croix, commandeurs, chevaliers, 
décorés de la médaille d'or, décorés de la médaille 
d'argent. 

La croix est à huit pointes, émaillée de bleu, 
anglée de fleurs de lis d'or, surmontée d'une cou- 
ronne royale et suspendue à un ruban rouge liséré 
de bleu. 



SUEDE. 



Séraphins. Cct ordrc, le plus ancien et le plus illustre de 
Suède, fut fondé, dit-on, par Magnus I" au xir siè- 
cle , et , reconstitué par Frédéric I*% qui fit re- 
vivre tous les anciens ordres suédois. Celui-ci 



OBURKS DE rHEVALKBIE tOUOPÉIiXS. 233 

n'a qu'une classe, et il faut pour en faire partie 
Être chevalier de TÉpée 
ou de l'Étoile polaire, 
dont on devient alors de 
droit commandeur. 

La réception se fait 
avec grand cérémonial à 
Stockholm, en l'église de 
Rttterholm , où chaque 
chevalier a sa place réser- 
vée avec ses armoiries et 
sa devise gravées sur une 
plaque de cuivre. 
Ces chevaliers, qui pour les jours de cérémonie 
ont un costume particulier, jouissent de diverses 
prérogatives ; ils ont rang de lieutenant général et 
le droit de garder leur chapeau sur la tête à la 
table du roi, qui les traite de seigneur verbalement 
et par écrit. — D'après les statuts de l'ordre, le 
nombre des chevaliers ne doit pas dépasser vingt- 
quatre parmi les Suédois et huit parmi les étran- 
gers, non compris les membres de la famille royale 
et les princes régnants. 




234 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

La croix est d'or, émaillée de blanc, anglée de 
quatre têtes de séraphin et surmontée d'une cou- 
ronne royale; sur le médaillon, qui estd'azur^ on 
voit d'un côté les lettres I H S, qui signifient : 
Jésus hominum Salvator^ et de l'autre: F. R. S, 
Fredericus rex Sueciœ. Elle se porte suspendue à 
un ruban bleu passé en écharpe de droite à gauche, 
ou à une chaîne d'or les jours de cérémonie; on 
porte aussi une plaque brodée sur la gauche de 
rhabit. 
L'Apée. On attribue à Gustave Wasa la fondation de 

cet ordre, dont les statuts furent dressés par Fré- 
déric I". Il se compose de commandeurs grands- 
croix, de commandeurs, de chevaliers grands-croix 
de première classe, de chevaliers grands-croix de 
seconde classe, de chevaliers. 

La réception des chevaliers se fait dans les ap- 
partements du roi. Le récipiendaire fait serment: 
« de défendre les doctrines évangéliques luthé- 
riennes au risque de sa vie et de ses biens; de 
servir fidèlement le roi et l'État, et de s'opposer 
avec courage aux ennemis du royaume. » 

La croix est d'or, octogone, émaillée de blanc, 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 235 

cantonnée d'épées et surmontée d'une couronne 
royale; elle se suspend à un ruban jaune bordé de 
bleu. 

L'ordre de TEtoile polaire, dont la fondation est itoue poiiure. 
inconnue, a été aussi reconstitué par FrédéricI". 
Il est spécialement destiné à récompenser les vertus 
civiques, et se compose de deux classes, comman- 
deurs et chevaliers. 

La croix a quatre branches émaillées de blanc 
anglées de couronnes d'or, et porte sur un médaillon 
d'azur une étoile d'or avec cette devise : Nescit 
occasum. Le ruban est noir. 

Cet ordre a été fondé en 1776 par Gustave III, wa»., 
pour récompenser les services rendus au pays dans 
Tagriculture, le commerce et les sciences utiles ; il 
se compose de commandeurs grands-croix, de com- 
mandeurs et de chevaliers. 

La décoration est un écusson ovale représentant 
les armoiries de Wasa, une gerbe d'or, circonscrites 
dans un ruban d'émail rouge portant cette inscrip- 
tion en lettres d'dr : Gusiaf den tredie instiktare 
MDCCLXXVI. Elle se porte suspendue à ua 
ruban vert. 



2,16 OnilHKS I)K DHEVALF.niE EllIUPUiNS. 

La Suède a encore l'ordre de Ciiavtes XIII, 
fondé par ce prince pour honorer les hauts grades 
de la maçonnerie suédoise. Il n'a qu'une classe. La 
décoration est une crois émaillée de rouge, sommée 
d'une couronne royale et suspendue à un ruban 
rouge. 



TERRE SAINTE. 

Cet ordre, le plus ancien de tous, date de l'an 69 
après Jésus-Christ, et doit sa 
fondation à saint Jacques , 
premier évêqne de Jérusalem , 
qui établit des cénobites pour 
la garde du saiiit sépulcre. 
Plus tard on adjoignit à ces 
cénobites des chevaliers pour 
les protéger, d'où le nom 
d'ordre religieux et militaire 
du Saint-Sépulcre. En 1-189, 
le pape Innocent VIII voulut le réunir à celui de 
Saint-Jean de Jérusalem, mais laTiuUe n'eut aucun 
effet, car le Père gardien de la terre sainte, et 
depuis 1847 le patriarche latin de Jérusalem, 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 237 

n'oft^jamais cessé de créer des chevaliers du Saint- 
Sépulcre. 

La marque de Tordre est une croix de gueules 
potencée et cantonnée de quatre croîsettes de 
même. On explique ainsi ce signe symbolique : la 
principale croix représente celle sur laquelle Jésus- 
Christ a été attaché , et les autres, les quatre par- 
ties du monde qui vont par le.-: pèlerinages à Jéru- 
salem, rendre leurs hommages et leurs respects 
à la vraie croix. 

Cette décoration se porte en sautoir avec une 
plaque quand on a fait le voyage de Jérusalem , 
en sautoir ou à la boutonnière quand on ne l'a pas 
fait. Le ruban est noir et le collier composé de pe- 
tites croix potencées de gueules , enchaînées par des 
anneaux d'or. 

ORDRE DU TEMPLE. ^ 

Bien que nous ne parlions ici que des ordres 
actuellement existants, nous dirons quelques mots 
de l'ordre du Temple, qu'on prétend s'être perpé- 
tué jusqu'à nos jours, et qu'on a vu reparaître dans 
de bizarres et ridicules cérémonies en 1830. 



2''jS ordres de chevalerie europék^s. 

Sous le règne de Baudoin II, roi de Jérusalem, 
Hugues de Paganis, Godefroy de Saint-Amour et 
sept autres chevaliers, formèrent une société pour 
défendre la religion et les pèlerins contre les insultes 
des Maures. Le roi leur donna une maison près du 
temple de Salomon , de là leur nom ; ils n'y vi- 
raient que d'aumônes, si bien qu'on les appelait 
les pauvres chevaliers du Temple. 

En 1 128 ils se firent représenter au concile de 
Troyes, où ils demandèrent une règle, qui leur fut 
donnée par saint Bernard, abbé de Clairvanx. A 
dater de cette époque, leurs richesses s'accrurent 
avec une rapidité inouïe, et Mathieu Paris dit 
que dans le monde chrétien ils comptèrent jusqu'à 
neuf mille maisons. Aussi, leur oi^ueil devint 
proverbial, leur impiété notoire, et leur puissance 
si grande, que divers souverains songèrent à abolir 
Tordre dans leurs Etats. 

Philippe le Bel donna l'exemple ; il fit arrêter en 
un même jour, le 13 octobre 1307, tous les Tem- 
pliers et se saisit du Temple. D'accord avec le 
pape, il les fit mettre en jugement, les accusant : 
1* de renier Jésus-Christ et de forcer les récipien* 



OADRKS DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 239 

daires à cracher sur le crucifix ; 2° de les engager 
à baiser celui qui les recevait à la bouche, au nom- 
bril et au fondement ; S*" d'être sodomites ; 4*" d'ex- 
poser dans les chapitres généraux une tête à grande 
barbe de bois doré qu'ils adoraient. 

Beaucoup de chevaliers avouèrent d'abord les 
crimes qui leur étaient imputés et se rétractèrent 
ensuite, disant que les tortures ou des promesses 
de grâce les avaient forcés à ces aveux. Quoi qu'il 
en soit, cinquanle-neuf furent condamnés à être 
brûlés vifs et subirent leur sentence. 

Le grand maître Jacques de Molay fut aussi 
brûlé vif. On sait que sur l'échafaud il rétracta éner- 
giquement ses premiers aveux, et qu'il affirma les 
avoir faits à la sollicitation du pape et du roi. On 
rounatt aussi la fameuse citation portée à Clément V 
et à Philippe le Bel de comparaître devant le tri- 
bunal de Dieu, le premier dans quarante jours et le 
second dans l'année, et l'effet que produisit sur le 
peuple la mort des deux souverains, arrivée à 
l'époque fixée. 

L'ordre ayant été aboli au concile de Vienne, 
on instruisit dans toute la chrétienté le procès des 



240 ORDRES DE CHEVALKRIE EUROPÉENS. 

chevaliers; en Castille, en Aragon, en Portugal, 
leurs biens furent saisis et donnés aux chevaliers de 
Notre-Dame de Montesat et d'Avis ; en Lombardie 
et en Toscane, ils furent convaincus de crimes hor- 
ribles; en Angleterre, ils avouèrent ; en Provence 
ils furent tous condamnés à mort ; ceux d'Aragon 
et de Chypre se défendirent dans leurs châteaux- 
forts, maïs ils furent bientôt obligés de se rendre; 
en Allemagne seulement, l'ordre se soutint quel- 
que temps. 

On se souvient des misérables parodies des Tem- 
pliers de 1830. Déjà, sous l'Empire, ces prétendus 
chevaliers s'étaient montrés au grand jour; ils pré- 
tendaient que l'ordre s'était perpétué jusqu'à eux 
dans toute sa pureté : un Marc Larmenius aurait 
succédé à Jacques de Molay, et parmi ses succes- 
seurs il comptait Duguesclin, Montmorency, le 
régent. En 1S30 ce n'était plus un prince, ce n'é- 
tait plus un grand seigneur qu'ils avaient pour 
grand maître, c'était un simple pédicure nommé 
Fabré-Palaprat. 11 loua en 1830 une salle dans la 
cour des Miracles, et, de concert avec l'abbé Châtel, 
chef de Y Église française j auquel il s'était joint et 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 241 

qu'il avait sacré évêque sfelon le rite joannite, il 
exerça durant quelques mois un culte bizarre, au- 
quel assistaient les grands officiers de Tordre et les 
chevaliers vêtus du costume traditionnel, Fhabit 
blanc avec la croix rouge, et Tépée au côté. Bien- 
tôt le temple ferma , mais les Templiers existent 
encore dans Tombre, et se recrutent principale- 
ment, dit-on, parmi les épiciers et les tailleurs. 
Ainsi se trouve puni par le ridicule, cinq cents ans 
après sa disparition, cet ordre célèbre qui pécha 
par trop d'orgueil. 



TOSCANE. 



L'ordre noble et militaire de Saint-Etienne fut samt-Buenne 
fondé le 2 août 155i, jour de la Saint-Etienne, par 
Côme de Médicis, en commémoration de la bataille 
de Marciano, qu'il avait gagnée sur le maréchal de 
Strozzi. Son but était la défense de la foi catho- 
lique et la destruction des pirates qui infestaient 
alors la Méditerranée. Les statuts, approuvés par • 
Pie IV en 1561 , l'assimilaient à celui de Saint-Jean 

16 



24? ORDRES DE CHEVALEHIE El'ROPÉENS. 

de Jérusalem, moins Its vœux de cliàsttté et de 
pauvreté. 

Les chevaliers de Saint- 
Etienne montrèrent la plus 
grande bravoure en combat- 
tiint les Infidèles; ils leur 
firent plus de quinze mille 
prisonniers et délivrèrent de 
l'esclavage environ six mille 
chrétiens. 

L'ordre fut reconstitué en 
1817 par le grand-dite Fer- 
dinand III, et se divisa en grands-croix, prieurs, 
baillis, commandeurs, chevaliers de justice et de 
grâce. 11 faut pour en faire partie prouver huit 
quartiers de noblesse et justifier d'un certain re- 
venu foncier. 

La croix est émaillée de rouge, à huit pointes, 
anglée de fleur de lis, surmontée d'une couronne 
l'oyale, et suspendue à un ruban rouge. 

L'ordre de Saint-Joseph, fondé en 1807, et re- 
nouveléen 1817 par Ferdinand III, est le second 
de Toscane; il se compose de grands-croix, de 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 243 

commandeurs et de chevaliers ; les deux premières 
classes donuent la noblesse héréditaire, et la der- 
nière la noblesse personnelle, 

La décoration est une croix à six branches, dont 
l'écusson porte d'un côté l'effigie de saint Joseph, 
avec cette légende : V bique similis y et de Vautre 
les lettres S J F [Sancto Josepho Ferdinandus) . Le 
ruban est rouge, avec deux larges lisérés blancs. 

Le grand-duc Léopold II a fondé cet ordre par "*^Si?e°*"*" 
un décret du 19 décembre 1853. Il est divisé en 
trois classes de chevaliers, dont la première donne 
la noblesse héréditaire- 

La décoration est une étoile à cinq rais , au 
centre de laquelle un écusson rond porte le chiffre 
L. II avec la légende : Merito militari. Le ruban 
est rouge et noir. 



tUnis. 



On a peu de renseignements sur cette décora- mohân 
tion ; c'est un médaillon qui se porte suspendu en 
sautoir à un ruban vert bordé de rouge ; le nombre 
et la valeur des pierreries qui l'enrichissent indi- 



244 ORDRES DE CHEVALEHIK EUItOPÊEMS. ' 

quent le rang du décoré. Le bey en a distribué qui 
valaieut jusqu'à trente mille francs. 



TURQUIE. 

L'ordre du Medjidié a été créé par le sultan 




pour récompenser les services rendus dans les 
diverses fonctions du gouvernement impérial. Il 
est établi sur les mêmes bases que la Légion d'hon- 
ueur, et se divise en cinq classes. 



ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 2'l5 

Les insignes se composent d'un soleil d'argent 
à sept rais; entre chaque rayon, un croissant 
surmonté d'une étoile ; au centre le chiffre du 
sultan entouré des mots : Zèle^ dévouement^ fidélité^ 
tracés en lettres d'or sur un fond pourpre. 

Les décorés de première classe suspendent ce 
bijou au col par un ruban rouge liséré de vert, et 
portent une plaque de même forme au côté 
gauche. 

Ceux de la deuxième classe ont des insignes plus 
petits et portent la plaque à droite. 

Ceux de la troisième classe n'ont pas de plaque. 

Ceux de la quatrième classe portent la décoration 
suspendue au côté gauche. 

Ceux de la cinquième la portent de même, mais 
plus petite et avec l'écusson en argent. 

Avant l'ordre de Medjidié, il en avait été créé un 
autre, le Nichani-Iftihar^ par le sultan Sélim III, 
mais il n'était pas, comme celui-ci, établi sur des 
bases fixes ; c'était une médaille d'or avec ou sans 
garniture de brillants, sur laquelle était gravé le 
chiffre du sultan. 



nRDnES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 



WURTEMBERG. 



L'ordre du Mérite militaire, fondé en 1 759 par 
le duc Charles-Eugène pendant 
la guerre de Sept ans, fut re- 
nouvelé en 1797 parle duc Fré- 
déric, et confirmé en 1818 par 
le roi régnant. Il est divisé 
en trois classes: grands-croix, 
I commandeurs , chevaliers ; il y 
a en outre une médaille de mé- 
rite. 

La croix est octogone, émail- 
lée de blanc; sur le médaillon est une couronne 
de laurier avec cette devise : Furchtlos und Trew. 
Le ruban est bleu foncé. 
Le roi Guillaume I" institua cet ordre eu 1818, 
pour réunir en un seul celui de l'Aigle d'or, créé 
par le duc Frédéric-Charles en 1702, et celui du 
Mérite civil. II se compose de grands-croix , de 
commandeurs et de chevaliers. 

Ladécomtion est une croix à huit pointes, émail- 




ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 247 

lée de blanc , cantonnée des lions léopardés de 
Wurtemberg et surmontée d'une couronne royale. 
Le médaillon porte d'un côté le chiffre du roi Fré- 
déric, père du fondateur, avec cette devise : Furcht- 
los und Trew, et de l'autre une couronne royale. 

Les grands-croix portent cette décoration sus- 
pendue à un ruban cramoisi bordé de noir, passé 
en écharpe de droite à gauche, et en outre une 
plaque d'argent sur la poitrine. 

Les commandeurs portent une croix plus petite 
en sautoir, et n'ont pas de plaque. 

Les chevaliers portent la croix à la boutonnière. 

Les roturiers admis dans l'ordre obtiennent en 
même temps la noblesse personnelle et l'entrée 
à la cour. 

Cet ordre a été fondé en 1 830 par le roi Guil- Frédéric, 
laume I", en l'honneur de son père. Il n'a qu'une 
classe de chevaliers, qui jouissent de la noblesse 
personnelle et de l'entrée à la cour. 

Les insignes sont: 1° une croix d'or à huit 
pointes, émaillée de blanc, anglée de rayons d*or, 
portant sur l'écusson l'effigie du roi Frédéric avec 
ces mots à l'entour : Friderich, Konig*von Wur- 



248 ORDRES DE CHEVALERIE EUROPÉENS. 

temberg , et suspendue à un large ruban bleu azur 
passé en écharpe, de droite à gauche; 2" une étoile 
portant aussi Teffigie «lu roi Frédéric, avec cette 
devise : Gott und mein rechL 



FIN. 



TABLE DES MATIÈRES 



Avant-propos 



!'• PARTIE. 

ORIGINE ET HISTOIRE DE LA NOBLESSE. 

Pages. 

I. Origine de la noblesse 5 

II. Des terres allodiales et des bénéfices 12 

III. Organisation hiérarchique dans les premiers temps 

de la monarchie 17 

IV. Droits de la Noblesse , 23 

V. De la Chevalerie 24 

VI, Des Croisades 34 



250 TABtE DES MATIÈRES. 

Pages. 

VIL Décadence de la Noblesse 39 

y III. Des diverses espèces de. Noblesse 46 

IX. De la dérogeance 50 

X. Des titres de Noblesse 53 

XI. Des grands officiers 60 



II» PARTIE. 

ORllGtlNB DES ARMOIRIES. 

I. Des diverses opinions sur Torigine des armoiries. . 71 
II. Des emblèmes chez les Grecs et Iqs Romains 72 

III. Des armoiries dans les temps modernes 74 

IV. Des armoiries dans les différents royaumes d'Eu- 

rope 81 



Ille PARTIE. 

LB BLASON. 

I. Des diverses espèces d'armoiries 89 

II. De l'écu 91 

III. Des émaux * 93 

IV . Des partitions 97 

V. Des figures héraldiques et des Rabattements 98 

VI. Des figures naturelles .% 107 

VII. Des figures chimériques 111 

VIII. Des figures artificielles 112 

IX. Des ornements extérieurs^ du timbre, des casques, 

du bourlet, des lambrequins, du cimier 113 



TABLE DES MATIÈRES. 251 

Pagas. 

X. Des couronnes 118 

XI. Des tenants, supports, manteaux 122 

XII. Du cri de guerre, de la devise 124 

XIII. Des marques de dignité 126 

XIV. Comment on doit blasonner '. 129 

XV. Des brisures 132 

XVI. Des quartiers e 133 

XVII. Signes distinctifs de la noblesse de l'Empire ibià. 



IVe PARTIE. 

ORDRES DE CHEVALERIE ANCIENS ET MODERNES. 

I. Des ordres de chevalerie en général 139 

II. Ordres de chevalerie français , 141 

L'Étoile ihià, 

Saint-Hubert 142 

Sain t-Michel t6id. 

La Cordelière 143 

Saint-Esprit 144 

Saint- Lazare 145 

Saint-Louis 146 

Mérite militaire 147 

Légion d'honneur xbià. 

m. Ordres de chevalerie européens 150 

Autriche. — Ordre teutonique ihià. 

Marie-Thérèse 152 

Saint-Étienne 153 

Couronne de Fer 154 

Bade.— Ordre de la Fidélité 155 

Charles-Frédéric 156 

Lion de Zœhringen ihià^ 



252 TABLE DES MATIÈRES. 

Pages. 

Bavière. — Ordre de Saint-Georges , 157^ 

Maximilien-Joseph ihid. 

Mérite civil 158 

Saint-Hubert. . . .- ibid. 

Belgique. — Ordre de Léopold. ...,. 160 

Croix de fer 161 

Brésil. — Ordre de Pedro 16î 

Cruzeiro ihid, 

La Rose 163 

Brunswick. — Ordre de Henri-le-Lion 164 

Danemark. — Ordre de l'Eléphant 165 

Dannebrog 166 

Espagne . — Ordre de la Toison-d'Or 167 

Sain t-Jacques 170 

Calatrava 172 

Alcantara 173 

Notre- Dame-de-Montesat 174 

Marie-Louise 175 

Saint-Ferdinand 176 

Sainte-Hermenegilde 177 

Isabelle II ihid, 

Isabelle-la-Catbolique 178 

États-Romains. — Ordre de Saint-Sylvestre ..... 179 

Christ 180 

Saint-Grégoire-le-Grand ihid. 

Pie IX 181 

Grande-Bretagne. — Ordre de la Jarretière ihid. 

Bain 183 

Chardon 184 

Saint-Patrik ihid, 

Saint-Michel et Saint-Georges 185 

Grèce . — Ordre du Sauveur ihid, 

Hanovre . — Ordre des Guelfes 186 

Hessb Électorale. —Ordre du Lion d'or 187 

Mérite militaire 188 

Heaume de fer ihid. 



TABLE DES MATIÈRES. 253 

Pages. 

Hesse Grand-Ducale. — Ordres du Mérite. ...... 188 

Philippe-le-Magnanime 189 

HoHBNzOLLSRN. — Ordre de Hobenzollern ihid, 

Luxembourg. — Ordre de la Couronne de chêne.. 190 

Oldembourg. — Ordre du Mérite de Pierre-Frédé- 
ric-Louis 191 

Parme. — Ordre de Constantin 192 

Saint-Louis 194 

Pats-Bas. — Ordre de Guillaume 195 

Lion-Belgique 196 

Perse.— Ordre du Soleil et du Lion 197 

Portugal. — Ordre du Christ 198 

Saint-Benoît d'Avis 199 

Saint-Jacques de TÉpée 200 

La Tour et l'Épée ibid. 

Notre-Dame-de-la-Conception deVilla-Viciosa. 201 

Sainte-Elisabeth ihid, 

Prusse.— Ordre de l'Aigle noir 202 

Aigle rouge 203 

Saint-Jean ibid. 

Cygne • . . 204 

Mérite ibid, 

Louise ibid, 

Russie. — Ordre de Saint- André ibid. 

Sainte-Catherine 205 

Saint-Alexandre-Newski ibid. 

Saint-Wladimir 206 

Sainte-Anne ibid, 

Saint-Georges 207 

Saint-Jean-de-Jérusalem (Ordre souverain de) . . 208 

Sardaignb. — Ordre de l'Annonciade 220 

Saints-Maurice~et-Lazare 221 

Militaire de Savoie 222 

Civil de Savoie 223 



254 TABLE DES MATIÈRES- 

Page». 

Saxe.— Ordre de Saint-Henri 223 

Couronne de rue 326 

Albert-le-Valeureux !.. 227 

Saxes-Ducalbs. — Ordres de la branche Ernestine 

de Saxe ihid, 

Saxs-Weimar.-^ Ordre du Faucon blanc 229 

Deux-Siciles. — Ordre de Saint-Janvier 230 

Saint-Ferdinand 231 

Mérite ihid, 

Contantin ihid. 

Saint-Georges de la réunion ihid» 

François I". 232 

Suède — Ordre des Séraphins ihid. 

L'Épée 233 

Etoile polaire 234 

Wasa ihid. 

Charles III 236 

Terre Sainte. — Ordre du Saint-Sépulcre ihid. 

Ordre du Temple 237 

Toscane. — Ordre de Saint-É tienne 241 

Saint-Joseph 242 

Mérite militaire 243 

Tunis — Ordre du Nichan ihid. 

Turquie.— Ordre du Medjidié 244 

Wurtemberg. — Ordre de la couronne de Wur- 
temberg 246 

Mérite militaire t6tci. 

Frédéric 247 

FIN DE LA TABLE DES MATIERES. 



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